Finance 2016

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FINANCE 2016


trends du 2 08 16

La véritable raison pour laquelle les experts ne voient jamais venir les crises

Avez-vous remarqué que depuis quelques années, chaque fois qu'une crise éclate, les experts nous disent la bouche en coeur que "personne n'a rien vu venir" ? Le dernier exemple en date est le Brexit...

L'écrasante majorité des experts pensaient que les Britanniques voteraient avec leur tête et pas avec leur coeur. Et l'on sait ce qu'il est advenu...

On l'a vu aussi aux États-Unis avec la désignation de Donald Trump pour représenter les Républicains. Il y a un an encore, la plupart des sondages et des commentateurs politiques ne lui donnaient aucune chance...

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Et des surprises qui ont... surpris les experts, il y en a hélas des tonnes. Souvenez-vous, c'était le cas avec la bulle Internet au début des années 2000. C'était aussi le cas avec la crise de l'euro en 2011-2012. Et également le cas il y a moins de deux ans quand le cours du baril de pétrole a chuté brutalement. Ou encore quand les marchés boursiers chinois ont dévissé durant l'été 2015 et début 2016. Chaque fois, les mêmes experts nous disaient, et nous disent encore que "personne n'a rien vu venir". Bref, que de tels événements sont imprévisibles.

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Les experts et les stars des médias côtoient la même caste de personnes, souvent une élite coupée de la réalité...

L'Américain Graham Summers, qui analyse depuis longtemps les marchés internationaux, notamment pour la lettre d'information La Chronique Agora, ne croit pas à cette explication. Pour lui, si les experts, et les médias dans leur sillage, se trompent si souvent, c'est parce qu'ils sont coupés du monde réel.

En fait, les experts et les stars des médias côtoient la même caste de personnes, souvent une élite coupée de la réalité. Ils fréquentent les mêmes amis, ont été dans les mêmes universités, vont dans les mêmes restaurants et lisent souvent les mêmes journaux. En soi, ce n'est pas un crime de fréquenter des personnes qui partagent vos opinions - les adolescents font la même chose sur Facebook. Sauf que pour un expert, c'est très mauvais puisque son opinion a une influence sur les autres.

Graham Summers pense, par exemple, que la femme la plus puissante du monde, Janet Yellen, présidente de la Banque centrale américaine (Fed), celle qui décide des taux d'intérêt aux États-Unis et donc d'une bonne partie du monde, eh bien Janet Yellen a le tort de ne fréquenter que le club des 0,1% des personnes les plus riches au monde, estime Graham Summers. L'idée selon laquelle la présidente de la Banque centrale la plus puissante au monde est un tant soit peu connectée "au quotidien de tout un chacun" est risible, pour ne pas dire absurde, selon Graham Summers.

Il faut dire que ce dernier épingle aussi les médias qui relaient des informations qu'ils ne maîtrisent souvent pas. Soit parce que les journalistes qui traitent ces informations sont trop jeunes et n'ont pas d'expérience en la matière. Soit parce que la plupart des grands journaux n'ont plus de bureaux ou de correspondants à l'étranger et doivent se contenter, par exemple, de ce que leur dit l'administration américaine sur la Turquie ou la Russie, et donc leurs analyses sont forcément biaisées. Benjamin Rhodes, le conseiller en communication de Barack Obama, l'a d'ailleurs reconnu auprès du New York Times.

La conclusion de Graham Summers est implacable, les élites ne peuvent plus anticiper, car elles ne sont plus capables de rester impartiales. Que l'on soit d'accord ou non, voilà encore un excellent sujet de débat.

Richard Hiault dans "Les Echos" du 05 04 16 Article intitulé : Pourquoi le monde risque une crise monétaire majeure

" Depuis vingt ans, les crises se succèdent et gagnent en gravité. Elles révèlent les carences d'un système monétaire et surtout financier mal adapté à un monde de plus en plus fragmenté. Si le besoin d'un « Bretton Woods 2 » se fait de plus en plus sentir, les divisions de la communauté internationale rendent son avènement peu probable dans l'immédiat.
Hasard du calendrier ou véritable lame de fond ? Quoi qu'il en soit, deux séminaires de haut niveau se sont tenus la semaine passée sur le même sujet : quelle architecture financière et monétaire optimale est à construire pour le monde d'aujourd'hui ? A Paris, une soixantaine de ministres des Finances, de banquiers centraux, de représentants d'organisations internationales et d'économistes ont planché sur trois grandes thématiques. Le mouvement des flux de capitaux transfrontières, l'organisation des multiples filets de sécurité financière créés dans différentes parties du monde pour se prémunir d'une crise et les monnaies de réserve internationales. A Hangzhou, le séminaire Vision 20, organisé notamment par l'université de Zhejiang et l'Institute of Asian Research, a rassemblé essentiellement des représentants du monde académique. Surtout chinois. Là encore, les mêmes sujets ont été évoqués. Serions-nous à la veille d'une grande conférence internationale chargée de bâtir de nouvelles règles, comme ce fut le cas en 1944 à Bretton Woods ? C'est peu probable, même si, depuis près de vingt ans, nombreuses sont les voix à réclamer un « Bretton Woods 2 ». La Chine, qui préside cette année le forum du G20, entend bien faire bouger les lignes sur ces sujets. Le président Xi Jinping en a fait l'une de ses priorités en vue du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement du G20, les 4 et 5 septembre à Hangzhou.
Dans une étude publiée le mois dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a bien reconnu que « les crises de 2008-2009 ont révélé une faiblesse considérable du Système monétaire international ». Des systèmes bancaires de plus en plus interconnectés, des mouvements de capitaux dont la taille n'a cessé d'exploser et qui sont devenus plus volatils, des acteurs non bancaires - fonds de gestion, « hedge funds », compagnies d'assurances, centres offshore - qui gagnent en importance dans le financement de l'économie mondiale : toutes ces évolutions « altèrent la nature des risques » encourus par l'économie mondiale, observe le FMI.
Depuis vingt ans, les crises se succèdent et leur gravité ne cesse de s'accroître. Comme l'a souligné récemment le célèbre professeur d'économie de la Princeton University Paul Krugman, « la principale leçon de trois décennies de crises […] est que la lutte contre le feu lorsqu'il se déclare est un pauvre substitut à la prévention de l'incendie en première intention ». Et de poursuivre : « Le meilleur moyen de traiter les crises est de ne pas les avoir. » Ces derniers mois, l'effondrement des cours des matières premières, et en particulier du pétrole, la volatilité des marchés boursiers, la Bourse de Shanghai en tête, le surendettement croissant dans les pays émergents, en particulier du secteur privé, la forte volatilité des flux de capitaux internationaux, capables de déstabiliser un pays ou une zone géographique entière et la valse des taux de change n'ont pas manqué de renforcer l'inquiétude. Tant et si bien que certains économistes prédisent déjà une nouvelle crise encore plus dévastatrice que celle de 2008.
L'évolution sur ces trente dernières années tient à la fois d'un système mal adapté et d'une doctrine sans doute dépassée. Certes, depuis le pic de la crise, en 2009, des initiatives visant à renforcer le système monétaire et financier international ont vu le jour. Le FMI a considérablement augmenté ses ressources et créé de nouveaux instruments de prêt plus souples et plus flexibles ; des accords d'entraide entre banques centrales pour éviter les faillites de banques privées comme Lehman Brothers en 2008 ont été noués ; les grands pays émergents - Brésil, Russie, Inde Chine - ont mis en commun une partie de leurs réserves de change ; la Chine a mis en place avec les pays voisins, dont le Japon et la Corée, un réseau d'échange de devises en cas de besoin… Mais le FMI avertit que le système est trop fragmenté et que les pare-feu actuels n'ont pas la taille suffisante pour contrer une crise majeure. Pis : « l'élan réformateur général s'est affaibli » depuis 2011.
De surcroît, dans le système actuel, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. D'une part, les pays émergents et en développement n'ont pas accès à tous les instruments financiers de défense. Surtout, ils n'ont pas le privilège d'émettre une monnaie de réserve internationale à l'instar des Etats-Unis, des membres de la zone euro et du Japon. C'est l'une des raisons pour lesquelles Pékin veut pousser sur le devant de la scène le droit de tirage spécial (DTS), ce panier de devises servant d'unité de compte au FMI et composé du dollar, de l'euro, du yen, de la livre sterling et, depuis peu, du renmimbi. Implicitement, Pékin aimerait voir le DTS remplacer le dollar. Une gageure.
Imaginer un second Bretton Woods relève aujourd'hui plus du voeu pieux que d'une réalité proche. Les Etats-Unis n'y ont aucun intérêt. D'ailleurs, ni Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale américaine, ni Jack Lew, le secrétaire au Trésor des Etats-Unis, n'étaient à Paris. Le dollar continue de régner en maître comme devise de réserve et de cotation, et Washington détient toujours le pouvoir réel au FMI.
Cet état de fait n'empêchera pas quelques adaptations. Mais, les discussions seront conduites au sein du forum du G20. Michel Sapin, à l'issue de la réunion de Paris, l'a d'ailleurs admis. A moins qu'une crise encore plus dévastatrice que celle du début des années 1930 ou qu'une guerre mondiale ne survienne, le grand soir des monnaies n'est pas arrivé.
En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/021811067142-pourquoi-le-monde-risque-une-crise-monetaire-majeure-1211630.php?Wp5SvOST0tCheWTZ.99

Paul Jorion dans "Trends Tendances" Belgique du 29 03 16 Extrait Article intitulé : Pourquoi les plus riches ont profité de la crise

" Comme l'ont mis en évidence les travaux de Thomas Piketty et d'Emmanuel Saez en particulier, la concentration de la richesse a atteint à nouveau dans les pays occidentaux le niveau extraordinaire qui était le sien à la veille de la Première Guerre mondiale.
Mais alors que la crise engendrée par cette guerre a opéré une redistribution du patrimoine qui s'est poursuivie jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour se maintenir ensuite jusqu'aux années 1970, la crise des subprimes en 2007 et 2008 a été, elle, à l'origine non pas seulement d'une reprise mais d'une accélération dans la concentration de la richesse. 
..

Commentaire : Cet extrait d'article est très intéressant. En effet, nous pouvons et nous devons faire un paralléle entre la situation actuelle et notre histoire. Souvenez-vous, dès le débuts des années 80 tous les verroux qui avaient été mis en place suite aux guerres et aux crises boursières ont été levés.

1983           Fin de la tutelle du Trésor sur le circuit financier
1985           Réformes bancaires
1985           Matif (levée de l’exception de jeu instaurée en 1936 = spéculation) => marché sous dépendance et au service des mathématiques financières
1984/88      Réformes des marchés financiers  (fin du monopole des agents de change)
1987/1988  CAC 40 créé le 31 décembre 1987 est opérationnel le 15 juin 1988.

Depuis cette nouvelle période de dérèglementation aussi incompréhensible qu'inadéquate, il ne s’est pratiquement pas passé trois années sans crise majeure, alors qu’il n’y en a pratiquement pas eue durant les Trente Glorieuses :
1986 : crise immobilière et faillite des caisses d’épargne aux États-Unis (Savings & Loans) ;
1987 : krach de Wall Street ;
1989 : éclatement de la bulle spéculative japonaise ;
1991 : faillite de la BCCI ;
1992 : première crise du système monétaire européen (la livre sterling sort du SME) ;
1993 : deuxième crise du système monétaire européen ;
1994 : krach obligataire américain (montée brutale des taux longs) ;
1995 : faillite de la banque Barings, coulée par un trader ;
1997 : première crise financière internationale en Asie (Thaïlande, Corée, Hong Kong) ;
1998 : deuxième crise financière internationale (Russie, Brésil). Quasi-faillite du fonds spéculatif américain LTCM ;
2000 : éclatement de la bulle boursière internet. Crise financière en Turquie ;
2001 : crise financière en Argentine. Faillite d’Enron, suivie d’autres faillites ;
2007 : crise des prêts immobiliers subprime ;
2008 – … : conséquences sur le système bancaire de la crise des subprimes (Lehman Brothers, AIG, etc.) ;
2009 - … : crise économique majeure ;
2010 - … : crise des finances publiques et menaces de défauts.

Pour en arriver aujourd'hui où les épargnants en sont réduits à être victimes de pratiques financières des plus condamnables en termes humains et juridiques basées sur l'amalgame de l'évaluation comptable mark-to-market en prix financiers réalisables par tous. Paradoxalement, il devient plus honnête de vendre des produits dérivés que des OPCVM dont l'ensemble des informations est faussé.

La question que je me pose depuis près de 20 ans maintenant est : comment et pourquoi les conseils en gestion de patrimoine, leurs associations ou regroupements pratiquent et/ou se taisent sur l'abus de confiance et l'escroquerie de leurs clients..... alors que l'Honnêteté pourraient être le sceau de leur différenciation ? Certes, ils touchent mais pourquoi ne pas gagner sur des pratiques Honnêtes et Loyales qui respectent les textes juridiques qui encadrent les relations avec les clients non avertis et non qualifés entre autre

Est-il normal de continuer,

D'échanger du cash de clients non avertis contre des valorisations comptables d'OPCVM sans prix financier réel et réalisable ?

Vendre des performances irréalisées et irréalisables, est-ce comme cela que les gestionnaires de patrimoine veulent asseoir leur développement ?

Quelle différence avec les vendeurs de chaînes de Ponzi ?

 Et si le comment, le pourquoi et le réalisable devaient devenir la méthode principale de choix et de conseil des OPCVM ?

Comment et pourquoi les performances financières des FCP et SICAV peuvent continuer d'être VOLONTAIREMENT faussées malgré les crises répétitives ?

Comment et pourquoi il est prélevé de multiples commissions sur des performances reconnues irréalisables par l'Autorité des Marchés Financiers et l'autorité comptable ?

AH, SI LES ASSOCIATIONS AVAIENT PRIS MES PROPOS ET PROPOSITIONS AU SERIEUX DEPUIS CES DERNIERES ANNEES....

EH OUI, IL S'AGIT BIEN "D'ANNEES" AVEC UN GRAND S SANS REPONSE...HORMIS UNE DE L'ANACOFI....IL Y A PLUSIEURS ANNEES.... ET LE KRACH EST ARRIVE ET LES EPARGNANTS CONTINUENT DE SE FAIRE LESER ET LES VERITABLES PROFESSIONNELS SE FONT ENFERMER DANS UN CARCAN REGLEMENTAIRE AUSSI INADAPTE QUE DESTRUCTEUR POUR EUX, QUE REMUNERATEUR EN EGO, EN POSTES "POLITIQUES" VOIRE FINANCIERS ET EN RAPPROCHEMENT DIVERS ET VARIES POUR LES AUTRES ETC...

Vous doutez de mes propos :

Dans "Club Patrimoine" du 28 03 16 : Athymis Gestion lance le premier contrat d'assurance-vie à rémunération fixe en multigestion

PARLONS FINANCE
Vous êtes en attente de  transparence, simplicité et coûts modérés. La plupart des contrats d’Assurance Vie traditionnels intègrent des schémas de rémunération qui diffèrent en fonction des supports choisis par les conseillers financiers.
 Avec ADVANCED by ATHYMIS, votre conseiller perçoit une rémunération de conseil fixe allant jusqu’à 1,2% par an sur l’encours investi en unités de compte. Plus vous gagnez et plus il est rémunéré ! Les autres frais s’élèvent à 0,6% de frais de gestion.
 Les supports les moins chers sont privilégiés, qu’il s’agisse de parts de fonds communs de placement destinées aux institutionnels ou d’ETF. Et leur rentabilité ? Et leur profitabilité éthique en terme SOCIOlogique, ECOnomique, POlitique et FInancier ? Le "rasé gratis" a toujours été le signe de déclin.
Innovation du contrat : en cas d’inaccessibilité des parts institutionnelles, les rétrocessions perçues sont reversées à votre contrat.
Plus de conflits d’intérêts : à performance égale, votre conseiller en gestion de patrimoine choisira le support le moins cher ! Tout est dit sur l'existence passée et actuelle de conflits d'intérêts qui lèsent les clients et qui sont à la base de leur abus de confiance et de leur escroquerie. Souvenez de la Financière de l'Echiquier et de Tocqueville qui fermaient leur fonds qui devenaient trop "importants" il y a quelques années. Et aujourd'hui.....
 Notre solution, assurée par Spirica, filiale du Credit Agricole, intègre toutes les dernières innovations en matière d’accès à votre épargne en ligne.  
 Avec ADVANCED by Athymis, votre conseiller en gestion de patrimoine prend l’initiative pour vous offrir plus de transparence et d’efficacité dans la construction de votre épargne !

Et juste pour rire :

Dans "H24" du 24 03 16 : Vous voulez connaître le montant des commissions de surperformance de Bruno Crastes, H2O AM ? Surperformances comptables ou réalisables financièrement par tous les clients prélevés ?

Publié le 24 Mars 2016 


On a juste lu le dernier DICI de H2O Multibonds :)
H2O Multibonds a clôturé son exercice au 31 décembre.
Les frais courants sont de 1,20% + 4,95% de commission de surperformance.
L’encours sous gestion est supérieur à 1 milliard d’euros.
A vous de faire le calcul pour le montant touché par l’équipe de Bruno Crastes sur ce fonds.
A déduire évidemment environ 0,50% de rétro pour rémunérer les bons distributeurs qui ont choisi ce fonds ;)
La commission de surperformance est de 25% au-dessus du benchmark JP Morgan Government Bond index Broad + 1,60% soit 4,95% sur l’année 2015.
C’est sûrement le prix à payer pour réaliser une perf de + 30,95%. Performance comptable ou performance financière réalisable par les clients prélevés ? A votre avis, prélevés ou lésés tout court ?

Michel Santi dans "La Tribune" du 21 03 16 Article intitulé : Il y a une vie après le capitalisme

" La gauche et la droite doivent comprendre que le capitalisme n'est plus productif. Il faut changer notre rapport au travail. Par
L'économie n'est plus une pourvoyeuse d'emplois ! Ce paradigme est désormais révolu car, à l'ère de la globalisation et de la financiarisation de nos économies, croissance ne rime plus avec travail honorable et correctement payé que pour une minorité. La crise des subprimes fut fondamentalement provoquée par des prêts massifs accordés aux ménages de la classe moyenne afin de leur donner l'illusion qu'ils pouvaient maintenir leur niveau de vie.
Plus de croissance stable
Depuis, nous avons compris qu'il n'est désormais plus possible de vivre sur l'illusion selon laquelle l'augmentation progressive de nos revenus nous autoriserait à vivre mieux que nos parents, et nos enfants mieux que nous. Depuis, nous nous sommes rendus compte que la classe moyenne -pilier de nos démocraties modernes- croulait sous les coups de boutoir de ces dettes illégitimes encouragées par les politiques pour maintenir la paix sociale et prodiguées par la finance pour gonfler ses profits. Le capitalisme, aujourd'hui, se fissure de toutes parts et n'est plus capable de produire une croissance stable, tout au plus des épisodes mortifères jalonnés d'implosions de bulles spéculatives.
Quelle alternative?
Il est donc plus que temps de lui trouver une alternative et, ce, d'autant plus que nos économies sont désormais de plus en plus construites sur l'échange gratuit de l'information, totalement incompatible avec le capitalisme classique dont la raison d'être est le profit et le moyen d'y parvenir la compétition. Il est donc urgent d'édifier une économie qui ne soit plus basée -ou que basée- sur le marché et sur le prix. Qui n'empêcherait pas ceux qui veulent travailler de le faire, mais qui épargnerait à un nombre de plus en plus important d'accomplir des tâches que de plus en plus de robots sont désormais capables de remplir. Cette valeur travail, profondément ancrée dans notre identité, doit désormais être désacralisée.
Une ère de collaboration entre les acteurs économiques?
Qu'il ne soit plus obligatoire d'accepter les tâches dégradantes. Que le volontariat soit ardemment promu. Que l'épanouissement personnel ne soit plus redevable au travail. Que l'insécurité matérielle soit enfin éradiquée. Que la robotisation profite à toutes et à tous, et pas qu'à un nombre infime. Que la gauche et que la droite comprennent que le capitalisme n'est plus productif. Qu'il n'est en fait carrément plus nécessaire de produire dans cette économie post-capitaliste qui est la nôtre, où l'argent a perdu sa centralité et où les biens comme les informations peuvent désormais être échangés.
Est-il naïf d'émettre le vœu que le capitalisme sauvage soit progressivement remplacé par une ère de collaboration entre les acteurs économiques ?

Commentaire : Je ne partage pas la globalité du propos car il est tu le fait que le capitalisme actuel se plante, pour l'instant, UNIQUEMENT parce qu'il est bâti sur l'amalgame cours de Bourse et prix réalisable par l'ensemble. Sur ce sujet voir www.agencedecotationihr.com


Dans "Trends Tendances" du 21 03 16 Article intitulé : Donner 1000 euros à chaque citoyen, l'idée controversée de la BCE

Ayant commenté un article de Romaric Godin sur ce sujet hier, je vous propose, si vous désirez avoir mon avis, de lire l'article commenté qui suit cette "Presse commentée".

Naturellement, dans l'article ci-dessous vous retrouverez la "pate" économique allemande. "Pate" économique qui relève du dogmatisme aveugle allemand. Comment des allemands ayant "plombés" en leur seule faveur l'Europe de la Paix peuvent-ils encore donner des leçons ?

" Et si la Banque centrale européenne distribuait de l'argent directement aux ménages pour faire repartir l'inflation ? Hérésie pour beaucoup, l'idée aussi connue sous la notion d'"hélicoptère monétaire" est perçue comme "très intéressante", par le président de la BCE, Mario Draghi. Il remet au goût du jour un vieux débat lancé par l'économiste américain Milton Friedman en 1969.
  En 1969, l'économiste américain Milton Friedman imaginait une méthode radicale pour lutter contre la déflation : un hélicoptère larguant depuis les airs des montagnes de billets sur les villes, afin de gonfler le portemonnaie des consommateurs et les inciter à dépenser plus, faisant ainsi remonter les prix. Ainsi était née la notion d'"helicopter money" ou "hélicoptère monétaire".
De plus en plus d'économistes réfléchissent à cette possibilité de verser de l'argent frais directement à chaque citoyen européen afin de relancer l'économie. L'économiste belge Paul De Grauw déclare au Nieuwsblad : "La baisse continue des taux n'a pas l'effet escompté. Si j'étais Mario Draghi, je prendrais cette mesure. Pour le moment, on essaie d'injecter de l'argent dans le système via les banques, mais elles sont trop conservatrices que pour que cet argent parvienne dans l'économie. Simplement donner de l'argent aux citoyens serait beaucoup plus efficace". Peter Praet, l'économiste en chef de la BCE est d'avis aussi que donner 1000 euros à chaque Européen serait bénéfique pour rebooster l'économie.
Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING, se montre enthousiaste, mais avec quelques réserves. "Cela permet de donner un coup de pouce à l'économie, mais il faut aussi bien sûr veiller à ce que cet argent ne soit pas thésaurisé", prévient-il. Parallèlement, il estime la mesure peu réaliste: "J'imagine mal que des pays comme l'Allemagne, la Finlande ou les Pays-Bas sautent à pieds joints dans cette politique. Ils pensent déjà que la BCE outrepasse son mandat".
"C'est un concept très intéressant (...), mais nous ne l'avons pas encore vraiment étudié", a déclaré de son côté, et contre toute attente Mario Draghi la semaine dernière en conférence de presse. Hétérodoxe et controversé, l'hélicoptère monétaire n'a encore jamais été utilisé à grande échelle dans l'histoire moderne.
Les propos de M. Draghi ont suffi à enflammer les spéculations autour de l'usage d'un tel outil, au moment où, partout, les doutes grandissent quant à l'efficacité des politiques monétaires pour faire grimper les prix.
'175 euros par mois par citoyen'
"L'hélicoptère monétaire fait actuellement l'objet d'intenses réflexions dans les milieux académiques et les banques centrales", estime pour sa part Marcel Fratzscher, président de l'institut économique allemand DIW. "Ce serait toutefois vraiment un instrument de dernier recours, si plus rien d'autre ne fonctionnait".
Prêts géants gratuits pour les banques, achats massifs de dettes sur les marchés via le programme "QE", taux au plus bas, la BCE, comme sa consoeur japonaise d'ailleurs, a multiplié les efforts ces deux dernières années pour tenter de faire remonter les prix.
En abreuvant les banques d'argent frais, la BCE espère stimuler l'octroi de prêts aux ménages et entreprises, et relancer la croissance. En Europe, le financement de l'économie passe presque exclusivement par le crédit bancaire.
Mais depuis trois ans, l'inflation est systématiquement sous la cible d'un taux "proche, mais inférieure à 2%", définition pour la BCE de la stabilité des prix. Lestés par l'effritement des cours du pétrole, les prix ont même reculé sur un mois en février.
L'octroi de prêts ne progressant que très lentement, une grande partie de l'argent déversée par la banque centrale reste coincée dans les tuyaux du circuit financier, sans parvenir aux consommateurs.
Le recours à l'hélicoptère monétaire permettrait de contourner les banques pour verser de l'argent directement dans la poche des ménages.
Si les sommes actuellement injectées par la BCE "étaient réparties entre tous les habitants de la zone euro, chaque citoyen pourrait recevoir jusqu'à 175 euros chaque mois", fait valoir le collectif "QE for people", un regroupement d'associations et d'économistes favorables à cette mesure.
Difficultés légales
En pratique, l'hélicoptère monétaire peut recouvrir d'innombrables formes : distribution de coupons aux citoyens à dépenser dans les magasins, programme d'investissement, ou baisse d'impôts, le tout financé par la banque centrale.
Michaël Malquarti, économiste de la banque helvétique SYZ, plaide quant à lui depuis plusieurs années pour que la Banque nationale suisse (BNS) puisse verser de l'argent directement aux citoyens via le système d'assurance-maladie du pays. "J'aimerais voir la Suisse comme une pionnière dans ce domaine. Cela pourrait faire tomber une barrière psychologique", déclare à l'AFP M. Malquarti.
Mais en zone euro, où cohabitent 19 Etats et systèmes fiscaux différents, la mise en oeuvre d'une telle mesure se heurte à d'importantes difficultés techniques, logistiques et éthiques. Sans parler des obstacles légaux : si rien n'empêche en principe la BCE de verser de l'argent aux citoyens, les traités européens lui interdisent en revanche formellement de financer directement les gouvernements.
"Jusqu'à présent, pour avoir de l'argent, il fallait normalement le gagner. Si la BCE se mettait à distribuer de l'argent sans contrepartie, cela constituerait un énorme bouleversement des habitudes économiques et mettrait l'économie de marché en danger", pointe également Jörg Krämer, économiste de Commerzbank.
Mais "si tout le reste échoue, le débat autour de l'hélicoptère monétaire va passer à l'étape supérieure", juge son collègue Christophe Rieger.
Pour Jonathan Loynes, économiste de Capital Economics, "la leçon des dernières années, c'est que des politiques qui semblaient inimaginables peuvent devenir réalité".
"L'hélicoptère monétaire" n'est "pas une manne qui tombe du ciel"
Le président de la Bundesbank allemande a mis en garde samedi contre l'hypothèse que la Banque centrale européenne (BCE) distribue de l'argent directement aux ménages pour faire repartir l'inflation, arguant que cette solution, surnommée "hélicoptère monétaire", "n'était pas une manne".
"L'hélicoptère monétaire n'est pas une manne qui tombe du ciel, au contraire elle ferait des trous gigantesques dans les bilans des banques centrales. Au final, les Etats de la zone Euro et les contribuables devraient supporter les coûts", a mis en garde Jens Weidmann, le gouverneur de la banque centrale allemande, dans un entretien aux journaux du groupe Funke Mediengruppe.
Donner de l'argent aux citoyens "est une décision hautement politique qui doit être prise par les gouvernements et les politiques", a-t-il encore estimé.
"Les banques centrales n'en ont pas le mandat, notamment parce que cela entraînerait une redistribution massive. Ca ne serait rien d'autre que le mélange de la politique monétaire et de la politique fiscale et ça ne serait pas compatible avec l'indépendance des banques centrales", a-t-il déclaré.
"En lieu et place d'expérimentations de politique monétaire téméraires, il serait intéressant de faire une pause", a-t-il estimé, jugeant que "la politique monétaire n'est pas la panacée".
"Elle ne remplace pas les réformes nécessaires dans les pays et ne résout pas les problèmes de la croissance en Europe", a estimé M. Weidmann, notoirement critique des politiques de soutien des prix et de l'économie mises en oeuvre par la BCE.

Romaric Godin dans "La Tribune" du 18 03 16 Article intitulé : La BCE prête à sortir son "monnaie hélicoptère"

" La BCE va-t-elle faire un chèque aux citoyens de la zone euro ? 
L'économiste en chef de la BCE, le Belge Peter Praet, l'a confirmé : l'usage de "l’hélicoptère", autrement dit de la création monétaire directe pour les agents économiques, est une arme dont dispose la BCE. Est-ce un moyen d'ancrer à tout prix les anticipations d'inflation ou est-ce une vraie possibilité ?
L'usage de l'« hélicoptère » monétaire, autrement dit du déversement massif de monnaie sur l'économie, va-t-elle devenir réalité en zone euro ? Cette vieille idée évoquée par Milton Friedman, le père du monétarisme, en 1948, va-t-elle être utilisée par l'institution de Francfort qui désespère de plus en plus de l'efficacité de son « assouplissement quantitatif » ?
La BCE évoque enfin la monnaie hélicoptère
La question est, en tout cas, clairement sur la table. Lors de sa conférence de presse du 10 mars, Mario Draghi avait jugé cette idée « intéressante », tout en affirmant que le Conseil des gouverneurs n'avait « pas encore étudié ce concept. » Les observateurs n'ont pas manqué de relever combien ce « pas encore » laissait de porte ouverte. Huit jours plus tard, dans une interview accordée au quotidien italien La Repubblica, l'économiste en chef de la BCE, membre du directoire, Peter Praet, est allé nettement plus loin en affirmant que la monnaie « hélicoptère » entrait dans la « boîte à outil » de la BCE. « Oui, toutes les banques centrales peuvent le faire », a confirmé l'économiste belge. Et de marteler : « Donc, quand nous disons que nous n'avons pas atteint les limites de nos outils, je pense que c'est vrai. » Le message est donc claire : l'hélicoptère monnaie est désormais une arme possible pour la BCE.
Qu'est-ce que la monnaie hélicoptère ?
Qu'est-ce que l'hélicoptère ? Milton Friedman l'a décrit au début de sa carrière, à l'époque où la crise déflationniste des années 1930 est encore dans les mémoires. Dans la logique monétariste, la banque centrale doit avoir recours à la distribution de liquidités (Friedman utilise alors l'image d'une distribution de billets par hélicoptère) pour mettre fin à un risque de spirale de baisse des prix. L'argent distribué vient gonfler la demande et relancer l'inflation.
La logique est bien celle du monétarisme : agir sur la masse monétaire pour agir sur les prix. On remarque aussi que ce concept se distingue de l'usage habituel de la planche à billets, qui sert souvent à combler un déficit chronique de l'Etat. Ici, l'Etat n'intervient pas, précisément pour éviter tout risque de spirale hyperinflationniste. En étant distribué aux agents économiques pour être dépensé, cet argent, au contraire, dispense l'Etat de s'endetter davantage et comble les déficits en venant grossir les revenus fiscaux.
La crédibilité de la BCE en jeu
Si la BCE ne peut plus faire l'impasse sur un tel instrument, c'est que, désormais, sa crédibilité est en jeu. L'institution de Mario Draghi semble être arrivée au bout de sa logique d'assouplissement quantitatif. Après un an de rachats d'actifs publics à hauteur de 60 milliards d'euros, l'inflation reste désespérément faible. Certes, cette faiblesse est tirée par les prix de l'énergie et des matières premières, mais l'inflation sous-jacente demeure également faible au regard des moyens mis sur la table. En février, les prix en zone euro ont reculé sur un an de 0,2 %. L'inflation sous-jacente (hors énergie, produits alimentaires, alcools et tabacs) est passée de 1 % à 0,8 %. Résultat : les anticipations d'inflation sur les marchés se sont fortement dégradées, s'éloignant de l'objectif de la BCE. En clair : les marchés ne croient plus dans l'efficacité de la politique de la banque centrale. C'est donc bien la crédibilité de la BCE qui est en jeu.
Convaincre les marchés de la détermination de la BCE
Le 10 mars, Mario Draghi a donc frappé fort en augmentant le volume des rachats de 60 à 80 milliards d'euros mensuels, tandis que le taux de dépôt négatif a été alourdi de -0,3 % à -0,4 %. Un nouvel instrument, le TLTRO II, visant à inciter les banques à prêter à l'économie par une « récompense » sous forme de taux négatif, a été mise en place. Cet arsenal vise à convaincre les marchés de la détermination de la BCE. Mais il ne suffira pas. Ces annonces n'ont ainsi pas permis de peser sur l'euro qui, depuis le 10 mars, a progressé face au dollar. Dans un contexte où chaque banque centrale tente d'exporter sa déflation et où les fondamentaux de la zone euro, avec son excédent courant et son économie qui résiste dans le ralentissement mondial, l'euro peine à reculer. La BCE doit donc aller plus loin, du moins en parole, pour restaurer sa crédibilité.
Dans l'interview déjà citée à la Repubblica, Peter Praet affirme ainsi que le taux de dépôt négatif n'a pas atteint sa limite basse, il peut encore baisser. L'allusion à l'hélicoptère monnaie entre dans cette logique : impressionner et prévenir que l'on est prêt à tout, même à l'impensable.
Pas seulement une menace
Faut-il donc ne prendre ces paroles que pour des menaces vaines, qui ne se traduiront pas dans les faits ? Rien n'est moins sûr. La BCE a préparé de cette manière l'introduction des taux négatifs et de l'assouplissement quantitatif, par des allusions visant à impressionner le marché. Mais la réalité de l'inflation faible ne changeant pas, ces instruments sont devenus des « exigences » du marché, qu'il a fallu mettre en œuvre, au risque de provoquer, comme le 3 décembre dernier, des déceptions désastreuses de la part des investisseurs.
Bref, comme précédemment, la BCE pourrait bien être pris à son propre piège et se voir contrainte à monter dans l'hélicoptère par la force des événements. Ces déclarations ne peuvent donc pas être considérées comme de simples paroles en l'air.
Une mesure qui contourne les banques
En théorie, l'hélicoptère monnaie dispose de beaucoup d'avantages pour la BCE. Ce procédé permet de contourner un système bancaire système bancaire à qui a été donné tous les pouvoirs politicos/financiers et qui tient tellement les Etats dans ses mains que la BCE en est à envisager de distribuer de l'argent (argent dont on supprime la disponibilité en liquide pour les Peuples) pour contourner la réalité du détournement des pouvoirs financiers, politiques et autres en faveur des seules banques, qui demeure un des principaux obstacles à la transmission de la politique monétaire à l'économie réelle et qui a conduit à limiter l'impact de l'assouplissement quantitatif. Il permet aussi d'avoir moins recours aux taux négatifs dont l'usage est in fine périlleux. La monnaie distribuée directement aux consommateurs viendra naturellement gonfler la demande et exercer une pression inflationniste qui permettra un relèvement des anticipations d'inflation. Dès lors, un cercle vertueux peut se mettre en place : rassurées par les perspectives sur les prix et donc sur leur capacité à fixer leurs prix, les entreprises pourraient alors investir. La croissance se renforcera et les anticipations d'inflation également.

Une mesure légale en zone euro
L'autre avantage de l'hélicoptère monnaie, c'est qu'elle n'est pas expressément interdite par les traités européens, à la différence du financement monétaire des Etats. Or, on l'a vu, ce procédé a été mis en avant par Milton Friedman précisément parce qu'il épargne les budgets. En distribuant de l'argent, la BCE pourrait ainsi prétendre préserver même l'esprit des traités en incitant les Etats à réduire leurs déficits et même en les aidant à le faire.
C'est un élément important compte tenu de la levée de boucliers attendue en Allemagne en cas de recours à cette méthode, et notamment de la confusion qui pourrait naître d'une comparaison avec l'hyperinflation de la République Weimar où, en réalité, on avait connu un financement monétaire des dépenses publiques.
De la création monétaire pure
Pour la BCE, les vrais obstacles pourraient être ailleurs. D'abord, dans la couverture des pertes. Car cette monnaie émise n'est pas « couverte » par une contrepartie, à la différence des rachats d'actifs ou des prêts à long terme des banques. Certes, les rachats d'actifs peuvent entraîner des pertes liées au prix de rachat, qui seront couvertes par de la création monétaire ex nihilo, mais la logique de l'hélicoptère monnaie est différente.
Il s'agit en effet de la planche à billets pure, sans contrepartie dans le bilan de la banque centrale, qui entraîne une perte sèche pour la BCE. On notera que la BCE, pour la première fois, le 10 mars, a montré qu'elle était prête à s'engager dans cette voie avec le TLTRO II. Cela dit, Les banques qui auront emprunté de l'argent à la BCE et auront augmenté leur volant de prêts bénéficieront en effet d'un taux négatif, autrement dit d'une « prime » sous forme de remise d'une partie du capital emprunté. Cette prime est de la création monétaire sans contrepartie.
La question des pertes de la BCE
Cette perte peut être certes compensée par plusieurs moyens. D'abord, par les profits générés par ailleurs qui peuvent couvrir ces pertes. En 2014, ce bénéfice net était de près d'un milliard d'euros, mais il ne prend pas en compte l'effet des taux négatifs et du QE. Ensuite, parce qu'en cas de perte nette, la BCE peut, selon l'article 33-2 du traité de fonctionnement de l'UE, avoir recours à son fonds de réserve général (fin 2014, il était à 7,6 milliards d'euros) et, sur décision du conseil des gouverneurs, utiliser les revenus monétaires des banques centrales nationales. Ces « coussins » de sécurité paraissent cependant trop faibles pour irriguer une économie de 340 millions d'habitants. Il faudra donc sans doute une recapitalisation par les banques centrales nationales, donc par les Etats ou un maintien en bilan négatif, ce que ne prévoient pas les traités. Un choix « politique » qui risque d'être délicat à gérer.
Quelle forme pour l'hélicoptère ?
Deuxième problème majeur : la forme que devra prendre l'hélicoptère. Faut-il procéder à un simple crédit en une fois sur les comptes courants des citoyens d'une somme fixe en euros ? Dans ce cas, l'efficacité risque d'être réduite.
Pour plusieurs raisons. Une partie de cette somme pourrait en effet être épargnée ou placée dans des bulles spéculatives. Par ailleurs, la croissance européenne est, aujourd'hui, tirée par la consommation dopée par la baisse du prix de l'énergie. Est-il utile de « tout miser » sur cette seule consommation aujourd'hui au risque de voir ce moteur non seulement alimenter surtout les importations ? Et une fois cet effet terminé et l'inflation remontée, ne faut-il pas craindre une baisse des revenus et des dépenses des ménages ?
Dans ce cas, l'hélicoptère pourrait être un feu de paille bien moins utile, par exemple, qu'une hausse des salaires. Certes, comme le souligne l'économiste britannique Simon Wren-Lewis, toute hausse de la demande agira directement sur l'inflation, mais un simple hélicoptère risque de ne pas résoudre les plaies de la zone euro : la perte de revenu durable des salariés du sud de l'Europe et le sous-investissement, notamment.
Des mesures « ciblées » ?
Pour être efficace, la monnaie créée doit donc être maîtrisée. D'abord, en « dirigeant » cette monnaie vers la dépense et vers la dépense « utile ». Pour cela, il faut sans doute imaginer des aménagements géographiques (est-il raisonnable de soutenir la consommation allemande autant que celle de la Grèce, par exemple ?) ou sociaux (en distribuant selon les revenus), mais aussi techniques. On peut ainsi imaginer des « bons » ayant valeur monétaire, mais ne permettant d'acheter que certains biens « utiles » à l'investissement des entreprises européennes soient émis. On peut également, pour mieux « ancrer » les anticipations d'inflation, faire « durer » cette émission monétaire via des bons à péremption limitée qui seraient renouvelés à intervalle régulier et dans des proportions différentes.
Il existe donc des solutions pour améliorer la simple notion de monnaie hélicoptère lancée sans conditions imaginée par Milton Friedman. Evidemment, ces éléments nécessitent un travail technique complexe et il n'est pas certain que la BCE s'y attèle lorsque l'on a pu constater que le taux négatif à plusieurs niveaux en pratique en Suisse ou au Japon a été jugé trop « complexe » par la BCE pour la zone euro.
Une dépossession des Etats ?
La dernière difficulté est celle de la justification « politique » de cette création monétaire. En contournant les banques, la BCE contournerait également les gouvernements élus. Elle ferait en réalité un plan de relance sans l'accord des Etats. La banque centrale indépendante serait-elle alors toujours dans son rôle ? N'est-ce pas aux représentants des citoyens de déterminer quelles dépenses relèvent ou non de l'intérêt général ? N'est-ce pas au Conseil européen ou au parlement de construire un plan pour l'ensemble de l'Europe ?
La question se pose et pourrait faire monter une véritable fronde de certains gouvernements mécontents de se voir ainsi « déposséder » de leur pouvoir budgétaire par la BCE. Mais la zone euro dans sa version actuelle ne permet pas de vrai plan de relance vigoureux, ni au niveau des Etats, ni au niveau européen. La BCE s'adapte donc à cette donne, même si un plan de relance budgétaire pourrait être plus efficace que l'hélicoptère.
La question allemande relancée ?
Il n'est pas certain que cette vision soit néanmoins acceptée en Allemagne où cette mesure sera considérée comme un premier pas vers l'hyperinflation. Mario Draghi a déjà beaucoup fait reculer les Allemands. Sa critique outre-Rhin est féroce et, déjà, le Handelsblatt du 11 mars l'a figuré brûlant un billet de banque. Mais cette patience (au sens étymologique de ce qui fait souffrir) germanique est-elle bornée ? Et la monnaie hélicoptère sera-t-elle sa limite ? C'est désormais à cette question que l'Italien de la BCE doit répondre.

Commentaire : Le commentaire ci-dessous écrit le 19/03/2016 à 04:49: sera t-il accepté par "La Tribune"


Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.
Christian PIRE  a écrit le 19/03/2016 à 04:49:
Vous écriviez avec justesse le 6 mars 2013 à propos de l'hélicoptère dans votre article intitulé : "Et si les banques centrales sortaient leur "hélicoptère" pour combattre la crise?" < Il s'agit en réalité de priver le système bancaire de sa capacité à créer de la monnaie et de transmettre cette capacité aux seules autorités monétaires> En fait l'hélicoptère n'est absolument pas une réponse mais est une "gesticulation" de dernier recours. Elle ne solutionne aucun problème à la base des déséquilibres. Pour ma part, si je ne doute pas des nombreux bienfaits de l'aspirine , il n'en demeure pas moins que ses actions sur les maladies graves ne sont que très limitées. Pourquoi ne part écrire sur le Fonds de Stabilisation Boursier qui, lui, est une réelle solution en s'attaquant à la base du problème de la création de richesse pour l'ensemble (sans endettement de l'Etat et sans hélicoptère pour contrer les banques, banques à qui l'on a donné TOUS le pouvoirs directement ou indirectement) par une correction et une mise à profit en faveur de la communauté et du désendettement de l'Etat des réelles possibilités offertes par le système de cotation boursier. Système qui dans sa seule version ne fait qu' engloutir l'ensemble des capitaux mis en circulation pour combattre le crise.

 

Romaric Godin dans "La Tribune" du 18 03 16 Article intitulé : La BCE prête à sortir son "monnaie hélicoptère"

" La BCE va-t-elle faire un chèque aux citoyens de la zone euro ? 
L'économiste en chef de la BCE, le Belge Peter Praet, l'a confirmé : l'usage de "l’hélicoptère", autrement dit de la création monétaire directe pour les agents économiques, est une arme dont dispose la BCE. Est-ce un moyen d'ancrer à tout prix les anticipations d'inflation ou est-ce une vraie possibilité ?
L'usage de l'« hélicoptère » monétaire, autrement dit du déversement massif de monnaie sur l'économie, va-t-elle devenir réalité en zone euro ? Cette vieille idée évoquée par Milton Friedman, le père du monétarisme, en 1948, va-t-elle être utilisée par l'institution de Francfort qui désespère de plus en plus de l'efficacité de son « assouplissement quantitatif » ?
La BCE évoque enfin la monnaie hélicoptère
La question est, en tout cas, clairement sur la table. Lors de sa conférence de presse du 10 mars, Mario Draghi avait jugé cette idée « intéressante », tout en affirmant que le Conseil des gouverneurs n'avait « pas encore étudié ce concept. » Les observateurs n'ont pas manqué de relever combien ce « pas encore » laissait de porte ouverte. Huit jours plus tard, dans une interview accordée au quotidien italien La Repubblica, l'économiste en chef de la BCE, membre du directoire, Peter Praet, est allé nettement plus loin en affirmant que la monnaie « hélicoptère » entrait dans la « boîte à outil » de la BCE. « Oui, toutes les banques centrales peuvent le faire », a confirmé l'économiste belge. Et de marteler : « Donc, quand nous disons que nous n'avons pas atteint les limites de nos outils, je pense que c'est vrai. » Le message est donc claire : l'hélicoptère monnaie est désormais une arme possible pour la BCE.
Qu'est-ce que la monnaie hélicoptère ?
Qu'est-ce que l'hélicoptère ? Milton Friedman l'a décrit au début de sa carrière, à l'époque où la crise déflationniste des années 1930 est encore dans les mémoires. Dans la logique monétariste, la banque centrale doit avoir recours à la distribution de liquidités (Friedman utilise alors l'image d'une distribution de billets par hélicoptère) pour mettre fin à un risque de spirale de baisse des prix. L'argent distribué vient gonfler la demande et relancer l'inflation.
La logique est bien celle du monétarisme : agir sur la masse monétaire pour agir sur les prix. On remarque aussi que ce concept se distingue de l'usage habituel de la planche à billets, qui sert souvent à combler un déficit chronique de l'Etat. Ici, l'Etat n'intervient pas, précisément pour éviter tout risque de spirale hyperinflationniste. En étant distribué aux agents économiques pour être dépensé, cet argent, au contraire, dispense l'Etat de s'endetter davantage et comble les déficits en venant grossir les revenus fiscaux.
La crédibilité de la BCE en jeu
Si la BCE ne peut plus faire l'impasse sur un tel instrument, c'est que, désormais, sa crédibilité est en jeu. L'institution de Mario Draghi semble être arrivée au bout de sa logique d'assouplissement quantitatif. Après un an de rachats d'actifs publics à hauteur de 60 milliards d'euros, l'inflation reste désespérément faible. Certes, cette faiblesse est tirée par les prix de l'énergie et des matières premières, mais l'inflation sous-jacente demeure également faible au regard des moyens mis sur la table. En février, les prix en zone euro ont reculé sur un an de 0,2 %. L'inflation sous-jacente (hors énergie, produits alimentaires, alcools et tabacs) est passée de 1 % à 0,8 %. Résultat : les anticipations d'inflation sur les marchés se sont fortement dégradées, s'éloignant de l'objectif de la BCE. En clair : les marchés ne croient plus dans l'efficacité de la politique de la banque centrale. C'est donc bien la crédibilité de la BCE qui est en jeu.
Convaincre les marchés de la détermination de la BCE
Le 10 mars, Mario Draghi a donc frappé fort en augmentant le volume des rachats de 60 à 80 milliards d'euros mensuels, tandis que le taux de dépôt négatif a été alourdi de -0,3 % à -0,4 %. Un nouvel instrument, le TLTRO II, visant à inciter les banques à prêter à l'économie par une « récompense » sous forme de taux négatif, a été mise en place. Cet arsenal vise à convaincre les marchés de la détermination de la BCE. Mais il ne suffira pas. Ces annonces n'ont ainsi pas permis de peser sur l'euro qui, depuis le 10 mars, a progressé face au dollar. Dans un contexte où chaque banque centrale tente d'exporter sa déflation et où les fondamentaux de la zone euro, avec son excédent courant et son économie qui résiste dans le ralentissement mondial, l'euro peine à reculer. La BCE doit donc aller plus loin, du moins en parole, pour restaurer sa crédibilité.
Dans l'interview déjà citée à la Repubblica, Peter Praet affirme ainsi que le taux de dépôt négatif n'a pas atteint sa limite basse, il peut encore baisser. L'allusion à l'hélicoptère monnaie entre dans cette logique : impressionner et prévenir que l'on est prêt à tout, même à l'impensable.
Pas seulement une menace
Faut-il donc ne prendre ces paroles que pour des menaces vaines, qui ne se traduiront pas dans les faits ? Rien n'est moins sûr. La BCE a préparé de cette manière l'introduction des taux négatifs et de l'assouplissement quantitatif, par des allusions visant à impressionner le marché. Mais la réalité de l'inflation faible ne changeant pas, ces instruments sont devenus des « exigences » du marché, qu'il a fallu mettre en œuvre, au risque de provoquer, comme le 3 décembre dernier, des déceptions désastreuses de la part des investisseurs.
Bref, comme précédemment, la BCE pourrait bien être pris à son propre piège et se voir contrainte à monter dans l'hélicoptère par la force des événements. Ces déclarations ne peuvent donc pas être considérées comme de simples paroles en l'air.
Une mesure qui contourne les banques
En théorie, l'hélicoptère monnaie dispose de beaucoup d'avantages pour la BCE. Ce procédé permet de contourner un système bancaire système bancaire à qui a été donné tous les pouvoirs politicos/financiers et qui tient tellement l'Etat dans ses mains que la BCE en est à envisager de distribuer de l'argent (argent dont on supprime la disponibilité en liquide des Peuples) pour contourner la réalité du détournement des pouvoirs financiers, politiques et autres en faveur des seules banques.

Pour ma part, je pense que les Etats et leurs représentants en sont réduit à n'être plus que les pantins d'un script médiatique digne du théâtre des guignols. Les banques qui sont à la base de tous les scandales, de détournements, de mise en place de schéma de spoliation, de transfert de risque sur les épargnants non avertis et non qualifiés via le retour de la titrisation etc.. restent les maîtres.  Quelle situation peut être plus ubuesque ? Quant aux politiques et commentaires stériles et débiles sur le temps de travail etc.. nous avons ici une preuve que tous ces sujets qui font régulièrement la une ne sont que des leurres. Tous nous savons que si nous vivons l'opportunité de pouvoir penser et mettre en place les stabilités étatiques de demain, nous ne pourrons le faire qu'en ayant des Etats remettant les banques à leur niveau de simple intervenant économique sous la tutelle des Etats. Dans l'inverse, l'Etat continuera d'être un pantin tout comme les institutions internationales. Situation qui ne mène qu'à des excès, excès qui historiquement ont mené à la violence et aux guerres. N'est-ce pas cela que les Etats anticipent avec leur cinéma sur le blanchiment, la réalité du retour à des états policiers violents et sans limite aucune (même les avocats se font molester "tabasser"), la "normalisation" du tir à vue sur des gosses, les violences sur migrants économiques qui sont les mêmes que sur certaines populations (Juives, Tsiganes et autres) dans un passé récent. Passé récent que pourtant des pays comme la france essayent de "falsifier" pour faire oublier leur trahison, leur lacheté et leur couardise. Là-aussi, les utilisations et détournements de faits somme toute anodins pour mettre en place le contrôle total des Peuples et autres flicarisations (ici je ne parle par des rôles et actions d'une police normale à comportement non "nazi"...) sans aucune limite ne sont que des signes historiques bien connus. La question que nous devons tous nous poser aujourd'hui ne serait-elle pas :

"Se taire, jusqu'à où, jusqu'à quand ?"

" Le silence actuel n'est-il pas le retour à une certaine collaboration ?"

Souvenons-nous :

 "Le XXI siècle sera celui du courage. Courage dans la douleur ou courage dans l'attitude et l'affirmation des seules valeurs d'Avenir que sont les valeurs Humaines et Humanistes. Réapprenons à dire NON."©

"Sachez dire non pour être digne de votre Liberté. Ne jamais accepter de devenir, petit à petit, de façon insidieuse le terreau fertile de l’asservissement et de l’acceptation de l’inacceptable."©

, qui demeure un des principaux obstacles à la transmission de la politique monétaire à l'économie réelle et qui a conduit à limiter l'impact de l'assouplissement quantitatif. Il permet aussi d'avoir moins recours aux taux négatifs dont l'usage est in fine périlleux. La monnaie distribuée directement aux consommateurs viendra naturellement gonfler la demande et exercer une pression inflationniste qui permettra un relèvement des anticipations d'inflation. Dès lors, un cercle vertueux peut se mettre en place : rassurées par les perspectives sur les prix et donc sur leur capacité à fixer leurs prix, les entreprises pourraient alors investir. La croissance se renforcera et les anticipations d'inflation également.
Une mesure légale en zone euro
L'autre avantage de l'hélicoptère monnaie, c'est qu'elle n'est pas expressément interdite par les traités européens, à la différence du financement monétaire des Etats. Or, on l'a vu, ce procédé a été mis en avant par Milton Friedman précisément parce qu'il épargne les budgets. En distribuant de l'argent, la BCE pourrait ainsi prétendre préserver même l'esprit des traités en incitant les Etats à réduire leurs déficits et même en les aidant à le faire.
C'est un élément important compte tenu de la levée de boucliers attendue en Allemagne en cas de recours à cette méthode, et notamment de la confusion qui pourrait naître d'une comparaison avec l'hyperinflation de la République Weimar où, en réalité, on avait connu un financement monétaire des dépenses publiques.
De la création monétaire pure
Pour la BCE, les vrais obstacles pourraient être ailleurs. D'abord, dans la couverture des pertes. Car cette monnaie émise n'est pas « couverte » par une contrepartie, à la différence des rachats d'actifs ou des prêts à long terme des banques. Certes, les rachats d'actifs peuvent entraîner des pertes liées au prix de rachat, qui seront couvertes par de la création monétaire ex nihilo, mais la logique de l'hélicoptère monnaie est différente.
Il s'agit en effet de la planche à billets pure, sans contrepartie dans le bilan de la banque centrale, qui entraîne une perte sèche pour la BCE. On notera que la BCE, pour la première fois, le 10 mars, a montré qu'elle était prête à s'engager dans cette voie avec le TLTRO II. Cela dit, Les banques qui auront emprunté de l'argent à la BCE et auront augmenté leur volant de prêts bénéficieront en effet d'un taux négatif, autrement dit d'une « prime » sous forme de remise d'une partie du capital emprunté. Cette prime est de la création monétaire sans contrepartie.
La question des pertes de la BCE
Cette perte peut être certes compensée par plusieurs moyens. D'abord, par les profits générés par ailleurs qui peuvent couvrir ces pertes. En 2014, ce bénéfice net était de près d'un milliard d'euros, mais il ne prend pas en compte l'effet des taux négatifs et du QE. Ensuite, parce qu'en cas de perte nette, la BCE peut, selon l'article 33-2 du traité de fonctionnement de l'UE, avoir recours à son fonds de réserve général (fin 2014, il était à 7,6 milliards d'euros) et, sur décision du conseil des gouverneurs, utiliser les revenus monétaires des banques centrales nationales. Ces « coussins » de sécurité paraissent cependant trop faibles pour irriguer une économie de 340 millions d'habitants. Il faudra donc sans doute une recapitalisation par les banques centrales nationales, donc par les Etats ou un maintien en bilan négatif, ce que ne prévoient pas les traités. Un choix « politique » qui risque d'être délicat à gérer.
Quelle forme pour l'hélicoptère ?
Deuxième problème majeur : la forme que devra prendre l'hélicoptère. Faut-il procéder à un simple crédit en une fois sur les comptes courants des citoyens d'une somme fixe en euros ? Dans ce cas, l'efficacité risque d'être réduite.
Pour plusieurs raisons. Une partie de cette somme pourrait en effet être épargnée ou placée dans des bulles spéculatives. Par ailleurs, la croissance européenne est, aujourd'hui, tirée par la consommation dopée par la baisse du prix de l'énergie. Est-il utile de « tout miser » sur cette seule consommation aujourd'hui au risque de voir ce moteur non seulement alimenter surtout les importations ? Et une fois cet effet terminé et l'inflation remontée, ne faut-il pas craindre une baisse des revenus et des dépenses des ménages ?
Dans ce cas, l'hélicoptère pourrait être un feu de paille bien moins utile, par exemple, qu'une hausse des salaires. Certes, comme le souligne l'économiste britannique Simon Wren-Lewis, toute hausse de la demande agira directement sur l'inflation, mais un simple hélicoptère risque de ne pas résoudre les plaies de la zone euro : la perte de revenu durable des salariés du sud de l'Europe et le sous-investissement, notamment.
Des mesures « ciblées » ?
Pour être efficace, la monnaie créée doit donc être maîtrisée. D'abord, en « dirigeant » cette monnaie vers la dépense et vers la dépense « utile ». Pour cela, il faut sans doute imaginer des aménagements géographiques (est-il raisonnable de soutenir la consommation allemande autant que celle de la Grèce, par exemple ?) ou sociaux (en distribuant selon les revenus), mais aussi techniques. On peut ainsi imaginer des « bons » ayant valeur monétaire, mais ne permettant d'acheter que certains biens « utiles » à l'investissement des entreprises européennes soient émis. On peut également, pour mieux « ancrer » les anticipations d'inflation, faire « durer » cette émission monétaire via des bons à péremption limitée qui seraient renouvelés à intervalle régulier et dans des proportions différentes.
Il existe donc des solutions pour améliorer la simple notion de monnaie hélicoptère lancée sans conditions imaginée par Milton Friedman. Evidemment, ces éléments nécessitent un travail technique complexe et il n'est pas certain que la BCE s'y attèle lorsque l'on a pu constater que le taux négatif à plusieurs niveaux en pratique en Suisse ou au Japon a été jugé trop « complexe » par la BCE pour la zone euro.
Une dépossession des Etats ?
La dernière difficulté est celle de la justification « politique » de cette création monétaire. En contournant les banques, la BCE contournerait également les gouvernements élus. Elle ferait en réalité un plan de relance sans l'accord des Etats. La banque centrale indépendante serait-elle alors toujours dans son rôle ? N'est-ce pas aux représentants des citoyens de déterminer quelles dépenses relèvent ou non de l'intérêt général ? N'est-ce pas au Conseil européen ou au parlement de construire un plan pour l'ensemble de l'Europe ?
La question se pose et pourrait faire monter une véritable fronde de certains gouvernements mécontents de se voir ainsi « déposséder » de leur pouvoir budgétaire par la BCE. Mais la zone euro dans sa version actuelle ne permet pas de vrai plan de relance vigoureux, ni au niveau des Etats, ni au niveau européen. La BCE s'adapte donc à cette donne, même si un plan de relance budgétaire pourrait être plus efficace que l'hélicoptère.
La question allemande relancée ?
Il n'est pas certain que cette vision soit néanmoins acceptée en Allemagne où cette mesure sera considérée comme un premier pas vers l'hyperinflation. Mario Draghi a déjà beaucoup fait reculer les Allemands. Sa critique outre-Rhin est féroce et, déjà, le Handelsblatt du 11 mars l'a figuré brûlant un billet de banque. Mais cette patience (au sens étymologique de ce qui fait souffrir) germanique est-elle bornée ? Et la monnaie hélicoptère sera-t-elle sa limite ? C'est désormais à cette question que l'Italien de la BCE doit répondre.

Commentaire : Le commentaire ci-dessous écrit le 19/03/2016 à 04:49: sera t-il accepté par "La Tribune"


Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.
Christian PIRE  a écrit le 19/03/2016 à 04:49:
Vous écriviez avec justesse le 6 mars 2013 à propos de l'hélicoptère dans votre article intitulé : "Et si les banques centrales sortaient leur "hélicoptère" pour combattre la crise?" < Il s'agit en réalité de priver le système bancaire de sa capacité à créer de la monnaie et de transmettre cette capacité aux seules autorités monétaires> En fait l'hélicoptère n'est absolument pas une réponse mais est une "gesticulation" de dernier recours. Elle ne solutionne aucun problème à la base des déséquilibres. Pour ma part, si je ne doute pas des nombreux bienfaits de l'aspirine , il n'en demeure pas moins que ses actions sur les maladies graves ne sont que très limitées. Pourquoi ne part écrire sur le Fonds de Stabilisation Boursier qui, lui, est une réelle solution en s'attaquant à la base du problème de la création de richesse pour l'ensemble (sans endettement de l'Etat et sans hélicoptère pour contrer les banques, banques à qui l'on a donné TOUS le pouvoirs directement ou indirectement) par une correction et une mise à profit en faveur de la communauté et du désendettement de l'Etat des réelles possibilités offertes par le système de cotation boursier. Système qui dans sa seule version ne fait qu' engloutir l'ensemble des capitaux mis en circulation pour combattre le crise.

Ai-je été "fort" ?

Michel Raimbaud dans "Les-crises.fr" du 20 03 16 Article intitulé : Michel Raimbaud contre les Etats voyous et les grandes voyoucraties

Michel Raimbaud, un ancien ambassadeur de France s’inscrivant dans la tradition de notre diplomatie gaullienne non collabo, nous a paru intéressant à faire connaître dans la situation actuelle.


" On le savait déjà, il y a désormais deux camps dans la communauté des nations : celui du droit international œuvrant en faveur d’un nouvel ordre mondial multipolaire en gestation, et celui de l’hypocrisie et de l’arrogance qui cherche à préserver son hégémonie en installant le chaos partout où il rencontre de la résistance.
L’univers arabe et musulman et ses abords d’Afrique, d’Asie ou d’Europe sont le lieu d’une entreprise de destruction et d’asservissement conduite conjointement par l’empire atlantiste sous haute influence israélienne et ses clients islamistes radicaux. La Syrie est devenue le centre de gravité et l’enjeu d’une guerre inédite et perverse, mais aussi, pour ses promoteurs criminels, une cible emblématique.
La « mère de la civilisation », qui combat en première ligne les terroristes sauvages du soi-disant « Etat Islamique » et du front Al Nosra/al Qaida, est donc présentée comme « l’Etat voyou » par excellence par ceux-là mêmes qui financent, arment et soutiennent le gangstérisme sanglant des djihadistes. Dans nos « grandes démocraties », l’inversion des rôles est devenu si naturel que nul ne songe plus à s’en offusquer : c’est la base même du « false flag », omniprésent dans la narrative atlantiste.
L’Assemblée Générale des Nations Unies a consacré la journée du lundi 28 septembre dernier à la Syrie. Les puissants de ce monde ont utilisé cette tribune pour réaffirmer leurs positions sur l’interminable conflit. A la lumière des déclarations, il n’y a pas photo.
Obama dénonce la logique (russe) consistant à soutenir un « tyran » sous prétexte que l’alternative « serait pire ». Le tyran, c’est Bachar Al Assad, qui « massacre des enfants innocents ». Kerry, colombe repentie, précise : « Après tant de sang versé et de carnages, il ne peut y avoir un retour au statu quo d’avant la guerre ».
Le Nobel de la Paix ne manque pas d’air : s’il a peut-être apaisé les relations avec Cuba et anesthésié jusqu’à sa fin de mandat le dossier nucléaire iranien, s’il a renoncé aux « frappes punitives » en Syrie en raison de ses réticences et/ou devant la détermination de l’adversaire, il a allumé ou entretenu au moins autant de conflits que George Debeliou et il est à la tête d’un Etat responsable de la mort de millions d’enfants et d’adultes, de la destruction d’Etats et de sociétés entières, de dizaines de millions de vies brisées, sans même remonter aux centaines de milliers de victimes d’Hiroshima et Nagasaki.
Heureuse Amérique, bienheureuses « grandes démocraties », toujours sûres de leurs valeurs, plus souvent boursières que morales !

Il faut le répéter, il n’appartient pas aux maîtres occidentaux, à Erdogan l’apprenti calife, ou aux potentats pétroliers, de prescrire l’avenir de la Syrie après l’avoir détruite : c’est au peuple syrien et à lui seul d’en décider, sans ingérence étrangère. C’est ce principe de souveraineté que rappelle le Président chinois, Xi Jin Ping, clamant haut et fort que l’ère unipolaire est révolue et que le monde est désormais multipolaire.
Vladimir Poutine se place lui aussi dans le cadre de la légalité internationale et soutient l’Etat syrien et son gouvernement, ainsi que « les forces armées du président Al Assad qui sont les seules à combattre réellement l’Etat Islamique”. Il propose une « large coalition antiterroriste » en Syrie et en Irak, dans laquelle les pays arabes « joueraient un rôle clé » et qui devrait inclure le gouvernement syrien et l’Iran, son allié. Il
Les décisions du Président russe suscitent la colère des Occidentaux, qui ont refusé la résolution déposée au Conseil de Sécurité par le Kremlin. Ils sont agacés par la référence appuyée à un droit international qu’eux-mêmes traitent avec légèreté.
Pour perpétuer leur hégémonie, les dirigeants atlantistes avancent à l’ombre des faux drapeaux de la démocratie, de la justice, de la morale et du droit. Ils diabolisent les pays qui font obstacle à leurs ambitions en les reléguant dans la géhenne des Etats « préoccupants » ayant vocation à être dépecés en entités « démocratiques » à la mode de l’Oncle Sam : en bref, les « Etats voyous ». Ce concept a joué un rôle essentiel dans la stratégie américaine plusieurs décennies durant, et c’est en jouant de cet épouvantail que les Etats-Unis, encourageant leurs alliés à faire de même, ont violé et violent systématiquement le droit international.
Ce droit est fondé sur la Charte des Nations-Unies qui, dans son article 51, attribue au seul Conseil de Sécurité le pouvoir de prendre les mesures adéquates qu’il juge nécessaires au maintien de la paix et de la sécurité internationales « une fois constatée l’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte d’agression (…) ».
Mais les néocons de Washington se moquent de la légalité onusienne. Seules comptent « les menaces contre nos intérêts », qui sont le fait des « Etats voyous »et rendent nécessaires « des interventions militaires directes » et « le maintien de forces de projection considérables », particulièrement en direction du Proche-Orient. Pour ces faucons, le fondement du droit n’est pas la Charte de l’ONU, mais la Constitution américaine.
Selon Noam Chomski, « ce mépris de la primauté du droit est profondément enraciné dans la culture et les pratiques américaines ». Infiltrés au sein du « pouvoir profond », les néocons vont répandre chez les alliés occidentaux une idéologie dont le fondement reste simple : même si la guerre froide est terminée, les Etats-Unis conservent la responsabilité de protéger le monde face aux « Etats voyous ». En août 1990, Washington et Londres décrètent que l’Irak en est un, et ce ne sera que l’un des premiers d’une longue liste…
Une étude commandée en 1995 par le Strategic Command pose les « principes de base de la dissuasion dans l’après-guerre froide » : depuis que les Etats-Unis ont « remplacé l’Union soviétique par les Etats dits “voyous” », ils doivent projeter une image « irrationnelle et vindicative d’eux-mêmes », « certains éléments » du gouvernement apparaissant « comme potentiellement fous, impossibles à contrôler ». C’est une reprise de la « théorie du fou » de Nixon qui jugeait souhaitable que l’Amérique soit dirigée par « des cinglés au comportement imprévisible, disposant d’une énorme capacité de destruction, afin de créer ou renforcer les craintes des adversaires ».
Cette prose délirante justifie en quelque sorte la transformation des « grandes démocraties » en « voyoucraties », respectant les trois critères qui, selon l’un des « nouveaux historiens » israéliens, Avraham Shlaim, professeur émérite à Oxford, définissent l’Etat voyou, le « rogue state » des anglo-saxons :
    •    Violer régulièrement la légalité internationale,
    •    Détenir des armes de destruction massive,
    •    Utiliser le terrorisme pour terroriser les populations civiles.
C’est ainsi que Robert McNamara, ex-secrétaire américain à la défense (de 1961 à 1968), estime en juin 2000 (The International Herald Tribune) que les Etats-Unis sont devenus un « Etat voyou ». Noam Chomski fera de même au début des funestes « printemps arabes », constatant que son pays « se place au-dessus du droit international ».
A l’heure où le Grand-Moyen Orient est ravagé par l’extrémisme islamiste, patronné par les Occidentaux et leurs affidés régionaux, le débat sur l’éthique dans les relations internationales est pipé. Le conflit n’est plus entre un monde « libre »et un monde « totalitaire », mais entre les partisans du droit international et du respect mutuel entre nations et ceux qui se comportent en Etats voyous, guidés par la « théorie du fou » et la stratégie du « chaos innovateur ».
Conviction réelle pour les uns, leurre pour les autres, la référence au droit international n’a pas la même valeur pour les deux camps : les prêcheurs de guerre jouent avec l’idée d’un conflit mondial qui assurerait leur triomphe… sauf si l’équilibre militaire des forces rend leur victoire trop incertaine.
La Russie vient donc de bouleverser la donne en proposant sa « grande coalition » et en se lançant dans une lutte globale contre les terroristes, conformément aux résolutions du Conseil de Sécurité et à la demande du gouvernement de Damas, tout en recherchant une solution politique entre Syriens, en application de l’accord de Genève. C’est un pavé dans la mare où depuis un an s’ébat presque seule la coalition US, dont les frappes homéopathiques détruisent la Syrie sans beaucoup nuire aux terroristes de Da’ech. C’est un pas important en direction de la paix, conforme au droit international. Les Européens saisiront-ils la perche ?
On l’a entendu à la tribune onusienne, le représentant du « pays des lumières », François Hollande, est plongé tout entier dans ses menées obscures et nourrit une obsession pathologique qui a nom Bachar, lequel doit être « neutralisé » et exclu de toute transition politique : « On ne peut faire travailler ensemble victimes et bourreau. Assad est à l’origine du problème : il ne peut pas faire partie de la solution ».
Droit dans ses bottes tordues, le grand chef de guerre fait valoir qu’il n’est pas seul sur cette position intenable : « Barack Obama s’y refuse, d’autres dirigeants (on sait lesquels – NDLR) s’y refusent. Les Russes doivent en tirer les conséquences », conclut-il, impérial. Prend-on des gants avec le chef d’un « Etat-voyou » quand on est soi-même aussi populaire ?

Mou face aux problèmes de l’Hexagone, Hollande aura fait preuve d’un activisme forcené face à des affaires qui ne le regardent pas, le conflit de Syrie par exemple, où la France a déjà un bilan accablant : mauvaise évaluation de la solidité de l’État syrien, de la crédibilité de l’opposition offshore, appui inacceptable à la rébellion armée débouchant sur la couverture du terrorisme, obsession de « neutraliser »Bachar Al Assad, volonté manifeste de casser la Syrie rebelle et acharnement dans la destruction de son identité.
Qu’on le veuille ou non, notre pays est partie prenante dans l’entreprise criminelle et prédatrice de ses alliés atlantistes, de ses amis turcs, saoudiens et qataris et des mercenaires qu’ils instrumentalisent. Il est coresponsable du résultat : des millions de réfugiés, déplacés, sinistrés, morts et blessés, des millions de familles dispersées, de vies brisées, le démantèlement du patrimoine, des infrastructures, des entreprises…
Il aura aussi fait preuve d’une approche très floue de la légalité internationale et d’un certain déficit de cartésianisme, les terroristes étant traités en ennemis au Mali et « faisant du bon boulot » en Syrie.

Dans les grands dossiers de ce début de millénaire – la glissade du Moyen-Orient vers le chaos, la déstabilisation de l’ex-glacis soviétique grâce à la sollicitude de l’Occident – la France est affaiblie comme jamais et a perdu sa crédibilité, car elle est en divorce avec les acteurs qui comptent. Son hypocrite diplomatie compassionnelle lui attire le mépris. Les écarts de langage font le reste. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour réclamer le départ de Fabius, condition nécessaire mais non suffisante pour se refaire une virginité.
Fabius et Hollande étant ce qu’ils sont, on peut craindre que la France tarde à coopérer avec la Russie, l’Iran et la Syrie pour rétablir une paix juste et durable, dans le cadre d’un ordre mondial nouveau. Mais notre pays devra bien sortir de la triple impasse dans laquelle il s’est enfermé : l’entêtement à rester internationalement hors-la-loi devra céder la place à une politique plus décente et moins destructrice. En d’autres termes, il s’agira de reprendre son rôle traditionnel de faiseur de paix là faut pas exagérer et idéaliser et non pas de fauteur de guerre.
Les citoyens des « grandes démocraties » finiront-ils par s’inquiéter de la dérive « voyoucratique » de leurs élites dirigeantes qui fait peu à peu de l’Occident arrogant une minorité honnie et haïe par le reste de la planète ? Comme on dit : ça urge.'

Michel Santi dans "La Tribune" du 16 février 2016 : Quand les taux d'intérêt négatifs ébranlent notre tissu économique

" Les taux d'intérêt négatifs jouent négativement sur le secteur financier. C'est pourtant la seule arme de politique économique disponible, gauche et droite s'entendant pour refuser une politique de relance budgétaire. Alors que celle-ci serait à l'évidence la solution. Par Michel Santi, économisteLes taux négatifs ne semblent pas compatibles avec notre système bancaire actuel. Les établissements bancaires ayant effectivement le plus grand mal à faire des bénéfices dans un environnement de taux d'intérêt négatifs, c'est donc l'ensemble de notre tissu économique qui se retrouve ébranlé alors que notre monde s'enfonce jour après jour davantage dans ce paradigme nouveau de taux crevant un plancher jadis réputé infranchissable. Et pour cause car les taux négatifs sont en fait une taxe prélevée sur les banques qui doivent s'en acquitter dès lors qu'elles placent leurs liquidités auprès de leur banque centrale. Comme pour des motifs évidents, les banques ne peuvent répercuter l'ensemble de cette taxation sur leurs clients, elles doivent donc se résoudre à encaisser une perte sévèrement sanctionnée ces dernières semaines par les marchés financiers.

La seule et unique arme contre la déflation Pour autant, l'instauration de taux d'intérêt négatifs (défendus et invoqués maintes fois par moi au fil de multiples articles) est la seule et unique arme encore à disposition de nos banques centrales pour lutter contre la paralysie économique induite par la déflation. Les taux négatifs étant la seule réponse à la crise en matière de politique monétaire, la relation de cause à effets semble évidente entre austérité et taux négatifs. Nos politiques comptent intégralement sur des banques centrales à bout de souffle pour relancer nos économies car ils n'ont eux-mêmes pas le cran - ou plus le pouvoir ? comment n'auraient-ils pas le pouvoir ? Lobbyisés, corrompus...en fait c'est la même chose et c'est l'évidence connue et reconnue- d'instaurer des politiques publiques à même de soutenir l'activité économique.

La gauche et la droite contre les déficits les mêmes lobbies auraient-ils payés ou promis des postes aux signataires et/ou à leurs amis ou famille ? La gauche et la droite étant désormais unies dans un même combat aberrant contre les déficits, les gouvernements divers et variés qui se succèdent se défilent de leurs responsabilités en refusant de gérer la patate chaude de la croissance dans un contexte où les banques centrales parviennent désormais au bout de leur dynamique de création monétaire.

Nos brillants responsables politiques - qui excellent en déclarations d'intention creuses et stériles - devraient pourtant se rendre compte que le public n'a que faire de ces débats sur les taux d'intérêt négatifs qui ne concernent qu'une infime minorité de spécialistes quand les citoyens attendent d'authentiques mesures de relance de la dépense et de la demande agrégées. Le coût de cette austérité débile - jusque là payé par le citoyen - est dorénavant également assumé par le système bancaire par taux négatifs interposés. Travailleurs, épargnants, actionnaires, intermédiaires financiers : c'est toute la chaîne et c'est tous les acteurs économiques qui paient donc aujourd'hui le prix de cette folle rigueur budgétaire qui entame les profits des institutions bancaires après avoir paralysé la consommation. L'allemagne a gagné et ses collabos ont perdu. L'histoire se répète.

Pourquoi défendre l'austérité? Et pourtant, la dénonciation de l'austérité reste très mal perçue par les médias comme par les gens de pouvoir, les rares économistes (comme votre serviteur) stigmatisant cette politique autodestructrice étant par ailleurs qualifiés de dangereux gauchistes... Ouf, je ne suis pas le seul Question aux confins de la philosophe en réalité, car pourquoi diable les gens, les banquiers, les consommateurs et les politiques s'obstinent-ils à combattre une politique expansionniste qui aurait pourtant 100% d'effets bénéfiques sur leur propre activité et accessoirement pour l'économie ? Pourquoi laisse-t-on à l'extrême gauche le monopole de la dénonciation de politiques austéritaires qui s'avèrent pourtant létales pour toutes et pour tous ?

Benjamin Masse-Stamberger dans "Le Figaro" du 12 janvier 2016 : La crise financière qui vient sera plus violente que celle des subprimes

" Dans un contexte de grande instabilité des marchés, Benjamin Masse-Stamberger analyse les risques de retour d'une crise financière mondiale. Et évalue les conséquences qui pourraient en découler pour notre pays. Benjamin Masse-Stamberger est journaliste, membre fondateur du Comité Orwell. Ancien grand reporter à L'Express, il est co-auteur de Casser l'euro pour sauver l'Europe aux éditions des Liens qui libèrent. Il tient le blog basculements.

Souvenons-nous des subprimes. La crise avait débuté en 2007, avec la faillite de deux fonds spéculatifs de la banque américaine Bear Sterns. Du fait de l'évolution de la conjoncture, et du retournement du marché immobilier, de nombreux souscripteurs avaient réclamé, en même temps, à récupérer leurs avoirs. Dans l'incapacité de rembourser, les deux fonds avaient fait faillite. Ce mouvement avait enclenché une crise de confiance, qui avait elle-même fait tanguer les Bourses mondiales, avant d'aboutir, de fil en aiguille, à la plus grande crise financière depuis la Grande Dépression.
Or, c'est justement un phénomène semblable que les observateurs attentifs ont pu noter, en décembre dernier, de l'autre côté de l'Atlantique. Des fonds spéculatifs, comme le New-Yorkais Third Avenue, ou encore Stone Lion, ont dû mettre la clef sous la porte, dans l'incapacité de faire face à des demandes soudaines et massives de retraits de fonds.
Bien sûr, cela pourrait n'être qu'une coïncidence, si les deux événements n'intervenaient dans un contexte extrêmement similaire. D'abord, avec de très fortes tensions sur les marchés financiers, notamment en Chine, où la Bourse tangue depuis plusieurs mois. Ensuite, avec des banques centrales qui ont inondé l'économie mondiale de liquidités, soignant le mal par le mal: si la crise économique s'en est trouvée apaisée, aux Etats-Unis surtout, les germes ont été plantés pour la crise suivante, liée à l'explosion des bulles formées par cet excès d'argent dans le système. Un phénomène - de manière, là encore similaire à 2008 - que l'on observe déjà en partie, avec des fuites de capitaux massives dans certains pays émergents, au risque de déstabiliser leurs économies.
Ce sont les mêmes « experts », qui, en 2007, nous assuraient que l'autorégulation était la panacée universelle, et que l'économie mondiale, grâce au progrès technique, allait voguer indéfiniment sur une mer d'huile. On a vu le résultat…
Autre similarité: les déséquilibres de l'économie mondiale, dont le symptôme principal réside dans les difficultés chinoises. L'Empire du Milieu éprouve les plus grandes difficultés à passer d'un modèle fondé sur les exportations d'une industrie à bas coût, à un autre reposant sur la consommation intérieure et les services. Mais l'Occident ne se porte guère mieux: certes, la croissance américaine a redémarré, mais la réindustrialisation est en grande partie un leurre, et c'est bien l'action résolue de la Fed, la Banque Centrale américaine, qui a permis de maintenir à flot l'économie américaine. Quant à l'Europe, si certains pays se portent mieux que d'autres, elle a globalement le plus grand mal à sortir de la situation de déflation où l'empilement des plans d'austérité l'a conduite. Le Vieux Continent, comme les Etats-Unis, est de plus voué à subir les effets du ralentissement chinois, d'autant que Pékin ne cesse de dévaluer sa monnaie, afin d'améliorer sa compétitivité, aux dépens notamment des pays occidentaux. Après 2008, la coopération internationale, via le G20, devait primer. En fait, c'est bien la guerre de tous contre tous qui s'est poursuivie sans répit.
Même constat du côté du secteur financier. La finance devait être réformée et régulée. En fait, les problèmes ont été transférés des grandes banques, désormais effectivement mieux surveillés, vers la finance de l'ombre, elle encore moins régulée que ne l'étaient les grands établissements financiers avant la crise de 2008. Selon le Financial Stability Board, le «shadow banking» représentait fin 2015 80 000 milliards de dollars - soit plus de 50 % des actifs financiers et de 120 % du PIB mondial - contre seulement 50 000 milliards en 2007. Autant dire - dans un contexte d'accélération toujours plus grande des transactions financières - que l'opacité et l'instabilité du système financier n'ont fait que se renforcer.
Tous les ingrédients d'une nouvelle crise sont donc réunis. Bien sûr, les rituels experts nous répéteront que «cette fois c'est différent.» Que la finance est aujourd'hui sous contrôle. Que les banques centrales sont désormais aux aguets. Que l'économie mondiale repose sur des bases plus solides. Seul hic: ce sont les mêmes «experts», qui, en 2007, nous assuraient que l'autorégulation était la panacée universelle, et que l'économie mondiale, grâce au progrès technique, allait voguer indéfiniment sur une mer d'huile. On a vu le résultat…
On a d'autant plus de mal à les croire que d'autres, comme le célèbre spéculateur George Soros, qui figurait lui parmi les quelques-uns à avoir prévu la crise de 2008, annonçait fin 2015 que la situation actuelle était très semblable à celle de l'époque. Que, peut-être, il suffirait d'un «cygne noir», ces fameux événements imprévisibles, pour amorcer un véritable mouvement de panique. Le défaut d'un grand pays émergent pourrait être celui-là. Les plus malins, au sein du secteur financier, l'ont évidemment déjà anticipé.
Bien sûr, un tel scénario n'est pas certain à 100 %. Mais, si l'on veut l'éviter, mieux vaut l'envisager franchement, plutôt que se mettre la tête dans le sable, comme cela a été si souvent le cas, en particulier en France. Notre pays, dont le tissu économique et social se remet à peine de la précédente crise, aurait en effet particulièrement à perdre d'une deuxième secousse. Il faudrait alors beaucoup plus que les rituels appels à l'union nationale, et autres symboles de renouveau patriotique, pour éviter qu'il ne se délite complètement."