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Grèce: les créanciers doivent s'expliquer sur les faiblesses de l'aide accordée
Trends Tendances
29/07/16 à 19:39 - Mise à jour à 19:38
Source: Belga
Les créanciers de la Grèce, le FMI et l'UE, doivent "s'expliquer" sur "les faiblesses" de l'aide accordée au pays en 2010 pour parer à la crise, a indiqué vendredi le gouvernement grec après la publication d'un audit interne du FMI révélant ces problèmes.
  
"Le Fonds monétaire international (FMI) a coopéré avec les Européens pour l'imposition de politiques à notre pays, en coopération avec des gouvernements grecs, et je crois qu'il faut que tous s'expliquent", a indiqué la porte-parole du gouvernement Olga Gerovassili lors d'un point de presse.
En 2010, le FMI s'était joint aux Européens pour consentir à la Grèce le prêt le plus important de son histoire (30 milliards d'euros) qui a été suivi par deux autres plans d'aide (2012 et 2015) sans jamais réussir à sortir le pays de la récession.
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Un audit interne indépendant du FMI, publié jeudi, a indiqué que cette décision du FMI était entachée de "faiblesses" qui ont alimenté les soupçons de partialité de l'institution au profit des Européens.
Au coeur de ce rapport, figure la décision du FMI en 2010 de modifier l'une de ses règles d'or pour renflouer la Grèce sans exiger une réduction préalable de la dette du pays, malgré des doutes sur la "viabilité" de celle-ci.
Selon ce rapport, le renflouement de la Grèce sans réduction de sa dette a par ailleurs "amplifié" les politiques d'austérité imposées au pays.
"Le FMI n'était ni utile ni nécessaire en Europe, nous ne l'avons pas choisi", a souligné Mme Gerovassili, soulignant toutefois que le pays allait continuer à "respecter ses engagements" vis-à-vis ses créanciers en vertu de l'accord de l'année dernière sur le troisième prêt accordé au pays.
Malgré son opposition initiale aux mesures d'austérité, le premier ministre de gauche Alexis Tsipras a été contraint de signer ce nouveau prêt avec l'UE et le FMI tout en réclamant une restructuration de la dette, une thèse adoptée également par le FMI, mais qui divise les Européens.
Le FMI a mis sa participation en suspens, s'il n'y a pas de restructuration de la dette.
"Les erreurs du premier prêt pèsent encore sur le pays", a de son côté estimé le président de la République Prokopis Pavlopoulos.
Il a souhaité que "des corrections soient faites (...) car nous ne sommes pas à l'origine de ces fautes", a-t-il ajouté tout en insistant sur "la poursuite des réformes".

La tribune

Grèce : la responsabilité du FMI mise au jour, mais tout continue comme avant
Par Romaric Godin  |  29/07/2016, 11:01  |  2138  mots
 

Le FMI a commis de lourdes fautes sur la Grèce. Et alors ? (Crédits : © Kim Kyung Hoon / Reuters)
L'instance de surveillance indépendante du FMI a mis en cause la gestion de la crise grecque par cette institution. Des critiques qui détruisent la narration officielle, mais ne la change pas...
Un peu plus de six ans après le début de la crise grecque, la narration officielle, le « storytelling » qui a été élaboré par les gouvernements et les institutions qui ont géré cette crise, tombe chaque jour un peu plus en lambeaux. Alors que la malheureuse Grèce, soumise à un troisième mémorandum signé voici un an avec ses créanciers, n'en finit pas de s'effondrer économiquement, le FMI, membre de la troïka qui a supervisé la gestion de cette crise, n'en finit pas de procéder à des mea culpa tardifs, mais sans appels.
Absence de discussions internes
Après avoir reconnu qu'elle avait sous-estimé les « multiplicateurs budgétaires », autrement dit l'impact de la consolidation budgétaire sur la croissance, pour la Grèce, l'institution de Washington avait récemment, dans un article de recherche reconnu les effets négatifs des politiques d'austérité imposées à Athènes. Ce jeudi 28 juillet, un nouveau rapport est venu critiquer le rôle pris par le FMI dans sa gestion de la crise grecque. Et il est sévère. Le Bureau indépendant d'évaluation du FMI (IEO) a publié un long rapport sur le « FMI et les crises en Grèce, au Portugal et en Irlande » qui dresse un constat : le FMI a agi sous la pression des intérêts de certains pays de la zone euro, contre ses propres intérêts et a cherché pour cela à court-circuiter le conseil d'administration. Cette procédure a clairement conduit à des erreurs d'appréciations majeures de la situation, notamment en Grèce.
Dans son rapport, l'IEO confirme notamment ce que, entre autres, la Commission de Vérité sur la dette grecque, établie au printemps 2015 par le parlement hellénique, avait pointé du doigt : pour faire passer le soutien financier à la Grèce du FMI malgré le caractère insoutenable de la dette grecque, la direction de l'institution a fait adopter discrètement une modification des critères d'accès à l'aide du FMI. « Le conseil d'administration n'a pas été consulté sur cette question. En fait, les directeurs ne furent pas même informés des doutes des équipes sur la soutenabilité de la dette grecque », estime l'IEO. Et de poursuivre : « ni la direction du FMI, ni les équipes n'ont cherché à porter l'attention du Conseil sur la décision proposée de modifier les critères ou sur le fait qu'un critère d'accès exceptionnel serait modifié en approuvant le programme grec ». En clair : il y a eu clairement une volonté de tromper le Conseil, en incluant cette modification cruciale, qui plaçait le FMI dans la position de s'exposer à un pays insolvable. L'IEO renforce cette idée en précisant que le Conseil a été pressé par le temps, et n'a pas eu la possibilité de regarder le programme en détail.
Conséquences désastreuses
Les conséquences de cette pratique ont été désastreuses pour la Grèce. Ce pays s'est en effet retrouvé dans la situation de devoir gérer une dette insoutenable et croissante. L'issue de cette impasse était une autre impasse : demander toujours plus d'aides pour rembourser la dette. Créer donc un schéma de Ponzi, avec la complicité du FMI et des pays de la zone euro désireux de maintenir la fiction de la « soutenabilité » de la dette grecque. C'est ce montage qui a obligé la Grèce à aller toujours plus loin dans la politique d'austérité puisque ses créanciers continuaient à vouloir faire croire qu'une purge budgétaire et des « réformes structurelles » suffiraient à rendre la dette soutenable. Cette « tromperie » du FMI est donc une des sources des maux grecs. En passant, on remarquera que l'IEO estime que ceci pose un problème de « légitimité » pour le FMI. Une question de légitimité qui se pose aussi pour la dette du FMI alors contractée par la Grèce et qui, en 2015, a pesé si lourd dans le sort du pays.
Soumission à la zone euro
Si le FMI avait appliqué ses critères habituels, il aurait imposé une restructuration de la dette dès 2010. C'est la procédure habituelle du Fonds : faire de l'austérité contre une coupe dans la dette. Selon une étude parue en 2015 aux Etats-Unis, les équipes avaient proposé cette possibilité au directeur général d'alors du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier l'aurait cependant rejeté et aurait refusé de le proposer aux Européens. Et ceci pose un autre problème majeur posé par l'étude de l'IEO : les amours coupables entre le FMI et la zone euro. Car les causes de ce refus de la restructuration de la dette en 2010 sont connues : c'est la protection des banques européennes, principalement françaises et allemandes, exposées à la dette grecque. Il fallait rapidement venir à la rescousse de ces créanciers, pour leur donner le temps de vendre les titres à des investisseurs rassurés par l'implication du FMI.
Le rapport de l'IEO ne va pas jusqu'à cette conclusion, désormais cependant bien connue, mais il pointe les relations très étroites entre la direction du FMI et la zone euro. Il critique ainsi la « faiblesse de la surveillance de la zone euro » fondée sur l'idée que « l'Europe est une chose différente ». Cette faiblesse a conduit à l'absence d'analyse des déséquilibres de la zone euro, notamment sur les comptes courants. Elle a ensuite conduit à un « oubli » des « leçons des crises passées ». Ces leçons « ne furent jamais appliquées », estime l'IEO. De fait, le FMI est largement apparu comme suiviste des décisions de l'Eurogroupe puisque les décisions de la zone euro « ont toujours précédé les réunions du conseil du FMI ». « Le FMI a perdu sa souplesse et son agilité en tant que gestionnaire de crise compte tenu des multiples couches de décisions dans la zone euro », explique l'IEO qui déplore aussi le poids de l'Eurogroupe qui a conduit « les jugements des équipes techniques du FMI à des pressions politiques ». C'est donc bien une soumission du FMI à la zone euro qu'implicitement dénonce l'IEO. Du reste, le rapport souligne la très forte « asymétrie de l'information » au sein du FMI puisque « des directeurs représentant les pays de la zone euro ont pu avoir accès à des informations qui n'étaient pas à la disposition des autres ».
L'IEO ne cache donc pas la soumission du FMI aux instances de la zone euro. Ceci pose, pour l'institution, la question de la nationalité de ses directeurs généraux. Le fait que le FMI ait été dirigé par un Français et l'est encore apparaît clairement comme une entrave à son bon fonctionnement, mais aussi à l'efficacité de ses politiques. Il est sans doute temps de donner aux pays dits émergents leur chance au sein du Fonds.

Destruction de la narration officielle
En attendant, cette soumission à la zone euro a eu des conséquences majeures pour la Grèce : nul ne s'est opposé aux décisions prises par Paris et Berlin pour « sauver la zone euro » et nul n'a vraiment apporté un esprit critique sur ses plans d'aide. Cette soumission du FMI a permis le développement du storytelling officiel : la faute est grecque. La Grèce aurait fait des excès et elle serait « sauvée » et « aidée » par les Européens. Plus tard, lorsque l'échec de ces politiques était devenu évident, le problème a encore été porté sur les Grecs qui auraient refusé de « s'approprier les programmes ». Or, là aussi l'IEO souligne que l'aveuglement du FMI a été total et qu'il a bien été commis des erreurs de politiques économiques majeures, notamment, comme on l'a vu par l'oubli du passé. « Les programmes du FMI pour la Grèce et le Portugal ont inclus des projections de croissance largement trop optimistes », indique le rapport qui ajoute des « projections plus réalistes auraient rendu évidents les impacts sur la croissance et la dynamique de la dette de la consolidation budgétaire ». L'IEO indique que ceci aurait conduit à laisser « jouer les stabilisateurs automatiques », ce qui n'a pas été fait et a conduit à l'effondrement de 25 % du PIB grec sur 6 ans en plongeant l'économie hellénique dans un cercle vicieux. En refusant la réalité par sa soumission politique, le FMI a donc été une des causes de la crise grecque. C'est une destruction en règle de la narration officielle.
Le rapport de l'IEO confirme donc ce que la Commission sur la dette grecque de 2015 avait établi sur 2010 : un déni de réalité a dominé les décisions d'alors, alimenté par des intérêts politiques dans les grands pays de la zone euro. Ce déni de réalité est devenu une vision officielle qu'il a fallu maintenir à tout prix et a conduit à l'effondrement de la Grèce. Le FMI a contribué à cette situation. C'est ce que la crise du premier semestre 2015 a prouvé : le nouveau gouvernement grec a réclamé la fin de ce cercle vicieux et a demandé la construction d'un compromis qui lui a toujours été refusé. Les créanciers ont préféré une nouvelle fois briser l'économie grecque plutôt que de reconnaître les erreurs que l'IEO met en avant aujourd'hui.
La réponse de Christine Lagarde
La question reste désormais de savoir quel sera l'impact réel de ce rapport. L'IEO rappelle que dès 2011, elle avait mis en garde contre l'aveuglement vis-à-vis de la zone euro, sans succès. La réponse, vendredi 29 juillet, de l'actuelle directrice générale Christine Lagarde n'est guère encourageante de ce point de vue : elle a repris la critique de la Grèce, de son manque « d'appropriation » des programmes, de l'instabilité politique du pays et a finalement rappelé que la Grèce est restée dans la zone euro, ce qui était « un objectif majeur ». Bref, le mea culpa au sein des instances agissantes du FMI n'est pas à l'ordre du jour. Rappelons que, de 2010 à 2015, la Grèce n'a connu qu'un mois d'instabilité politique après les élections de mai 2012. Le reste du temps, la majorité parlementaire en faveur de la troïka a été stable et les gouvernements ont pu appliquer les programmes. Certes, tout n'a pas été appliqué, mais ne serait-ce pas le signe que tout n'était pas applicable ? Selon une étude de l'OCDE datée de 2015, la Grèce a été le pays le plus « réformateur » de l'organisation. Dire que la Grèce n'a rien fait n'a pas de sens : l'effondrement de l'économie et le redressement des finances publiques sont les preuves de cette action. La réalité est bien que c'est la politique menée qui était insensée. Le maintien dans la zone euro est, de ce point de vue, une consolation bien maigre et une façon d'éviter le cœur du problème, ce qui semble le plus urgent pour Christine Lagarde.
La logique actuelle continue de dominer
En réalité, rien n'a changé. La politique du troisième mémorandum et du troisième mémorandum « et demi » imposée à la Grèce en août 2015 et encore en juin 2016 viennent le confirmer. Aucune critique n'a été réalisée au sein de la zone euro sur les politiques menées. L'Eurogroupe continue de dominer le jeu et d'imposer sa logique de consolidation budgétaire et de réformes structurelles à une économie exsangue. Cet Eurogroupe refuse toute remise en cause de la narration officielle et continue à réclamer du gouvernement grec un « engagement » dans le programme. La mise en place de coupes automatiques dans les dépenses pour atteindre l'objectif d'excédent primaire de 2018 est le nec plus ultra de cette logique. Et la preuve que rien n'a réellement changé. Aujourd'hui, la narration officielle fait toujours porter la faute de l'échec des programmes est toujours reporté sur les Grecs et sur son gouvernement qui a osé refuser au premier semestre 2015 ces politiques imposées par les créanciers. Or, cette critique qui était fort modérée et davantage un appel au compromis, se révèle chaque jour désormais plus pertinente.
Quant au FMI, il affirme avoir changé : il demande désormais une restructuration de la dette avant d'entrer dans le programme. C'est une avancée importante. Mais le FMI a néanmoins accepté le plan de juin 2016 et le report de l'essentiel de la restructuration de la dette à après 2018. A l'été 2015, il a tout fait pour faire échouer le gouvernement grec et le conduire à accepter un troisième mémorandum. Et, on l'a vu, l'analyse de Christine Lagarde demeure très proche de celle de l'Eurogroupe. Au final, le rapport de l'IEO est un élément important pour écrire l'histoire. Mais certainement pas pour la changer.
Romaric Godin


Dans "La Tribune" du  01 06 16 Article intitulé : "La Grèce est soumise à une logique coloniale" (James Galbraith)
Par Romaric Godin  |  01/06/2016, 7:30  |  2730  mots
   
James Galbraith, économiste à l'université d'Austin (Texas) et ancien conseiller de Yanis Varoufakis lorsqu'il était ministre de l'Economie de Grèce, revient sur la situation dans ce pays, sur la zone euro et sur les "réformes structurelles" en France.
James Kenneth Galbraith, né en 1952, est le fils de John Kenneth Galbraith, figure de proue du keynésianisme étasunien de l'après-guerre et conseiller de plusieurs présidents des Etats-Unis. Professeur à l'université d'Austin, au Texas, il a critiqué l'emprise du marché sur la gauche dans son ouvrage L'Etat prédateur et est un des économistes les plus sévères à l'encontre de la pensée libérale. Ami de Yanis Varoufakis, il a été son conseiller pendant les quelques mois du passage de ce dernier au ministère des Finances grec en 2015. De passage à Paris, il livre à La Tribune ses réflexions sur la Grèce, l'euro, les « réformes structurelles » en France, et les élections aux Etats-Unis.
Votre dernier ouvrage traduit en français relate votre expérience en tant que conseiller du ministre des Finances grec Yanis Varoufakis au cœur de la tourmente grecque de l'an dernierⁱ. Un an après, quel regard portez-vous sur le nouvel « accord » annoncé le 24 mai dernier par l'Eurogroupe ?
La vente en liquidation de la Grèce se poursuit et ce soi-disant accord n'est qu'une nouvelle étape de ce processus. Il signifie encore des réductions dans les pensions, encore une accélération des privatisations à des prix bradés, encore des hausses de taxes indirectes. C'est l'assurance de la poursuite de l'étranglement de l'économie hellénique avec des délocalisations d'entreprises, des expulsions de particuliers de leur logement et la cession de biens d'Etat - les ports, les aéroports, les chemin de fer et même des terrains ou des plages - qui étaient des sources de revenus commerciaux pour le gouvernement.
Et l'engagement vis-à-vis de la dette est limité...
Les créanciers ont imposé deux ans de délai pour parler de la dette, sans aucune garantie sur le résultat et alors qu'ils imposent une politique qui ne rendra aucun résultat. Et quand bien même elle aurait quelques résultats, ils ne profiteraient pas aux Grecs, mais à des entreprises étrangères, à des compagnies pharmaceutiques ou agro-alimentaires qui pourront investir des marchés qui étaient, jusqu'ici des soutiens à l'économie locale. En fait, les Grecs ne sont plus les bienvenus sur les marchés grecs...
Ce que vous décrivez ressemble à une logique coloniale...
C'est une logique de colonisation. Si cela se passait aux Etats-Unis, ce serait normal. N'importe quel citoyen étasunien peut détenir une entreprise en Arizona, mais je crois que c'est différent en Europe où les nations existent et valent encore quelque chose. Ici, on voit la logique créancière triompher sur l'indépendance nationale. C'est la première fois que cela se produit et c'est assez inacceptable.
La dette grecque est-elle légitime ?
Il faut poser la question de la validité des dettes et de la responsabilité des grands Etats européens. Les dettes acquises par le gouvernement grec l'ont souvent été avec l'accord des créanciers pour financer des projets militaires ou des projets de construction qui ont profité aux entreprises allemandes ou françaises. On savait depuis 2010 que la dette n'était pas remboursable et l'on a transféré ces dettes sur les contribuables européens, y compris ceux de pays comme la Slovaquie où la richesse est inférieure à celle de la Grèce. Parallèlement, on exige du peuple grec, qui n'a pas été consulté, de rembourser l'intégralité de ces dettes. Tout ceci mène à une impasse politique pour la résolution du problème de la dette. Tout cela parce que des responsables européens refusent d'assumer leurs mauvais choix.
Comment jugez-vous l'action du gouvernement d'Alexis Tsipras ?
Je n'ai plus confiance dans le caractère du Premier ministre. Voici un an, j'ai été un temps proche de ce dernier et j'avais beaucoup de confiance en lui. Mais il est clairement entouré par des gens défaitistes qui lui ont dit : « Tu peux résister, mais il faudra, à la fin, faire ce qu'on nous dit. » Au ministère des Finances, nous appelions ce cercle la « troïka de l'intérieur ». A présent, c'est un homme qui a subi une défaite et qui a manqué son entrée dans l'histoire. C'est le chef d'une administration coloniale. Il se défend en affirmant qu'il vaut mieux que ce soit lui qui soit en place afin de pouvoir négocier quelques détails et faire porter l'effort sur les gens relativement plus riches. C'est peut-être vrai. Mais la réalité profonde, c'est que son administration fait ce qu'on lui dit de faire et se contente de répéter les formules des créanciers.
Si, l'an dernier, la Grèce avait refusé la logique des créanciers, au risque de sortir de la zone euro, serait-elle dans une meilleure position aujourd'hui ?
Lorsque, voici un an, j'ai transmis à Yanis Varoufakis une note sur le « plan X », celui qui prévoyait la sortie de la Grèce de l'union monétaire, c'était pour lui faire la liste des défis auxquels il faudrait faire face au cas où. Il y avait des questions légales, notamment sur le contrôle de la banque centrale, mais aussi des questions liées à la situation des banques commerciales, à la liquidité de l'économie, aux ressources énergétiques, aux fournitures de médicaments. Il s'agissait d'indiquer à quels responsables il fallait s'adresser.
Il semble que cette somme de défis ait semblé formidable aux responsables grecs d'alors. Ils ont douté de la capacité du gouvernement et de la société civile grecs à supporter le coût social et politique de la transition. A présent, je pense qu'ils ont sous-estimé les capacités et la patience du peuple grec dont la résolution est devenue évidente après la mise en place du contrôle des capitaux et le référendum du 5 juillet 2015.
Pour revenir à la question, les défis techniques auraient alors posé des difficultés importantes, mais qui se seraient allégées avec le temps grâce au contrôle des capitaux et à l'importance des paiements électroniques. Mais je ne pense pas que le gouvernement grec actuel disposait de la mentalité et de la résistance suffisantes pour soutenir un tel processus. De plus, pour soutenir la valeur de la monnaie, il faut des alliés et des soutiens extérieurs. La Grèce en disposait-elle ? Rien de moins sûr, c'est une question délicate. Quoi qu'il en soit, le gouvernement actuel ne prendra plus ce type d'initiative, la défaite est partout, et la réponse prendra la forme d'une résistance populaire qui se voit déjà.
Quel avenir, après cette crise grecque pour la zone euro ?
Pour préserver l'Union européenne à long terme, il faudra changer de système monétaire. La question ne concerne pas seulement la Grèce, mais aussi l'ensemble des pays déficitaires de la zone euro. Il faudra leur donner un moyen de réaliser les ajustements nécessaires de façon moins brutale et moins dogmatique que ce qu'on a vu en Grèce. Cette réflexion ne viendra pas de la Grèce, mais peut venir d'autres événements politiques au Portugal, en Espagne, en Italie ou même en Finlande, qui est très défavorisé par rapport à ses voisins nordiques par son adhésion à l'euro.
Quel nouveau système monétaire proposez-vous ? Peut-on encore s'appuyer sur la Modeste Propositionⁱⁱ que vous proposiez dans un livre écrit en 2013 avec Yanis Varoufakis et Stuart Holland et qui s'appuyait notamment sur des transferts et une politique active d'investissement ?
J'aimerais que l'on puisse encore ouvrir une discussion sur les bases de la Modeste Proposition qui, techniquement est encore valable, soit engagée au niveau européen. Cela ne me semble cependant pas possible pour le moment. Il faut donc pouvoir contourner ces blocages autrement. Je pense que les pays en difficulté devraient commencer à en discuter entre eux et forgent une alliance pour changer le système monétaire.
L'idée n'est cependant pas de recréer une « union latine » monétaire. J'explore plutôt pour le moment l'idée de créer une construction s'inspirant du système de Bretton Woods de 1944 au niveau européen. Le centre conserverait l'euro comme monnaie qui jouerait le rôle du dollar dans le système monétaire mondial d'avant 1973. Les autres pays disposeraient alors de leur propre monnaie avec des taux de change fixes, mais ajustables, mais serait protégés par la BCE des spéculateurs. Ceci me semble une moyen d'avancer dans les discussions. Car il ne faut pas se faire d'illusions : une dissolution de la zone euro qui ne serait pas organisée déclencherait une guerre économique. Et dans une guerre économique, les faibles gagnent rarement.
Vous avez néanmoins travaillé à une sortie de la zone euro dans un cadre tendu et en plein conflit avec les créanciers...
Oui, mais ce travail n'a jamais été utilisé comme une arme stratégique dans les négociations par le gouvernement grec. Nous avons travaillé dans le plus strict secret pour ne pas compliquer les négociations et pour éviter de déclencher une tempête politique en Grèce qui aurait déstabilisé le gouvernement. Nous avions un temps pensé organiser une réunion restreinte avec des représentants des créanciers, mais nous y avons renoncé. C'était trop risqué. Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, n'attendait que l'opportunité d'ouvrir le débat. Il l'a tenté début mai, dans une rencontre avec Yanis Varoufakis.
Certains nous l'ont reproché. Je me méfie cependant des positions des économistes de la gauche de Syriza, comme Costas Lapavitsas, qui étaient favorables à une sortie de la zone euro. Cette analyse part d'un défaut des économistes de penser que l'on peut évaluer la situation après la transition. Mais je pense que la gauche grecque n'avait pas fait un travail soigneux d'analyse de ce qu'il fallait faire. Il existait aussi un problème de légitimité et il fallait s'assurer de la survie politique d'un gouvernement de gauche. Si l'on devait faire face au chaos, on aurait vu le retour de la droite au pouvoir. Il faut donc se montrer prudent. Notre travail consistait donc uniquement à être prêt si cette sortie devenait inévitable. C'était simplement une mesure de prudence pour ne pas être démuni et provoquer le chaos.
Dans ce travail théorique que vous avez effectué et que vous publiez dans votre livre, vous favorisez l'idée que, de façon transitoire, deux monnaies peuvent coexister. La loi de Grisham selon laquelle la « mauvaise monnaie chasse la bonne », jouerait alors en faveur des autorités ?
L'idée est de s'appuyer le plus possible sur la monnaie électronique. L'expérience des contrôles des capitaux en Grèce et à Chypre montre que les gens qui ont l'habitude d'utiliser le numéraire passent aux moyens électroniques pour réaliser des transactions quotidiennes. La tendance observée est que l'on stocke son épargne sous forme de billets ou de biens solides comme des automobiles ou des biens immobiliers et que l'on utilise les moyens de paiement électroniques pour l'utilisation des dépôts.
Dans le cadre de la transition, l'euro sera donc stocké et la nouvelle monnaie pourra être utilisée sous forme électronique pour les moyens de paiement du quotidien. Ceci permettra, avec un taux de change interne de 1 pour 1 de disposer d'un peu de temps pour organiser la transition. La conversion en nouvelle monnaie pour les paiements électroniques est rapide et sa large diffusion est allégée.
La France connaît une forte contestation de la réforme prévue du droit du travail. Dans votre livre, vous expliquez les effets néfastes de cette réforme. Quel est votre jugement sur les « réformes structurelles », mantra de la politique économique dans la zone euro ?
C'est une idéologie qui n'a aucun fondement sur les faits. C'est un dogme qui relève de la théologie. Ce n'est pas par des « réformes » que l'on parvient au plein emploi. Ce n'est pas la flexibilisation du marché du travail qui a permis aux Etats-Unis d'avoir un taux de chômage bas. C'est bien plutôt grâce aux institutions non lucratives dans la santé, l'enseignement supérieur, la recherche et qui disposent de subventions indirectes. Plutôt que ces « réformes », l'UE devrait mettre en place des assurances sociales permettant aux revenus des ménages de ne pas être déstabilisés en cas d'éloignement du marché du travail. Ce n'est pas en réduisant les salaires - conséquences finales de ces réformes - ou en renforçant les pouvoirs des entrepreneurs que l'on renforcera l'économie. Les entrepreneurs ne créeront pas des emplois par charité parce que le marché du travail sera flexibilisé. Les pays nordiques ont maintenu un taux de chômage très bas pendant 50 ans en maintenant une régulation salariale forte et en incitant les entreprises à investir dans des activités à haute productivité. La conséquence de ces réformes est très inquiétante : en dérégulant le marché du travail, on réduit la croissance de la productivité car on favorise la main d'œuvre bon marché. C'est l'inverse de ce que pensaient les économistes néoclassiques. Or, la productivité un des problèmes majeurs aujourd'hui.
Selon vous, le principal problème de l'Europe est-il la domination de la pensée économique allemande ?
C'est évidemment beaucoup un problème. Mais les Français ont aussi leur part de responsabilité. La France doit faire face à une tendance ordolibérale depuis 50 ans qui est portée par le patronat, des économistes, une partie du monde politique et l'administration. Souvent, les dirigeants français se cachent derrière l'Allemagne pour imposer leurs recettes, et prétendent répondre à une pression extérieure. Mais c'est une blague. Et c'est un problème pour les autres pays de la zone euro qui ne peuvent pas s'appuyer sur la France. Il est temps que la France retrouve des idées françaises, celles qui ont inspiré le gaullisme, mais aussi celles de l'école de la régulation. Il faut que la France puisse pouvoir porter une tendance progressiste originale.
La crise actuelle trouve sa source dans les problèmes de la Finance. Selon vous, le secteur financier est-il désormais moins dangereux pour l'économie réelle ?
Je ne vois pas vraiment de changement dans la situation de la finance mondiale. Bien sûr, après une crise, les banques sont plus prudentes, mais le secteur cherche toujours des moyens faciles d'augmenter ses revenus. Et on a vu surgir de nouvelles bulles depuis huit ans : dans les prêts estudiantins aux Etats-Unis, dans le gaz de schiste, dans les pays émergents. La fin de cette dernière bulle est d'ailleurs douloureuse, on le voit en Amérique latine et en Asie et cela pose beaucoup de problèmes. On constate aussi une croissance soutenue des dérivées dont on ne sait pas réellement à qui ils appartiennent, mais on sait que plusieurs banques, comme la Deutsche Bank en Europe, sont très exposées à ces marchés. Les conditions d'une nouvelle crise par la finance sont donc toujours présentes.
En tant que citoyen des Etats-Unis, comment observez-vous la montée de Donald Trump ? Est-ce un vrai danger sur le plan économique ?
Rien n'est clair pour le moment, mais l'élection de Donald Trump semble désormais possible. Peut-être n'est-il qu'un candidat faible. Mais son adversaire supposée, Hillary Clinton, est très faible elle aussi. Une grande majorité des électeurs rejette ces deux candidats. Si la candidate démocrate est élue, on peut penser que la politique actuelle se poursuivra, avec néanmoins des conditions économiques moins favorables. Si Donald Trump est élu, il est difficile de savoir ce qu'il se passera. Pour le moment, il propose moins d'impôts pour les riches et plus de dépenses d'investissement public. C'est très contradictoire...
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Crise grecque, tragédie européenne, par James Galbraith, aux Editions du Seuil (2016), 243 pages, 18 euros.
Modeste proposition pour résoudre la crise de la zone euro, par James K. Galbraith, Stuart Holland et Yanis Varoufakis, aux éditions Les Petits Matins/Institut Veblen (2014), 73 pages, 5 euros.

Dans "Trends Tendances" Belgique du 14 février 2016 : Tsipras déplore "les dissensions" entre l'UE et le FMI

" L'évaluation de l'avancement des réformes en Grèce réclamées par les créanciers du pays (UE et FMI) "est en retard en raison des dissensions entre les institutions", a estimé dimanche le Premier ministre grec Alexis Tsipras. Ce retard "n'est dans l'intérêt de personne", a assuré le Premier ministre dans un entretien paru dans le quotidien Avghi, proche de son parti de gauche Syriza. Je n'en suis pas si certain ?
La Grèce a envoyé son projet de réformes des retraites début janvier aux créanciers mais "nous n'avons aucune réponse officielle jusqu'ici de la part des institutions, ce qui est dû aux dissensions entre elles", a déploré M. Tsipras.
Il y a dix jours, un premier round de discussions avait eu lieu à Athènes entre une équipe de représentants des créanciers et les autorités grecques sur le plan de réformes, mais sans aboutir à une conclusion. Cette équipe devrait revenir prochainement à Athènes pour continuer les négociations, selon le gouvernement.
Jeudi, le FMI a émis des critiques sur les réformes grecques en estimant que "des hypothèses trop optimistes feront très vite ressurgir des craintes d'un Grexit et obscurcir le climat des affaires". Ce même FMI qui avait du avouer qu'il s'était planté notamment en Grèce......
"Nous attendons encore de voir un plan crédible qui permettrait à la Grèce d'atteindre ses objectifs très ambitieux d'excédent budgétaire primaire (hors charges de la dette, ndlr)", a déclaré Poul Thomsen, chef du département Europe du Fonds, dans un blog publié par le FMI.
Dans la foulée, Athènes avait rejeté ces critiques en estimant que "sur le fond, M. Thomsen demande l'application d'un programme radicalement différent de celui convenu" entre Athènes et la zone euro en juillet, lors de l'accord passé sur un nouveau prêt accordé au pays pour le maintenir dans la zone euro.
De son côté l'UE a estimé jeudi que "l'ampleur des mesures requises était dans la ligne de ce qui a été convenu" dans le cadre de l'accord de juillet.