EUROPE 2016

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Bruxelles lâche du lest sur les déficits publics
LE FIGARO
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    •    Conjoncture

Par Jean-Jacques Mével 
Publié le 16/11/2016 à 20h07
En rendant son avis sur le budget des États, la Commission n'a pas sanctionné les mauvais élèves et encourage même les dépenses.
La pression politique est trop forte. Prise dans un étau entre les règles rebattues de la discipline budgétaire et des électeurs européens qui s'exaspèrent faute de croissance et d'emploi, la Commission Juncker lâche du lest: pour la première fois depuis la crise, l'Union européenne a recommandé aux capitales de l'euro - ou du moins celles qui le peuvent - de desserrer les freins de la dépense publique.
Ce n'est pas un aveu d'échec, au bout d'une quasi-décennie d'abstinence. Officiellement, il n'est pas question non plus de relance ni même de stimulus. Le chiffre avancé pour l'an prochain - l'équivalent de 0,5 % de la demande - reste modeste. Il s'agirait plutôt d'une nouvelle «orientation politique», après que le déficit budgétaire moyen a chuté de 6 à 1,5 % du PIB dans les dix-neuf pays de l'euro.
Pierre Moscovici, le commissaire en charge, parle aussi d'un dosage différencié. Avec d'un côté des pays qui comme l'Allemagne peuvent soutenir l'activité générale parce qu'ils ont retrouvé des marges de manœuvre budgétaires (+ 0,4 % d'excédent en 2017). Et de l'autre, ceux qui doivent rester concentrés sur le rétablissement de leurs comptes publics, en particulier la France (- 2,9 %), l'Italie (- 2,4 %) et l'Espagne (- 3,8 %). C'est naturellement à Bruxelles qu'il reviendrait de jouer la bonne partition sur ce clavier européen, «un peu comme un ministre des Finances», ajoute l'ancien patron de Bercy.
«Nous sommes là pour répondre aux besoins des citoyens italiens, pas pour faire plaisir aux technocrates bru­xellois»â€Š
Matteo Renzi, président du conseil italien
La vérité est un peu plus terre à terre. À l'exception de Berlin, de La Haye et de la BCE (Banque centrale européenne), la défense littérale du «pacte de stabilité», loi d'airain de la monnaie commune, est devenue intenable. L'équipe Juncker avait déjà cédé au cas par cas, fermant les yeux au gré des scrutins nationaux sur les dérapages constatés à Paris, Madrid ou Lisbonne. Les sanctions prévues pour dépassement des déficits n'ont jamais été appliquées. La fronde aujourd'hui menée depuis Rome, avec une dette et un projet de budget 2017 délibérément hors des clous, risquait de tout faire voler en éclats: «Nous sommes là pour répondre aux besoins des citoyens italiens, pas pour faire plaisir aux technocrates bruxellois», martèle Matteo Renzi.
En quelques semaines aussi, le tableau politique a changé sur tous les fronts, avec trois risques majeurs qui tiennent les marchés en haleine. Le chef du gouvernement italien fait face le 4 décembre à un référendum constitutionnel qu'il pourrait bien perdre. L'ex-réformateur modèle ferait ainsi le lit de Beppe Grillo et de son populiste Mouvement 5 étoiles. Le 15 mars, ce sont les Néerlandais qui pourraient donner la majorité à l'extrême droite et au PVV de Geert Wilders, d'après les sondages.
«Un désaccord fort» avec Berlin
Les regards se tourneront ensuite vers la France et sur la montée en puissance de la campagne présidentielle de Marine Le Pen. Sur le Vieux Continent, l'austérité est plus qu'un repoussoir. C'est désormais l'instrument d'un suicide dans l'isoloir. Manuel Valls assume ouvertement «un désaccord fort» avec Berlin. «En ces temps de tentation populiste, il peut être utile de conjuguer la crédibilité (des règles) et l'intelligence» de leur mise en œuvre, concède mezza voce le commissaire français.
Le référendum britannique et la victoire surprise du Brexit avaient déjà assombri l'horizon électoral sur le Vieux Continent. La stupéfiante percée de Donald Trump à la Maison-Blanche achève de le noircir. Il sera plus encore plus difficile pour les dirigeants européens de plaider les vertus de l'orthodoxie si les États-Unis, déjà en croissance, réussissent à conjuguer la baisse des impôts fédéraux et le financement des grands travaux promis par le candidat républicain. Président sortant, Barack Obama est presque sur la même ligne: «Au reste de l'Europe, je continuerai de dire que l'austérité ne peut être à elle seule le vecteur de la prospérité (…). Ce n'est pas une stratégie», disait-il à Athènes, première étape de sa dernière tournée.

la tribune


Ces années 30 qui hantent l'Europe
Par Michel Santi  |  05/09/2016, 10:56  |  743  mots
  

(Crédits : DR)
En forçant à la convergence des économies à la compétitivité notoirement dissemblable, l'euro a affaibli les pays du noyau dur européen. D'où cette crise qui n'en finit pas, semblable à celle des années 30. Par Michel Santi, économiste
Avant l'adoption de l'euro, une nation européenne gagnait en compétitivité par la dévaluation de sa monnaie nationale qui dopait provisoirement ses exportations en donnant au pays en question l'illusion de se mesurer à l'Allemagne. Un pays comme l'Italie aimerait aujourd'hui user de cette arme de la dévaluation afin de tenter de contrebalancer les niveaux de productivité allemands tout en redonnant au passage de l'oxygène à son économie. Car l'argument maintes fois brandi, selon lequel l'euro a été un rempart qui a évité la catastrophe à certaines nations fragilisées et qui a établi une zone de stabilité au sein des pays de l'Union, est désormais caduc. L'abandon des monnaies nationales n'a fait en réalité que déplacer le problème tout en l'aggravant au passage. Le risque devise fut tout bonnement remplacé par le risque crédit avec, en filigrane, le défaut de paiement de certains pays de l'Union.
Le côté sombre de l'Union européenne
Le constat est aujourd'hui sans appel car l'Union ne pourra être maintenue que si l'Allemagne consent à en payer le prix par un transfert de richesses en faveur de certaines nations nécessiteuses. La sempiternelle rengaine du « plus d'Europe » n'est donc plus audible parmi les Européens et la résolution de la crise ne passera certainement pas par davantage d'intégration européenne. Voilà pourquoi les vicissitudes économiques de l'Union déboucheront sur une période de turbulences politiques et démocratiques. Les dirigeants allemands ne répètent-ils pas inlassablement que « ce n'est pas parce que l'on a les extincteurs qu'ils seront forcément utilisés pour éteindre l'incendie »? L'Union européenne dévoile désormais son côté sombre, marqué bien plus par la peur que par la fierté de ses liens commerciaux et économiques générateurs de valeurs ajoutées. L'Europe de l'abolition des barrières douanières et des frontières, celle qui s'était plongée à corps perdu dans un ultra- libéralisme qu'elle croyait salvateur s'efface sous nos yeux devant une mosaïque de pays dont toute confiance en l'avenir s'évapore.
L'échec du modèle ultralibéral européen
Cette crise n'est pas seulement financière car elle consacre l'échec du modèle ultralibéral européen. Les pères fondateurs de la Banque centrale européenne (BCE) focalisèrent toutes les énergies vitales de leur institution sur la quête et sur le maintien d'une stabilité des prix érigée au rang de Graal. L'économiste allemand Otmar Issing, membre du premier conseil d'administration de la BCE, et son premier président le Hollandais Wim Duisenburg prirent le parti d'attacher leur banque centrale au mât de la sacro-sainte lutte contre l'inflation, au mépris de la croissance et de l'emploi. C'est cette tare congénitale qui est responsable du déclenchement de la crise subie par l'Union et c'est cette superstructure qui est aux sources de son amplification.
Comment les fondateurs de la monnaie unique espéraient-ils faire tenir une construction si fragile adossée à des nations économiquement, politiquement et institutionnellement si divergentes, hors de tout mécanisme de compensation et d'entraide ? Par la seule vertu de l'équilibre budgétaire ? En renonçant à la précieuse flexibilité conférée par une devise souveraine (librement imprimable), en abdiquant leur politique monétaire (la définition de leurs taux d'intérêt), en forçant à la convergence des économies à la compétitivité notoirement dissemblable, l'euro a affaibli les pays du noyau dur européen. En outre, il a rendu inévitable la formation de bulles spéculatives dans les pays périphériques qui ne pouvaient plus désormais compter que sur ces excès pour entretenir leur activité économique. Ainsi, les tourmentes financières de l'Union sont-elles le symptôme profond du mal endémique de la construction européenne ayant relégué au second plan croissance et emploi.




Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est conseiller en investissements sur le marché de l'art et Directeur Général d'Art Trading & Finance. Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence".
A paraître en septembre chez « Lignes de repères » : « Plus de Capital au XXI è siècle », préfacé par Philippe Bilger.
Sa page Facebook et Twitter.



 la tribune

La victoire de l'extrême-droite est aussi une défaite du "modèle allemand"
Par Romaric Godin  |  05/09/2016, 12:12  |  2018  mots

Angela Merkel a connu une nouvelle défaite électorale dans son Land de Mecklembourg Poméranie Occidentale. (Crédits : STEFANIE LOOS)
La percée du parti d'extrême-droite AfD lors des élections régionales de Mecklembourg Poméranie Occidentale le 4 septembre est une gifle pour Angela Merkel. Mais c'est aussi une preuve de la fragilité du modèle économique, social et politique de l'Allemagne.
La gifle reçue par Angela Merkel et son parti, la CDU, lors des élections régionales de Mecklembourg-Poméranie Occidentale ce 4 septembre, est souvent attribué à la seule politique migratoire de la chancelière. Une partie des électeurs ayant rejeté cette politique a choisi le parti de droite radicale Alternative für Deutschland (AfD). Lequel, pour sa première participation, a obtenu 20,8 % des voix, soit 1,8 point de plus que la CDU. Pour beaucoup d'observateurs, les autres facteurs, et notamment le facteur économique, n'ont joué aucun rôle puisque, affirme-t-on, le chômage est en baisse et la croissance vigoureuse.
La politique migratoire, seule cause de la poussée d'AfD ?
Cette analyse est cependant superficielle. Certes, nul ne peut nier que la politique migratoire a permis de mobiliser les électeurs autour d'AfD. Il y a là un réflexe de crainte et un rejet de l'ouverture des frontières qui est présente dans toute l'Allemagne, mais particulièrement en ex-RDA. En mars, en Saxe-Anhalt, AfD avait mobilisé 24,3 % de l'électorat. La poussée de ce nouveau parti depuis les élections régionales de septembre 2015 en Saxe et en Thuringe, autres Länder de l'ex-RDA, où AfD avait obtenu respectivement 9,7 % et 10,6 %, montre clairement l'impact de la crise migratoire. Mais une fois cette cause première affirmée, il convient de s'interroger plus avant sur les raisons de ce réflexe. La crainte de la vague migratoire prend en effet pied dans un malaise plus général que prouve les résultats électoraux.
Défaite de la CDU, mais pas seulement
Ainsi, si ce Land est le Land d'origine d'Angela Merkel, il n'est pas comme on l'entend souvent un « bastion » de la CDU. Bien au contraire, la CDU avait perdu davantage de terrain en 2011 (- 5,8 points) que ce dimanche (-4 points). Les Chrétiens-démocrates n'y ont plus gagné les élections régionales depuis 1994. Certes, se faire doubler par AfD et passer sous les 20 % est une rude gifle pour la chancelière, mais, en réalité, la CDU était déjà depuis longtemps en déclin dans ce Land, bien avant la politique migratoire. La sanction contre Angela Merkel est claire, mais elle n'est en réalité qu'une partie d'une sanction plus large contre l'ensemble de la classe politique du pays. Car si la CDU a perdu 4 points ce dimanche, la SPD sociale-démocrate a accusé un recul de 5 points, Die Linke, héritière de l'ancien parti dominant de la RDA, a perdu 5,2 points, les Verts ont reculé de 3,9 points et les néo-nazis de la NPD de trois points. Autrement dit : AfD a ratissé large, comme elle le fait depuis sa création. Elle a regroupé les déçus du système politique et économique allemand.
Il est donc plus probable que la politique migratoire ne soit qu'un élément déclencheur et mobilisateur d'un mécontentement plus général, par le fait que cette politique soit grosso modo acceptée par l'ensemble de la classe politique à l'exception d'AfD. AfD est, avec la CSU bavaroise, le seul parti à s'opposer à cette politique et il apparaît, du coup, comme une alternative politique plus vaste. D'où sa capacité à mobiliser des électeurs de tous bords, notamment ceux venant de Die Linke. La réaction à la politique migratoire traduit en effet souvent une volonté de maîtrise des frontières et de crainte d'un déclassement de l'Etat providence, soucis très répandus parmi les électeurs de Die Linke et même d'une partie de la SPD dans l'ex-RDA.
La gauche désavouée
Or, ces électeurs s'interrogent de plus en plus sur la capacité de Die Linke et de la SPD à pouvoir changer la donne. Ce qui est ici en cause, c'est clairement le jeu de coalition de la politique allemande. La participation de la SPD aux « grandes coalitions » avec la CDU au niveau régional (notamment en Mecklembourg-Poméranie Occidentale) et au niveau fédéral l'a disqualifiée pour représenter tout changement. Mais, de plus en plus, Die Linke, qui, en Thuringe et en Brandebourg, gouverne avec la SPD et est présent au Bundestag, apparaît aussi comme un parti membre du système. Pour ne rien dire des Verts qui semblent désormais avoir pour seule ambition de monter une coalition fédérale avec la CDU. Dès lors, le vote de rejet se concentre sur l'opposition extraparlementaire. Ce n'est pas un hasard si le seul parti dimanche qui a progressé, outre AfD, est la FDP libérale, éjectée en 2013 du Bundestag.
Désaveu du système
Le vote AfD est donc aussi un vote contre le système politique allemand. Ce vote n'est pas nouveau. La part des deux grands partis n'a cessé de s'effondrer depuis le début des années 2000, même si cette érosion a été temporairement stoppée en 2013. En 1998, CDU et SPD représentaient 76 % des voix, en 2013 seulement 67,2 %. En nombre de voix, la différence est plus nette : huit millions d'électeurs ont abandonné les partis traditionnels. A noter que la « grande coalition » de 2005-2009 avait encore exagéré ce désaveu. Ceci a donné lieu à la montée d'une opposition disparate selon les régions et les moments : on a vu des fortes poussées au cours des 15 dernières années de Die Linke, du FDP, des Verts, de certains partis d'extrême-droite ou encore du parti Pirate. AfD n'est que le dernier épisode de ce mouvement, mais c'est un épisode plus puissant que les autres. A la différence des autres partis ou mouvement protestataire du passé, AfD a la capacité de rassembler ces mécontentements. Il l'a fait en utilisant la critique de la politique migratoire comme catalyseur de ce mécontentement latent.
Le Mecklembourg-Poméranie Occidentale, un Land symbolique des fragilités de l'ex-RDA
Rien d'étonnant, de ce point de vue, que l'ex-RDA soit le terrain de prédilection d'AfD. Car, l'image d'un Land de Mecklembourg-Poméranie Occidentale plein de prospérité ne traduit guère la réalité, si l'on s'en tient aux statistiques. Certes, la situation s'améliore et le Land profite de la relativement dynamique croissance de l'Allemagne. Le chômage y a été fortement réduit. Mais, dans le détail, le tableau est moins réjouissant. Le Mecklembourg-Poméranie Occidentale a certes connu une croissance de 1,9 % en 2015, soit 0,2 point de plus que l'Allemagne dans son ensemble, mais depuis 15 ans, la croissance n'a dépassé 2 % qu'une seule fois, en 2007, alors que le Land a connu six ans de contraction de sa richesse (deux pour l'ensemble de l'Allemagne). C'est, en fait, un bien terne bilan pour une ancienne contrée du bloc de l'Est. La croissance moyenne du Land entre 2000 et 2015 a été de 0,84 % contre 1,35 % pour l'ensemble de la République fédérale.

Si le Land dispose de quelques atouts touristiques, il a vu une grande partie de ses anciennes structures, comme la pêche, les industries lourdes ou les chantiers navals disparaître. Certes, le chômage est à son plus bas niveau depuis la réunification, mais le taux de chômage au sens national demeurait, en moyenne sur l'année 2015, à 10,4 % le troisième taux le plus élevé d'Allemagne, quatre points au-dessus de la moyenne nationale. Surtout, la baisse du chômage s'explique par la situation démographique d'un Land vieillissant que les jeunes fuient. 23 % de la population a plus de 55 ans (20,5 % pour l'Allemagne). En dix ans, la population du Land a reculé de 6 %.
La raison de cette situation tient aussi à la migration vers les autres Länder. En Mecklembourg-Poméranie Occidentale, le salaire brut moyen représente encore 79,4 % de la moyenne nationale. Certes, en 1991, il était à 55,5 %, mais le rattrapage est inachevé. Le Mecklembourg-Poméranie Occidentale est, du reste, le plus en retard des Länder dans ce domaine : en ex-RDA, le salaire moyen représente 82 % du total. Ramené par heure, la rémunération est encore plus faible : à 18,92 euros, elle ne représente que 75,9 % de la moyenne fédérale.  Résultat : le revenu disponible par habitant du Land de Mecklembourg-Poméranie Occidentale reste inférieur de 7,2 % à la moyenne fédérale et de 3,1 % à la moyenne de l'ex-RDA. Depuis 2010, ce revenu n'a quasiment pas bougé. Le Land est alors logiquement la lanterne rouge de la consommation des ménages et de l'épargne en Allemagne.
Désinvestissement
On se rend donc compte que les habitants de Mecklembourg-Poméranie Occidentale ont maintes raisons de mécontentements. Ils peuvent considérer, comme ceux de nombreux Länder de l'ex-RDA, qu'ils sont les oubliés de la croissance allemande et que celle-ci n'est clairement plus suffisante pour satisfaire leur volonté de rattrapage et d'égalité avec leurs compatriotes de l'ouest. Certes, on a beaucoup investi dans ces Länder de l'ex-RDA depuis la réunification, mais le mouvement s'est inversé depuis quelques années. Selon l'office statistique régional, le degré de modernité des investissements si l'on exclut le bâtiment est inférieur à la moyenne fédérale et, en 2013, l'investissement par habitant dans ce Land était de 5.004 euros, 3.000 de moins qu'en 1995 et 1.907 euros de moins que la moyenne nationale. Depuis quinze ans, on investit moins en Mecklembourg-Poméranie Occidentale qu'en moyenne en Allemagne. Dans un Land vieilli et encore pauvre, cet absence d'investissement, et singulièrement d'investissement public, est durement ressenti. Rien n'est donc plus faux que de présenter les habitants de ce Land, ou ceux des autres Länder de l'ex-RDA, comme des « enfants gâtés ». Ils restent dans une situation de fragilité et c'est une des sources de leurs craintes liées à l'arrivée des réfugiés. C'est sur ce terreau que prospère l'extrême-droite.
L'erreur d'Angela Merkel : surestimer le modèle allemand
La conclusion que l'on peut tirer de cette situation est que l'erreur fondamentale d'Angela Merkel a été de surestimer les forces de l'Allemagne. Son slogan  « wir schaffen das » (« nous réussirons ») sous-entendait que la République fédérale disposait d'une telle puissance économique et d'une telle force politique intérieure qu'elle pourrait aisément absorber le choc de l'arrivée de plus d'un million de migrants. En réalité, tout se passe comme si Angela Merkel s'est laissé tromper par son propre discours : son triomphe supposé dans la crise de l'euro où s'est imposé le « modèle allemand » comme référence en Europe, où l'Allemagne a affirmé sa puissance politique et où l'Allemagne est parvenue à réaliser des taux de croissance légèrement plus élevés que la moyenne l'a clairement grisée. En réalité, derrière l'image d'une prospérité insolente, la République fédérale cache de nombreuses poches de mécontentement, fruit de sa politique économique et sociale : le risque de pauvreté y est important, le sous-investissement chronique, la réunification incomplète et la déception politique forte. C'est tout cela qu'a sous-estimé la chancelière et qui a permis à AfD de profiter de sa politique migratoire pour s'imposer comme le troisième parti de la politique allemande. C'est cette surestimation des forces de l'Allemagne que paie aujourd'hui Angela Merkel.
Boîte de Pandore
Les conséquences pourraient être redoutables. Désormais, le caractère « anti-système » et alternatif d'AfD semble l'emporter sur les faiblesses d'un parti qui ne cesse de s'entredéchirer et dont le programme économique demeure bien peu convaincant. Par son erreur d'appréciation, Angela Merkel a ouvert la boîte de Pandore qui semblait fermée depuis 1945 : celle de l'impossibilité d'un parti fort à la droite de la CDU/CSU. Les exemples français ou italien montrent qu'une telle boîte une fois ouverte peut avoir des conséquences graves à long terme. Dans l'immédiat, l'émergence d'AfD va conduire naturellement à une réaction des autres partis qui, tous, vont tenter de se présenter comme des éléments « anti-système » en se définissant comme des partis « anti-Merkel ». On le voit déjà dans le comportement de la SPD. Ceci risque de rendre la constitution des alliances après les élections fédérales de 2017 une opération très délicate.


trends

"Le pilotage de l'économie mondiale par la parasitocratie est absurde"
 Sébastien Buron
30/08/16 à 10:00 - Mise à jour à 10:02
Source: Trends-Tendances
Résolument libérale, l'analyste financière française Simone Wapler n'apprécie guère que l'économie mondiale soit aujourd'hui administrée par les Etats et les banquiers centraux. Ne faisant que spolier les épargnants et aggraver la crise, ce pilotage étatique est, selon elle, d'une " prétention totalement absurde ".
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© Isopix
Rue de la Michodière, à Paris. C'est là, au 3e étage d'un immeuble situé à deux pas du Palais Garnier (place de l'Opéra) et du quartier des grandes banques, que se trouvent les bureaux des publications Agora, spécialisées dans l'analyse et le conseil financier.
L'allure décontractée et le sourire aux lèvres, Simone Wapler y est directrice de la rédaction depuis cinq ans. Chaque jour, elle décrypte l'actualité économique pour informer, chiffres et graphiques à l'appui, les abonnés à sa lettre d'information dans un langage simple et sans jargon. Considérés par certains comme des vendeurs d'angoisse annonçant régulièrement la fin du monde et prônant du coup continuellement l'achat d'or, Simone Wapler et ses collègues de la Chronique Agora ne font pas toujours l'unanimité. Il est vrai que leurs raisonnements et leurs points de vue vont souvent à contre-courant de ce qui se dit ou se lit un peu partout.
TRENDS-TENDANCES. Vous préparez un nouveau livre pour la rentrée. Sur quoi sera-t-il centré cette fois-ci ?
SIMONE WAPLER. Il parlera de ce que nous appelons la parasitocratie, contraction des mots parasite et aristocratie. Ce sont des gens à des postes clés qui arrivent à vivre sur le dos de la collectivité, en se nourrissant de la complexité et de l'absence de concurrence. Le propos du livre sera de cerner cette parasitocratie : qui elle est, comment elle opère, etc. ? L'idée est de montrer les processus d'expropriation auxquels nous sommes soumis sans y prêter vraiment attention.
Vous dites dans vos récentes chroniques qu'une certaine élite financière fait partie de cette parasitocratie qui nous vole notre argent et notre liberté. A qui pensez-vous ?
Dans le cas de l'euro, c'est Mario Draghi à la BCE, sinon c'est la Fed, le FMI et Christine Lagarde, le G20, etc. Tout ce beau monde part du principe que l'économie peut être pilotée par les taux d'intérêt sur la base de statistiques économiques, alors même que le monde se pose la question de leur bien-fondé : PIB, croissance, etc. Qu'est-ce qu'une croissance soutenue par du déficit non financé par l'impôt ? Idem pour le PIB gonflé de l'inflation. Pourquoi ne pas plutôt s'intéresser au revenu disponible par habitant ? Etc.

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"Le système capitaliste fonctionne avec une sanction qui est la faillite. Si vous supprimez la faillite, vous déréglez le système, vous lui retirez toute possibilité d'autocorrection."

L'analyse est donc dès le départ biaisée : un peu comme le médecin qui utilise un thermomètre cassé pour mesurer la température ?
C'est cela, du coup on établit un mauvais diagnostic et on administre un mauvais remède. Un remède d'autant plus mauvais que l'économie ne se pilote pas. Elle résulte de millions de milliards de décisions individuelles. Personne ne peut avoir le cerveau et la connaissance capables d'intégrer ces milliards de décisions individuelles. C'est le fondement de la théorie de l'" ordre spontané " de l'économiste autrichien Friedrich Hayek. A chaque fois qu'on essaye de contrarier cet ordre spontané de l'économie, on arrive à un désordre qui est pire. Evidemment, cet ordre spontané n'est pas parfait : il y a des crises, des excès, etc. Tout ce qui est humain n'est pas linéaire et avance par à-coups. Mais si on refuse de reconnaître la dimension humaine de l'économie, on entre dans ce monde technocratique.
On vous comprend bien, c'est une thèse libérale somme toute assez classique. Mais que faire quand vous êtes un décideur politique ou monétaire et que la crise éclate ? Vous laissez des millions de gens à la rue et les banques faire faillite ?
La prise en charge par la société des victimes d'une crise est une question politique. En revanche, la " politique monétaire " est un faux remède. La monnaie est un instrument d'échange économique, mais ce n'est pas l'économie en tant que telle. Dire que le crédit imprime le rythme de l'économie, c'est mettre la charrue avant les boeufs. Le crédit et les taux d'intérêt ne sont que la conséquence de l'activité économique du moment. Si l'activité économique est en phase d'expansion, tout le monde veut investir, il y a une forte demande d'épargne et les taux montent. Ensuite, si l'économie est en phase de contraction, il n'y a pas de demande d'investissements et les taux baissent. C'est comme cela que cela marche, pas autrement.


"Face à l'échec, l'ultime plan de relance keynésien, c'est la guerre, c'est le complexe militaro-industriel qui tourne à plein régime." © Isopix

On a donc oublié les principes du libéralisme : en voulant réparer la machine, on a fait pire.
Oui, on se trompe complètement. On prend les effets pour des causes. On applique une boucle d'asservissement inverse, la baisse des taux finance des surcapacités. Les baisser encore, de façon totalement artificielle, est totalement fou ! Aucun système n'est bien sûr parfait. Mais le système capitaliste fonctionne avec une sanction qui est la faillite. Si vous supprimez la faillite, vous déréglez le système, vous lui retirez toute possibilité d'autocorrection.
Mais donc cela fait des milliers de gens en plus au chômage...
Qui sait ? Ce n'est pas sûr. A partir du moment où vous empêchez l'économie de se corriger d'elle-même, vous arrivez à l'URSS, c'est-à-dire à une économie 100 % étatique. On sait ce que cela donne. On produit des choses qui n'intéressent personne. L'URSS avait un PIB et, officiellement, n'avait pas de chômeurs. Mais l'URSS a implosé.
Cela veut dire que tout ce que fait Mario Draghi, à force de vouloir éviter la déflation, ne fait que nous enfoncer dans la crise ?
Les Etats européens ont besoin de crédit et donc la BCE en fabrique. C'est vieux comme le monde. Sauf que les dettes continuent de gonfler et que la croissance baisse. Résultat des courses : le monde est en surcapacité monstrueuse, tellement il y a eu des surinvestissements. La demande ne peut pas suivre. Qui aujourd'hui achète une voiture comptant ? Presque personne. Qui achète de l'immobilier cash ? Personne. Qui achète cash un téléphone au prix fort ? Personne. Un tel déséquilibre n'est pas tenable à long terme. Nous avons tout un stock monstrueux de dettes à détruire. La seule solution, c'est la faillite, donc une grosse restructuration des dettes. Mais pour faire durer le système, la BCE organise le " soutien abusif " des banques et des Etats, pratique financière pourtant réprimée.
A vous entendre, les récents tests de résistance bancaire ne sont que de la poudre aux yeux ?
On nage en plein bluff. Pourquoi faire des stress tests ? Le marché a déjà dit tout le mal qu'il pensait des banques européennes. Laissons-le faire. Les actions bancaires se sont effondrées. En plus, les scénarios de ces tests ne prennent pas en compte le problème des taux négatifs. C'est grotesque. On est dans le rituel des prêtres et des mythes. Mais le carburant de la parasitocratie, c'est la confiance des épargnants dans le système financier.
Si nous vivons aujourd'hui dans un monde absurde (taux d'intérêt négatifs, etc.), c'est donc à cause des banquiers centraux qui ont joué aux apprentis sorciers des deux côtés de l'Atlantique. Ce monde où emprunter rapporte de l'argent et où l'inflation a disparu commence-t-il à vous inquiéter ?
Qu'est-ce que l'inflation ? Votre inflation n'est pas la mienne. La hausse des prix n'est pas la même pour une personne âgée de 80 ans que pour un père de famille avec trois enfants en bas âge. La réalité, c'est que l'inflation, comme les taux d'intérêt négatifs, est un impôt qui n'a pas besoin d'être débattu, qui n'a pas besoin d'être voté et donc qui n'a pas besoin d'être consenti. C'est pour cela que les Etats et la BCE en veulent. Vous ne pouvez pas expliquer à un enfant que si le prix des bonbons augmente toujours, c'est une bonne chose. Il n'y a aucune bonne raison.
Que faire alors pour tenter de contrecarrer la dépression horrible, voire la " stagnation séculaire ", théorie chère à l'économiste américain Robert Gordon ?
Rien. Moins on en fait, plus la dépression sera courte. On ne taille plus des silex et cette industrie n'est plus subventionnée. Si les contribuables décident qu'il faut soutenir les tailleurs de silex au chômage, c'est une question politique, pas économique. De plus, dépression et déflation n'ont rien à voir. Le capitalisme est par essence déflationniste. C'est sa pente naturelle. Le but de tout entrepreneur, c'est de produire mieux et plus pour moins cher. Et tant mieux : vive Ford qui, en son temps, a rendu son modèle T accessible à tout le monde !
A vous entendre, nous n'avons plus qu'à jeter nos manuels d'économie à la poubelle...
Surtout keynésiens (rire) ! C'est une crétinerie : la baisse des taux creuse les inégalités. Elle ne profite pas aux plus modestes - l'épargne des plus modestes n'est même plus rémunérée - mais à ceux qui ont déjà une belle surface financière puisqu'on ne prête qu'aux riches. Et puis, face à l'échec, l'ultime plan de relance keynésien, c'est la guerre, c'est le complexe militaro-industriel qui tourne à plein régime.
Vous y croyez vraiment à ce scénario de la destruction de la dette par les armes et non par la croissance et l'inflation ?
Je constate simplement dans l'histoire que ce genre de grande crise se termine généralement mal. Le créditisme est un système selon lequel les Etats-Unis exportent leur dette fédérale et importent ce dont ils ont besoin. Ce système ne marche que parce qu'il y a des sous-marins nucléaires, des porte-avions, etc. qui soutiennent l'hégémonie du dollar en tant que " réserve monétaire ". Quant à l'Europe, si elle ne peut plus exporter ses dettes souveraines, il faudra que la BCE rachète tout, ce qui détruira l'euro. Bref, ce n'est jamais celui à qui on doit de l'argent, le créditeur, qui attaque, mais le débiteur, celui qui doit de l'argent. Souvenez-vous de la colonisation de l'Algérie, à qui la France devait de l'argent et ne pouvait pas payer. C'est pour une créance impayée du Directoire que les troupes françaises ont envahi l'Algérie en 1830. Souvenez-vous aussi de l'Allemagne qui ne pouvait plus payer la France...
Rien de bien réjouissant, en définitive...
Non, mais je reste optimiste. J'espère que la parasitocratie sera virée avant le désastre final.
Propos recueillis par Sébastien Buron, à Paris.
Simone Wapler
Née en 1957 à Casablanca.
1979: Diplôme d'ingénieur électro-mécanicien (ESME).
1980: Commence sa carrière dans l'industrie aéronautique (équipementiers, etc.).
1999: Change de cap et devient journaliste spécialisée dans les nouvelles technologies (numérisation des données, etc.) avant de devenir ensuite journaliste financière.
Depuis 2011: Directrice des Publications Agora.
Auteure de plusieurs ouvrages : Pourquoi la France va faire faillite, Comment l'Etat va faire main basse sur votre argent et La fabrique de pauvres (tous parus chez Ixelles éditions).

BFM Business le BFM Business 18 08 16 Stiglitz: "L'euro a été un échec économique"

Le prix Nobel d'Économie critique une nouvelle fois la monnaie unique. Dans une interview à Quartz, il considère que la devise européenne divise les pays et qu'elle résulte "d'une foi aveugle" dans la mondialisation.

Joseph Stiglitz, prix Nobel d'Économie en 2001, a pour habitude de tirer à boulets rouges sur l'euro. Et ce n'est pas son nouveau livre How a common currency threatens the future of Europe (Comment une monnaie commune menace l'avenir de l'Europe) qui va changer la donne.

L'économiste continue ainsi de plus belle à critiquer vivement la création de la monnaie européenne. Dans une interview accordée à Quartz, il affirme ainsi que "l'euro a été un échec économique".

"L'euro a été fondée sur deux idées. Il devait apporter plus de prospérité et permettre à la zone euro de renforcer la solidarité européenne. Et, par la suite, amener à la prochaine étape de l'intégration européenne", explique-t-il.

Cité par le FN

"Mais cela a été un échec économique. Et comme on aurait pu s'y attendre, cet échec économique a contribué à miner la solidarité politique. En fait, cela a conduit aux genres de divisions qui font qu'il est encore plus difficile pour eux (les Européens, ndlr) de faire face aux nouveaux problèmes comme la crise des migrants".

L'économiste estime que l'invention de la monnaie unique s'inspire, au moins en partie de "l'idéologie mondialiste". "Faire de la monnaie unique une priorité ne reposait sur aucun fondement économique. C'était de la foi aveugle", dans cette idéologie, avance Stiglitz. Et ce dernier d'enfoncer le clou. "Quand ils se sont demandés comment faire pour que cet ensemble de pays hétéroclites partagent une monnaie, ils ont dit: 'fixons le déficit à 3% du PIB et la dette à 6%'. Il n'y avait aucune théorie économique derrière tout cela. C'était seulement la volonté politique conservatrice et néolibérale de nouer les mains des gouvernements. Et l'idée que ces mêmes gouvernements sont des sources d'instabilité", affirme-t-il.

Avec sa rhétorique anti-euro et anti-libérale, Stiglitz fait l'objet de récupérations politiques qu'il n'apprécie guère. Il est ainsi cité à de nombreuses reprises par le Front national. Ce qui ne l'empêche pas de persister et de signer.

 




Michel Santi dans "La Tribune" du 18 07 16 Article intitulé : Désintégrer l'Europe

" L'Europe des "quatre libertés" est un univers schizophrène qui exige une liberté totale du secteur privé encouragé à s'enrichir, tandis qu'une rigidité grandissante paralyse un secteur public incapable de redistribuer.
Les fondements de l'Europe ont été édifiés sur le fameux principe des quatre libertés. Les capitaux, les biens, les services et le travail sont en effet censés se déplacer sans restriction aucune au sein de cette Europe mercantile. La compétition sans limite allant de pair avec le contrôle a minima du secteur privé étant supposés - selon cette imparable logique néo libérale - induire un état d'équilibre et de stabilité économiques.
L'Europe fut effectivement bâtie sur la doctrine selon laquelle, du fait de leur efficience absolue, les marchés font se mouvoir capitaux et travail vers les régions les plus productives. Cette infaillibilité des marchés ayant pour conséquence inéluctable que les biens et les services se vendent naturellement le mieux et au meilleur prix au sein des zones les plus aisées. Les quatre libertés font donc fi des bulles spéculatives, des effets déstabilisants des flux de capitaux prédateurs, des prises de risques excessives du système bancaire : autant d'aberrations et de spirales ayant affecté l'Europe de ces dix dernières années et qu'il est difficile de classer au tableau de chasse de l'équilibre de marchés prescients et efficients...
Entre liberté absolue du privé et rigidité croissante du public
En attendant, l'impérium néo-classique, qui règne toujours en maître absolu sur l'Europe et qui exige l'arbitrage ininterrompu du marché, rejette d'un revers de main dédaigneux et méprisant l'effet stabilisateur que pourrait avoir l'État sur cette jungle légale instaurée et promue ardemment par la technocratie. Nous nous retrouvons donc de facto dans un univers schizophrène qui exige une liberté totale du secteur privé encouragé à s'enrichir, tandis qu'une rigidité grandissante paralyse un secteur public désormais incapable de redistribuer car obligé de dépenser, d'emprunter et de taxer moins.
Cette asymétrie éhontée qui érige marché et secteur privé en guides suprêmes et qui relègue l'Etat au rang des antiquités aboutit à une polarisation extrême des richesses et des ressources au sein du continent. Ces quatre libertés créent donc des monstres de prospérité comme l'Allemagne, nécessairement aux dépens de victimes sacrificielles comme la Grèce. En somme, l'Union et tout particulièrement la zone euro a soit trop de liberté... soit pas assez ! Comme l'Allemagne refuse les transferts automatiques à même de soulager les nations en déséquilibre, et comme il n'est certainement pas à l'ordre du jour de créer l'union fiscale, cette Europe devra donc se désintégrer dans l'intérêt vital de certains pays en voie de ghettoïsation. En tout état de cause, la désintégration est préférable au statu quo.

Dans "Trends Tendance" du 04 07 16 Article intitulé : Paul De Grauwe: "Il est temps que l'Union Européenne défende les victimes de la globalisation"

Selon le professeur en économie Paul De Grauwe, on ne doit pas s'étonner que de plus en plus d'Européens tournent le dos à l'UE
   
Comment l'Union Européenne doit-elle réagir à la décision du peuple britannique de sortir de l'Union Européenne ? Selon l'économiste Paul De Grauwe, c'est la question au centre du débat politique en Europe.
Sur son blog, De Grauwe constate que l'Union Européenne souffre aujourd'hui d'une image très négative, "non seulement au Royaume-Uni, mais aussi dans d'autres parties de l'UE", ce qui mène à un rejet du projet européen.
Selon l'économiste, cette attitude négative s'explique par l'impuissance de l'Union Européenne à élaborer un mécanisme qui protège les victimes de la globalisation dominante.
Pire même, alors que l'UE a limité le rôle des gouvernements nationaux en tant que régulateur, cette même Union n'a pas suffisamment agi pour reprendre le rôle de protecteur, selon De Grauwe.
Les institutions européennes ont, selon l'économiste, ouvert les portes à la globalisation - "où il n'y a rien de mal en soi", mais trop peu de moyens sont prévus pour les victimes de la globalisation. La politique sociale est notamment entre les mains des autorités nationales, alors que la capacité d'action de cette politique nationale se voit limitée par des règles fiscales qui ont été imposées par ces même institutions européennes.
En bref, les personnes qui avaient déjà des difficultés, ont rencontré encore plus de difficultés ces cinq dernières années, de par les réformes structurelles imposées, ressort-il. La stagnation économique et la croissance du chômage ont encore plus durement touché les personnes qui avaient déjà été victimes de la globalisation, constate l'économiste. Il ne faudra donc pas s'étonner de ce que la révolte contre la politique des institutions européennes continue également à se propager après le Brexit si l'Europe maintient sa politique d'austérité, prévient De Grauwe.
Selon De Grauwe, les réformes structurelles entraînent une croissance économique bien trop limitée.
Si l'Europe désire inverser la tendance, il faudrait, pour commencer, que les investissements publics soient stimulés, selon lui.
Vous pouvez lire l'entièreté de la publication de Paul De Grauwe sur son blog(en anglais.

Robert Van Apeldoorn dans "Trends Tendances" du 6 05 16 Article intitulé : Une ex-commissaire européenne chez Uber

" L'ancienne commissaire à la concurrence puis aux nouvelles technologie, Neelie Kroes, va aider Uber à mieux négocier avec les pouvoirs publics qui bloquent ou freinent son développement. MDR
   L'ancienne ministre de la Mobilité de la Région de Bruxelles Capitale, Brigitte Grouwels, n'a pas dû être surprise de l'arrivée de la Néerlandaise Neelie Kroes chez Uber. En 2014, lorsqu'elle était encore commissaire aux nouvelles technologies (digital agenda), elle avait violemment critiqué une décision de justice qui interdisait le service UberPop dans la capitale. La ministre régionale avait riposté à la VRT radio : "Les règles sont faites pour être suivies. Si elle avait été ministre en Belgique, Kroes aurait probablement dû démissionner après de tels propos".
Neelie Kroes n'avait pas démissionné et toujours pas changé d'idée. A 74 ans elle soutient l'économie participative et les plateformes numériques. Chez Uber, elle participera à un conseil pour aider Uber à mieux négocier avec les gouvernements. Ce conseil compte quelques noms prestigieux, dont Ray LaHood, ancien secrétaire au transport de l'administration Obama ou Roberto Danino, ancien premier ministre péruvien. Cela suffira-t-il pour qu'Uber puisse convaincre les autorités des villes européennes ? Elles se montrent nettement plus difficiles à convaincre que celles des villes américaines. La stratégie d'Uber, fort agressive, consiste à installer ses service et à se préoccuper plus tard des questions réglementaires. Et c'est une ex fonctionnaire à la concurrence payée par les Peuples qui va maintenant défendre UBER officiellement au sein de l'europe après l'avoir fait "officieusement" ? Comment encore croire en cette europe de guignols ? Cette europe est à abattre. J'y ai été fort... voir l'article qui suit. En espérant que les citoyens, ravi par la modernité du service par smartphone et par le prix, créeront une pression suffisante pour que les autorités locales fassent une place parmi les taxis, hyperéglementés et peu populaires. Chaque fois Uber cherche à gagner une bataille médiatique.
Blocages en Europe
Aux Etats-Unis l'approche a plutôt réussi. Uber est parvenu à "ringardiser" les règles des taxis et à se faire peu ou prou accepter. En Europe le développement est nettement plus difficile, l'opposition des taxis y est plutôt efficace, surtout contre le service UberPop, le moins coûteux, assuré par des particuliers avec leur voiture personnelle (le service "standard" d'Uber, plus cher, est presté par des chauffeurs professionnels). Plusieurs batailles rangées ont été perdues. A Bruxelles, le service UberPop a dû s'arrêter après une condamnation par la justice. Le service a été suspendu à Paris, où deux dirigeants d'Uber avaient même été mis en 2015 en garde à vue à Paris et mis en examen. UberPop a aussi été interdit à Madrid à partir de 2014 et abandonné l'an dernier à Amsterdam.
L'arrivée de Neelie Kroes et d'autres personnalités montre la volonté d'une approche plus soft, moins "fait accompli" que celle suivie jusqu'à présent, en cherchant davantage la coopération avec les autorités qu'un affrontement par média interposé. L'objectif est de porter un peu plus loin une société dont la valorisation dépasse les 60 milliards de dollars, et de faire accepter l'éventail des services en tant que complément aux transports en commun. Selon Bloomberg, Neelie Kroes et les autres personnalités appelées à conseiller Uber seront payées en actions. Neelie Kroes a été commissaire à la concurrence de 2004 à 2010 et à l'agenda digital de 2010 à 2014.

Romaric Godin dans "La Tribune" du 12 05 16 Article intitulé : Bruxelles confirme que la zone euro possède une politique économique : l'austérité l'austérité ? Non, l'austérité boche.

" Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, avait promis de ne pas recourir à "l'austérité stupide". Vraiment ?
La Commission européenne envisage de sanctionner le Portugal et l'Espagne pour leurs politiques budgétaires. Une double décision risquée.
Le 2 février, devant le parlement européen, Jean-Claude Juncker affirmait que la Commission européenne ne « conduirait pas des politiques stupides d'austérité. » Mais, trois mois plus tard, il est bien difficile de croire à une telle promesse.  On l'a vu avec la Grèce. Lundi, l'Eurogroupe a demandé officiellement la mise en place d'un mécanisme d'austérité « automatique » pour atteindre l'objectif très ambitieux d'un excédent primaire de 3,5 % du PIB en 2018, le tout étant accompagné d'une nouvelle série de mesures de réductions de dépenses et de hausse d'impôt pour un montant global de 5,5 % du PIB hellénique. Comment se fait-il que les armes n'aient pas encore parlé ? N'est-ce pas de cela que les Etats ont peur en supprimant le droit aux armes (alors que c'est le peuple armé qui a donné la Liberté à la france et non les politiques et fonctionnaires français qui étaient nazis pour la très grande majorité d'entre eux), en maîtrisant le cash etc... Décisions qui seraient on ne peut plus justifiées si les Etats n'étaient pas devenus  le bras armé des lobbies. En fait d'Etat, il n'y a plus que des systèmes de corruption qui ayant peur des conséquences de leurs actes suppriment directement et indirectement une à une les Libertés des Peuples. Libertés acquisent par les Peuples contre des Etats comme la France politique qui était un état nazi et qui aujourd'hui encore est des plus proche des allemands paupérisateurs en contradiction totale avec le principe d'Europe de la Paix et de toute notion économique de viabilité SOCIOlogique, ECOnomique, POlitique et FInancière.
Ce que Bruxelles compte faire
Mais les autorités européennes ne s'en tiennent pas à la seule Grèce. Selon les informations publiées sur les sites bruxellois Euractiv et Politico et dans le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, l'Espagne et le Portugal devraient faire face à de nouvelles exigences de Bruxelles sur le plan budgétaire. Le collège des commissaires mardi 10 mai se serait mis d'accord sur ce principe. Les budgets espagnols et portugais avaient été validés avec des réserves lors du semestre européen et la Commission estime désormais que les deux pays n'ont pas fait suffisamment d'efforts pour réduire leur déficit et le ramener dans les clous du « pacte de croissance et de stabilité » qui prévoit un déficit public inférieur à 3 % du PIB.
En théorie, Bruxelles pourrait proposer d'infliger aux deux pays des sanctions pécuniaires allant jusqu'à 0,2 % du PIB. Mais elle pourrait aussi décider de nouvelles mesures de correction, en donnant « une dernière chance » aux États concernés. Apparemment, la Commission n'a pas encore décidé de la voie à suivre. Mais une chose est certaine : selon les nouvelles règles européennes, le Conseil européen doit, pour « casser » la décision de la Commission disposer d'une majorité qualifiée deux deux tiers, ce qui donne beaucoup de poids à Bruxelles.
Le cas portugais
Le cas des deux pays est un peu différent. Au Portugal, le nouveau gouvernement socialiste soutenu par la gauche radicale arrivé au pouvoir en novembre avait proposé un budget revenant sur un certain nombre de mesures d'austérité, mais en théorie dans les clous des 3 %. En février, la Commission avait contesté ce budget en doutant des prévisions de croissance de l'économie portugaise puis, moyennant des mesures supplémentaires d'austérité, l'avait validé temporairement. Elle reprendrait aujourd'hui cette validation, considérant sans doute que l'application de l'austérité n'est pas suffisante.
Le cas espagnol
En Espagne, le gouvernement de Mariano Rajoy a accusé en 2015 un déficit budgétaire nettement supérieur aux attentes, 5,1 % du PIB contre 4,2 %. Le budget de 2016 qui prévoyait un retour à 2,8 % du PIB du déficit a, là aussi, été mis en doute par la Commission sur les prévisions de croissance, devient donc largement caduc. L'Espagne connaît un vide gouvernemental depuis les élections du 20 décembre et revotera le 26 juin. Il est donc difficile pour le gouvernement Rajoy de procéder à un collectif budgétaire. Pour le moment, les autorités espagnoles estiment pouvoir suivre la trajectoire budgétaire tracée, mais les Communautés autonomes (régions) contestent les réductions de dépenses qui leur sont imposées. Bruxelles estime, là aussi, que l'Espagne, n'en fait pas assez.
Renforcer la position de la Commission
Avec ces interventions inédites, la Commission a évidemment un but : montrer au parlement et au Conseil européen qu'elle ne fait pas preuve de « laxisme » dans sa surveillance budgétaire. C'est pour l'équipe de Jean-Claude Juncker un élément essentiel, car de nombreuses discussions sont en cours pour établir une nouvelle réforme de la zone euro et se doter notamment d'un « ministre des Finances de la zone euro » qui, comme l'avait proposé le ministre allemand Wolfgang Schäuble cet été, pourrait être chargé de la surveillance budgétaire des Etats membres à la place de la Commission. Que devient l'Europe de la Paix ? Une europe boche économique..... boche économique pour l'instant. Et demain, boche tout court ?. Bruxelles montre donc les muscles pour prouver qu'elle n'est pas laxiste et qu'on peut lui faire confiance pour faire rentrer les « mauvais élèves » dans les clous.
Une mauvaise lecture de la crise de la zone euro
Avec cette décision, qui va donc au-devant des désirs de certains Etats membres, la Commission confirme que, pour elle, la crise de la zone euro n'est que le fruit de « dérapages budgétaires » pour éviter sa répétition, il suffit de resserrer la surveillance et de sanctionner les récalcitrants. Chacun aura un budget bien géré et il n'y aura plus de crise. Ce schéma est abondamment défendu dans la presse allemande, notamment la Süddeutsche Zeitung. Comment en serait-il autrement puisque c'est un schéma SOCIOlogique ECOnomique POlitique et FInancier "boche" ? Ai-je été dur ? La paupérisation imposée à des Peuples en difficulté qui ne peuvent même plus avoir accès aux soins de base, est-ce normal ? Comment peut-on encore se taire et collaborer avec cette allemagne des plus pourrie ? Comment ne pas croire que si cela continue les Peuples ne vont pas devoir reprendre leur destin en mains ? L'histoire, et notamment l'histoire française, n'a t-elle pas prouvé que la liberté des Peuples ne dépendait que d'eux et non des états et de leur police ? Police ou milice politique ? Police qui encore aujourd'hui sur un simple ordre tabasse des pauvres migrants sans défense, des gosses et des femmes à terre etc.. Police française au passé nazi (en notant qu'il y a eu des exceptions) qui jouit de la Liberté gagnée par le Peuple.  Ironie de l'histoire, elle est payée par ce Peuple, Peuple paupérisé volontairement par les politiques lobbyisées qui ne jouit d'aucune des sécurités d'emploi, de revenu, ni de centre de vacance etc.. des policiers.  Policiers dont les armes sont payées..par les Peuples. Décidement, l'histoire serait-elle appelée à se répéter. Une vidéo mise en ligne ce samedi soir sur le site du Figaro où cette police s'acharne sur des journalistes. Apprenons encore et encore à nos enfants les réalités et la dangerosité de ce qui est appelé Police. Notre Liberté n'est pas la leur. Par contre, leur Liberté est la nôtre...en notant des exceptions naturellement. http://video.lefigaro.fr/figaro/video/en-pleine-interview-d-un-casseur-des-journalistes-de-france-2-molestes/4893719642001/Or, il s'agit largement d'une réécriture de l'histoire. La crise de la zone euro est une seconde phase de la crise financière de 2008. Plusieurs économistes ont souligné que c'était l'endettement privé et le transfert de cet endettement vers le public qui était à l'origine de la crise. L'Espagne dégageait avant la crise des excédents budgétaires. D'autres ont aussi montré que les déficits publics étaient le fruit déséquilibres structurels au sein de la zone euro, les excédents des uns étant les déficits des autres, et de la politique agressive de réduction du coût du travail en Allemagne. Ah si la france ne collaborait pas....Bref, un pacte de stabilité qui serait strictement appliqué ne serait nullement le gage de la prospérité et de la stabilité de la zone euro.
Une mauvaise réponse à la situation actuelle
La démarche est d'autant plus contestable qu'elle intervient dans un contexte délicat : la Commission vient de revoir à la baisse les prévisions de croissance des deux pays. Or, répondre à cet affaiblissement conjoncturel par de l'austérité est-elle en mesure d'inverser la tendance ? C'est évidemment le contraire qui risque de se produire. En menant des politiques déflationnistes, la Commission risque gros alors que la BCE ne parvient pas, malgré une politique de plus en plus agressive à redresser les perspectives d'inflation dans ces deux pays. Au Portugal, l'inflation est certes de positive en mars sur un an, mais elle est faible (0,5 %). En Espagne, les prix ont reculé sur un an de 0,7 % en mars. Sans vraies perspectives d'inflation, il sera difficile pour les États de se désendetter et les investissements resteront faibles. Pour désendetter un État, l'inflation est une méthode beaucoup plus efficace que la réduction rapide des déficits. Or, une réduction rapide des déficits ne peut que peser sur l'inflation en pesant sur la demande.
Risques élevés
Rappelons qu'en Espagne, l'ampleur de l'ajustement demandé est considérable, il est inédit depuis 2012. C'est donc bel et bien à une nouvelle cure d'austérité que l'on veut soumettre un pays qui se remet à peine de la crise (le PIB par habitant n'a pas retrouvé son niveau d'avant-crise), qui est menacé par la déflation et l'instabilité politique et qui reste soumis à un taux de chômage considérable. Au Portugal, le risque est encore plus élevé : une sanction du budget par la Commission pourrait conduire à une dégradation du pays par l'agence canadienne DBRS. Or, cette agence est la seule à conserver une notation « investissement » au Portugal. Si DBRS relègue le pays au rang d'obligation « pourrie », alors la BCE cessera de racheter des titres portugais. Les taux du pays s'envoleront et le Portugal devra accepter les conditions de la BCE pour bénéficier d'une dérogation. La Commission prend donc le risque de déclencher une attaque des marchés contre le Portugal.
La politique économique de la zone euro existe
Au final, la Commission prouve qu'il existe bien une politique économique dans la zone euro et que cette politique est l'austérité. Quel que soit le risque, Bruxelles continue à répondre par l'austérité aux défis auxquels la zone euro doit faire face. Pire même, la Commission fait en sorte que les pouvoirs politiques « rentrent dans le rang. » Car c'est bien de cela dont il s'agit : enfermer le futur gouvernement espagnol dans la réduction obligatoire des déficits (et, au passage, exclure toute coalition avec ceux qui refuserait cette réduction, ce qui conduit à interdire toute alliance à gauche) et faire chuter l'actuel gouvernement portugais sur l'exclusion du « QE » de la BCE, alors même que, désormais, le président de la République conservateur peut à nouveau dissoudre le parlement.
Sous couvert d'une application des « règles », qui se fait en réalité au cas par cas, la Commission vise bel et bien des objectifs politiques. Non, c'est l'allemagne qui vise cela.  Et confirme que l'austérité demeure la ligne politique officielle de la zone euro, alors que la politique budgétaire redevenait au niveau de la zone euro neutre pour la croissance. Ceci est logique compte tenu de l'architecture institutionnelle mise en place de 2011 à 2013 pour renforcer la surveillance budgétaire.  Si, dans les mois qui viennent, le contexte international se détériore à nouveau avec la hausse des taux étasuniens et un essoufflement chinois qui se confirme et si les gains de pouvoir d'achat des ménages dus à la baisse du prix de l'énergie se réduisent ou disparaissent, Bruxelles pourrait avoir commis une de ses plus grandes erreurs politique en ce printemps 2016. La Commission confirme en tout cas n'avoir rien retenu de ses erreurs passées. La commission confirme qu'elle est pro-allemande. Vive le Brexit !

Dans "Trends Tendances" Belgique du 12 05 16 Article intitulé : 'Pourquoi la BCE veut-elle vraiment supprimer le billet de 500 euros ?'

" En Belgique, comme dans la plupart des autres pays de la zone euro, rares sont les personnes à avoir déjà vu un billet de 500 euros. Et donc, ce billet va disparaître, lentement mais sûrement, de la circulation. Une bonne chose ?
Ainsi en a décidé la Banque centrale européenne, à partir de 2018, elle n'imprimerait plus de nouveaux billets de 500 euros. Mais attention, ces billets garderont leur valeur, mais ils seront tout simplement encore plus difficiles à trouver.
La question est de savoir pourquoi la BCE a décidé de supprimer ce billet de 500 euros. Officiellement, c'est pour lutter contre la fraude fiscale, la corruption, le crime et bien évidemment le financement du terrorisme. MDR Fraude fiscale, corruption tout ce qui est présent et organisé à la BCE par la BCE pour quantité de ses fonctionnaires. Fonctionnaires des plus favorisés et des plus "lobbyisés" pour quantité d'entre-eux. L'exemple souvent cité pour indiquer la nocivité du billet de 500 euros, c'est que sous cette forme une somme d'un million d'euros peut tenir dans le volume d'une brique de lait, raison pour laquelle les milieux policiers ont appelé le billet de 500 euros le "Ben Laden" ! Et dire que certains policiers en France ont des primes payée en cash. Ces primes sont-elles payées avec des billets de 500 ?
La suppression progressive de ces gros billets n'a pas suscité d'émoi en Belgique ou en France par exemple. Ce n'est pas très étonnant, car en Belgique les paiements en cash sont de toute façon limités à 3.000 euros maximum et à 1.000 euros en France, depuis le 1er septembre 2015.
Les nouvelles formes de paiement constituent une facilité, mais également un danger potentiel de confiscation du fruit de notre travail

En revanche, en Allemagne, cette suppression passe très mal. Il y a même eu de pétitions intitulées "touche pas à mon cash". Il faut dire qu'en Allemagne, il n'est pas rare de voir un couple de la classe moyenne payer sa voiture en cash. Quant aux cartes de crédits, elles sont souvent très mal vues dans les magasins et boutiques. En Allemagne, le cash est encore roi, car les Allemands sont très attachés à la protection de leurs données personnelles. Ils craignent qu'en payant par carte, ils ne soient surveillés par l'Etat. Là encore, tout cela s'explique par l'Histoire et notamment par les méthodes de la Stasi communiste. Comment cela n'est-il pas le cas en France puisqu'elle a un passé nazi et une police, par le passé, nazie.
Sans oublier que les Allemands voient dans cette suppression du billet de 500 euros une nouvelle forme de répression financière de la BCE. Après avoir imposé des taux de 0% à l'épargne des Européens, la Banque centrale veut en plus faire disparaître le cash, pensent les Allemands. Ils ont raison les lobbies une foi achetées les décisions politiques sur la suppression du cash maitriseront encore plus les Peuples. Les règles sur le blanchiment ne sont qu'un des outils de maitrise des Peuples. Le blanchiment dans les faits est une fumisterie. Une preuve ? La France organisait via les bonds d'épargne anonymes ce qu'elle appelle aujourd'hui de l'évasion fiscale voire du blanchiment. MDR.  Bien entendu, la BCE répète que ce n'est pas son objectif et que le cash va subsister via les autres billets de 10, 20 ou 100 euros, mais les Allemands n'y croient pas. Pour eux, le cash est un emblème de notre liberté. Le dernier espace qui échappe (ou échappait) encore aux yeux indiscrets de l'Etat. Mais visiblement, les Allemands sont les seuls en Europe à se battre pour cette liberté. Vive le Peuple Allemand parce que lui sait le prix de la Liberté qu'on leur a donnée contre ses dirigeants politiques nazis. Comment expliquer l'apathie des autres peuples....
Dommage, car avec le numérique et les nouvelles formes de paiement par smartphone, la monnaie sera de plus en plus virtuelle, donc de plus en plus hors de contrôle du simple citoyen. Certes, c'est une facilité, mais c'est aussi un danger potentiel de confiscation du fruit de notre travail. Encore faut-il en être conscient...
et rompre la peur de parler et d'élever la voix.

Romaric Godin dans "La Tribune" du 12 05 16 Article intitulé : Les classes moyennes se sont réduites en vingt ans en Allemagne et aux Etats-Unis

" La classe moyenne recule en Allemagne et aux Etats-Unis depuis 1981.
Une étude de l'institut DIW de Berlin souligne le recul des classes moyennes en Allemagne et aux Etats-Unis. En Allemagne, le déclassement est plus notable, surtout chez les étrangers.
Les trente dernières années ont été très dures pour les classes moyennes des deux côtés de l'Atlantique. C'est ce que révèle une étude de l'institut DIW de Berlin parue cette semaine et qui a retraité les statistiques de revenus bruts allemandes et étasuniennes pour pouvoir les comparer. La part de la population adulte disposant d'un revenu compris entre 67 % et 200 % du revenu médian a ainsi reculé fortement en trente ans.
La réduction des classes moyennes
En 1981, cette classe moyenne représentait 59 % des adultes aux Etats-Unis. Cette proportion a reculé à 56 % en 1991, puis à 50 % en 2015. En Allemagne, en 1983, la classe moyenne représentait 69 % des adultes ouest-allemand. En 1991, dans l'Allemagne réunifiée, cette proportion était encore de 66 %. Elle est aujourd'hui de 61 %. Entre 1991 et les derniers chiffres disponibles, le recul de la classe moyenne s'élève à 6 points aux Etats-Unis et à 5 points en Allemagne. Depuis 2000, cette évolution s'accompagne d'un recul du revenu médian lui-même pour les classes moyennes. Aux Etats-Unis, ce revenu s'est abaissé de 4 % entre 2000 et 2014, alors qu'en Allemagne, il a reculé de 1 %.
Où vont ceux qui quittent les classes moyennes ?
Parallèlement, les deux classes extrêmes, les plus pauvres et les plus riches ont donc progressé. Aux Etats-Unis, la proportion des personnes gagnant plus de 200 % que le revenu médian est passé de 15 % en 1981 à 17 % en 1991 et 21 % du total en 2015. Mais parallèlement, ceux gagnant moins de 67 % du revenu médian sont passés d'une proportion de 26 % en 1981 à 27 % en 1991 et 29 % en 2015. La réduction des classes moyennes outre-Atlantique s'explique donc majoritairement par un enrichissement que par un appauvrissement, même si la proportion des classes les plus pauvres demeure très importante.
En Allemagne, la situation est assez différente. Les classes aux revenus plus élevés sont passées de 9 % de l'ensemble des adultes en 1983 à 10 % en 1991, puis à 13 % en 2013. Mais les classes aux revenus les moins élevées sont passées de 23 % en 1983 à 24 % en 1991 et 27 % en 2013. Entre 1991 et 2013, l'abaissement de la classe moyenne allemande s'explique donc autant par un déclassement que par un enrichissement.
Les étrangers très touchés par le déclassement en Allemagne
L'étude met en avant une réalité inquiétante pour l'Allemagne qui va devoir faire face au défi de l'intégration du million de réfugiés venu de Syrie en 2015 : les étrangers outre-Rhin sont les plus menacés par le déclassement de la classe moyenne. Entre 1991 et 2013, les personnes étrangères de classe moyenne sont passées de 71 % à 55 % chez les étrangers en Allemagne, contre un recul de 65 % à 62 % pour les Allemands. Et si la proportion d'Allemands ayant un revenu inférieur à 67 % du revenu médian est restée stable à 24 %, la même proportion pour les étrangers est passée de 22 % à 37 % entre 1991 et 2013.
Défi pour l'intégration des réfugiés outre-Rhin
Ceci pose un défi majeur pour les politiques sociales en Allemagne. La croissance économique du pays profite en effet très nettement aux seuls Allemands au détriment très net des étrangers. La raison en est simple : les étrangers sont, outre-Rhin, les premiers à subir les effets des « réformes », notamment dans le domaine du marché du travail. Comme le souligne l'économiste Markus Grabka, l'amélioration de l'emploi outre-Rhin n'a pas freiné le phénomène. L'intégration des réfugiés devra donc nécessairement inverser cette tendance."

 

Sandrine Blanchard dans "Le Monde" du 21 04 16 Article intitulé : Secret des affaires : Nicole Ferroni revient sur son coup de gueule viral

" D’habitude, sur sa page Facebook, Nicole Ferroni poste des souvenirs, en images ou en coupures de presse, de la tournée de son one-woman-show ainsi que ses chroniques du mercredi dans la matinale de France Inter. Ces billets d’humeur récoltent, en moyenne, 700 partages. Jeudi 14 avril, il a suffi qu’elle mette en ligne une vidéo de 2 min 30 s dénonçant la directive européenne consacrée au secret des affaires pour que le compteur s’affole.
En quelques jours, elle a cumulé plus de 12 millions de vues. Un phénomène pour un sujet on ne peut plus austère. Un score de « youtubeuse politique », s’amuse-t-elle. « C’est la première fois que je faisais ce type de vidéo », explique l’humoriste, qui pensait juste faire marrer sa famille et ses amis et non déclencher une telle viralité.

Tout est parti d’un mail que lui a envoyé une amie mercredi 13 avril. « Elle a trois enfants, un boulot très prenant et rarement le temps de me transférer des infos sur ce type d’actualité. Parce que c’était elle et que j’étais tranquille ce jour-là, je l’ai lu et cela m’a donné envie de regarder le débat du Parlement européen sur Internet. » En écoutant les eurodéputées Constance Le Grip et Virginie Rosière défendre la directive, elle est frappée par la référence aux PME qu’elles utilisent à plusieurs reprises. « C’est cela qui m’a le plus choqué parce que c’était hypocrite et démagogique. J’ai pas mal de proches qui sont des petits entrepreneurs et leur souci principal, ce n’est pas le secret des affaires », constate-t-elle. « Fan » d’Elise Lucet, la jeune femme avait déjà suivi la pétition lancée par la journaliste sur les dangers de cette directive européenne.
« Je pointe du doigt »
Nicole Ferroni se met alors à écrire une lettre humoristique et ironique à Constance Le Grip. Elle pensait la garder pour sa prochaine chronique sur France Inter mais elle ne connaissait pas encore le nom de l’invité de la matinale et les eurodéputés devaient voter le lendemain, 14 avril. Alors ce matin-là, dans le jardin de la maison de son ami à Montpellier, elle s’installe devant son ordinateur et se filme.
Trois essais, le dernier sera le bon.
A l’image, cette ancienne enseignante agrégée en sciences et vie de la terre (SVT) apparaît comme dans ses chroniques radiophoniques : énergique, spontanée, les bras et le visage en mouvement permanent. Juste après les révélations des « Panama papers » (enquête journalistique sur l’évasion fiscale à laquelle Le Monde a participé, la sincérité de sa colère devient contagieuse. Sa vidéo toute simple mais très pédagogique, que Jean-Luc Mélenchon s’est empressé de partager, n’a rien changé à l’affaire : les eurodéputés ont finalement adopté la directive. Mais des millions de personnes auront été sensibilisées au sujet.
« Mon boulot de chroniqueuse ne permet pas de changer les choses, mais de dire aux politiques qu’on n’est pas dupe, qu’on sait, qu’on les voit, considère Nicole Ferroni. Je suis un peu une alerteuse, je pointe du doigt. » Deux jours plus tard, comme elle l’avait promis dans sa vidéo, elle a posté un tableau donnant la répartition des votes des parlementaires de Strasbourg, parti par parti. « Il a été partagé 45 000 fois, cela m’a fait plaisir que les gens ne s’intéressent pas seulement à une chronique où je faisais la bouffonne. »
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Rien ne prédestinait cette fille d’enseignants (père professeur de chimie, mère professeure d’allemand) à plonger dans la politique pour alimenter ses billets d’humeur. « Mon inculture politique est devenue ma force malgré moi, résume-t-elle. Je suis comme le citoyen lambda, scandalisée par les injustices, les inégalités et par tout cet argent qui part dans l’évasion fiscale. » Alors, ces trois minutes de temps de parole qui lui sont offertes chaque mercredi sur France Inter, cette provinciale s’en sert comme « haut-parleur », comme « ascenseur » des interrogations de la France d’en bas.
Le sens de la pédagogie
De son ancien métier, elle a gardé le sens de la pédagogie et le raisonnement scientifique : « Observation, problème, hypothèse, expérience, résultat, interprétation, conclusion, je suis ce cheminement pour tenter de conserver un regard neutre », énumère-t-elle. Mais l’humoriste a parfois du mal à ne pas faire apparaître sa sensibilité de gauche.
Il y a cinq ans à peine, Nicole Ferroni était encore prof de lycée – après avoir enseigné dans « l’un des pires collèges » des quartiers nord de Marseille – et pratiquait le théâtre en amateur. En septembre 2011, désespérée par l’éducation nationale, elle craque et envoie sa lettre de rupture avec l’institution. « Cette année, je ne manifeste pas, je démissionne », écrit-t-elle. « Je dois beaucoup à Sarkozy ! S’il n’avait pas supprimé des postes, dont le mien, je n’aurais peut-être pas imaginé une telle reconversion. Ce fut l’épisode de trop, je l’ai pris comme un signe du destin et je me suis dit : “Va-t’en”. »
Puis tout s’est enchaîné. Elle a écrit un one-woman-show « L’œuf, la poule, ou Nicole ? », mis en scène par son professeur de théâtre, Gilles Azzopardi ; a participé avec succès à l’émission « On ne demande qu’à en rire » de Laurent Ruquier et, grâce à sa lettre de démission, elle a été contactée par France Inter. « J’avais envoyé une copie de ma lettre au courrier des lecteurs du Monde et cela m’a valu un portrait dans M le magazine. J’ai alors été invitée à la radio et on m’a proposé d’être chroniqueuse. » D’abord dans On va tous y passer de Frédéric Lopez, puis dans Si tu écoutes, j’annule tout de Charline Vanhoenacker et enfin dans la matinale de Patrick Cohen.
Nicole Ferroni a changé de vie mais pas de mode de vie. Elle est restée vivre à Aubagne – ce qui lui permet de prendre une « température » différente des sujets qui agitent la capitale –, a gardé tous ses amis enseignants, artisans, flics, etc., et n’a pas pris de producteur pour son spectacle pour rester à distance « du côté business du milieu humoristique ».
Les 12 millions de vues lui confèrent, estime-t-elle, « une responsabilité supplémentaire », une obligation à « bien bosser mes sujets ». Elle s’en veut, par exemple, d’avoir dit « loi » et non « directive » dans son texte. Le prochain thème qu’elle aimerait traiter en vidéo ? « Les xièmes discussions entre la Grèce et ses créanciers qui demandent de nouvelles économies. »
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/culture/article/2016/04/21/secret-des-affaires-le-coup-de-gueule-viral-de-nicole-ferroni_4905817_3246.html#ivCXFtKH6XFKcfsx.99

Mathilde Damgé dans "Le Monde" du 19 04 16 Article intitulé : Ce qu’il faut savoir de la directive sur le secret des affaires

" Une directive européenne protégeant le « secret des affaires » a été adoptée, jeudi 13 avril. Malgré une pétition signée par plus de 500 000 personnes, les députés européens ont voté, à une très large majorité (77 %), le texte proposé par la Commission européenne.
De quoi s’agit-il ?
Pour défendre le secret de leurs affaires, les entreprises pouvaient passer par plusieurs outils juridiques en Europe : propriété intellectuelle, droit pénal (en cas de vol
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 de documents, par exemple). Le lobbying intense de grandes multinationales désirant obtenir le même arsenal juridique que la Chine et les Etats-Unis a vu ses démarches couronnées de succès. Auraient-ils lâché du grisbi ?
Le texte adopté la semaine dernière vise à protéger les entreprises contre l’espionnage économique et industriel. Ce qui en soit est plus que normal L’exemple le plus spectaculaire date de 2005 : en plein rallye du Japon, un individu profite d’un passage de relais entre deux rondes de vigiles pour s’introduire dans un hangar, sur le parc d’assistance du circuit. Il dérobe ainsi le pneu « magique » qui a contribué au succès de Citroën en championnat du monde et incite son constructeur, Michelin, à revoir complètement sa gestion du secret.
En cas de vol ou d’utilisation illégale d’informations confidentielles (innovations technologiques, mais aussi données économiques ou tout autre document), les victimes pourront demander réparation devant les tribunaux en Europe.
« Les Etats membres veillent à ce que les détenteurs de secrets d’affaires aient le droit de demander les mesures, procédures et réparations prévues par la présente directive afin d’empêcher l’obtention, l’utilisation ou la divulgation illicites d’un secret d’affaires ou d’obtenir réparation pour un tel fait. »
Pourquoi c’est important ?
L’application de la directive ne devrait pas entraver les activités des lanceurs d’alerte, selon les défenseurs du texte et le texte justificatif de la directive : « La protection des secrets d’affaires ne devrait dès lors pas s’étendre aux cas où la divulgation d’un secret d’affaires sert l’intérêt public, dans la mesure où elle permet de révéler une faute professionnelle ou une autre faute ou une activité illégale directement pertinentes. » Mais le problème est qu’il reste à définir la « pertinence » de la révélation et « l’intérêt public ». En clair, ce sera à un juge de trancher au cas par cas s’il est « pertinent » de dévoiler les secrets de la structure financière d’une entreprise et si ces révélations relèvent de l’intérêt général.
En outre, dans le cas des « Panama papers », de nombreuses sociétés offshore créées par des entreprises ne tombent pas sous le coup de l’illégalité ; ces entreprises auraient ainsi pu utiliser la directive pour faire taire les médias.
« Toute information que l’entreprise a essayé de maintenir secrète est donc protégée légalement : on est bien au-delà de la seule propriété intellectuelle », détaille Jonathan Guéraud-Pinet, attaché parlementaire à Bruxelles.
Et maintenant ?
Les 28 Etats européens ont maintenant deux ans pour traduire la directive dans leur législation nationale. Certains gouvernements pourraient être tentés d’utiliser la directive pour étouffer des enquêtes compromettant le pouvoir économique et/ou politique.
« Les exceptions prévues à l’article 5 pour l’exercice de la liberté d’expression et d’information manquent de clarté. Les garanties apportées à la liberté des médias dépendront largement de la façon dont les gouvernements appliqueront la directive », s’inquiète Reporters sans frontières. Et tant qu’une jurisprudence ne permet pas encore de calculer les risques de la publication d’une information, la frilosité pourrait dominer parmi les lanceurs d’alerte et les journalistes.

La BBC a interrogé la rapporteure de la directive, la Française Constance Le Grip, sur le risque encouru par les journalistes et les lanceurs d’alerte s’ils révèlent des informations d entreprises A la question : « Pouvez-vous promettre qu’aucun ne sera condamné à cause de cette directive ? », Mme Le Grip répond : « Je ne suis pas un juge. »
Par ailleurs, si les eurodéputés Verts et Front de gauche y étaient si farouchement opposés, c’est qu’il s’agissait d’un texte qui « fait porter la charge de la preuve sur les lanceurs d’alerte et pas sur les entreprises », selon Philippe Lamberts, coprésident du groupe Verts-ALE.
Ce qui manque cruellement à ce texte, c’est son pendant législatif afin de protéger les lanceurs d’alerte (seuls cinq Etats membres disposent d’une législation complète sur la protection des lanceurs d’alerte : France, Royaume-Uni, Luxembourg, Roumanie et Slovénie). Mais cette issue est peu probable, comme le résume l’association Corporate Europe Observatory :
« En votant la directive secret des affaires, les socialistes européens perdent tout : à l’issue du débat, et à l’opposé de leurs demandes, la Commission a annoncé que pour elle les dispositions sur le sujet à l’article 5 de la directive suffisaient largement. Autrement dit, pas besoin de directive protégeant les lanceurs d’alerte. »
L’organisation rapporte qu’Antoine Deltour et Edouard Perrin, respectivement journaliste et ancien collaborateur du cabinet d’audit PwC, tous deux à l’origine du scandale Lux Leaks, ont écrit aux députés européens pour leur expliquer que cette directive ne les protégerait pas lors du procès qui se tient à partir du 26 avril au Luxembourg.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/04/19/ce-qu-il-faut-savoir-de-la-directive-sur-le-secret-des-affaires_4904548_4355770.html#YpllqH6THurfw49M.99

Louis Nadau dans "Le Figaro" du 19 04 16 Article intitulé : Varoufakis encense Macron

" Macron, sauveur de la Grèce? Dans une interview à L'Opinion, l'ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis, pourfendeur de l'austérité, tresse une couronne de laurier au ministre de l'Économie. «C'était le seul ministre français de l'administration de François Hollande qui semblait comprendre ce qui était en jeu au sein de la zone euro, affirme-t-il. Il a compris combien ce qui arrivait à la Grèce pouvait être catastrophique pour la France.»
Celui que Nuit debout acclamait dimanche place de la République estime partager «la même vision des profonds défauts de la zone euro, de la différence entre productivité et compétitivité» avec le ministre de l'Économie français. «C'est quelqu'un d'honnête et, en ami, il a essayé de jouer les intermédiaires entre nous et la troïka de nos créanciers même si on ne lui a pas permis de jouer ce rôle.» Alors que le mouvement En marche! d'Emmanuel Macron se veut au-delà des partis, Yanis Varoufakis apporte une véritable caution de gauche au jeune ministre: «Cette course à la compétitivité est nuisible pour l'avenir de l'Europe. Emmanuel Macron l'a bien compris, avance-t-il. Nous étions en désaccord en matière de réformes microéconomiques ou sur la libéralisation du marché du travail, mais c'est quelqu'un que je respecte.»
Il est par ailleurs très critique à l'endroit de François Hollande, dont il estime qu'il mérite un «zéro pointé». «Dans les négociations que nous avons menées à Bruxelles, François Hollande était dans la pièce mais il était absent. Il était là pour défendre ses propres intérêts. Je ne critique pas le fait que la France n'était pas de notre côté. Je critique le fait que ses dirigeants n'aient pas su aller au-delà de leurs intérêts nationaux», tacle-t-il. Cela dit l'Allemagne a fait de même, à la différence qu'elle a su faire ce qu'il fallait pour prendre le leadership en emportant la plus totale collaboration des autres pays...hormis celle des Anglais. L'histoire serait-elle appelée à se répéter malgré les évidences ? L'Allemagne, avec ses décisions actuelles, reste le plus grand ennemi de l'Europe de la Paix. Je ne peux qu'espérer que l'histoire me donne tort.

A écouter absolument, si lien ne fonctionne pas allez sur l'article sur le site "Les Echos" : http://www.lesechos.fr/monde/europe/021852282206-varoufakis-tacle-hollande-et-encense-macron-1214917.php

Victoria Masson dans "Le Figaro" du 16 03 16 Article intitulé : Normes anti-pollution: le lobby du diesel aurait été reçu en secret à Bruxelles

" Un responsable de l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA) aurait été reçu le 11 janvier 2015, selon l'association Corporate Europe Observatory, afin d'obtenir des normes favorables aux constructeurs. Un rendez-vous que dément l'ACEA.
Digne d'un film d'agent secret.
Un rendez-vous discret aurait eu lieu à Bruxelles entre le lobby de l'automobile et la Commission européenne pour discuter des normes anti-pollution, selon l'association Corporate Europe Observatory (CEO) relayé par Le Canard enchainé.
Près de huit mois après l'éclatement du scandale des moteurs diesel des véhicules Volkswagen, la bataille autour des normes anti-pollution révèle encore quelques secrets. L'un des dirigeants de l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA), Paul Greening, aurait rencontré le dimanche 11 janvier 2015, lors d'un «rendez-vous informel» Nikolaus Steininger, un responsable rattaché au commissaire européen au Marché intérieur et à l'Industrie, détaille Le Canard enchainé.
«Il faut en finir avec l'impunité totale dont bénéficie le lobby diesel»
Karima Delli, vice-présidente de la Commission d'enquête du Parlement européen sur le scandale Volkswagen

En fait, il faut en finir avec cette europe pour mieux le reconstruire avec de nouveaux membres ayant s-ignés un engagements d'Honnêteté sous peine d'accepter d'aller en prison en cas de faute. Si l'Europe est une évidence, cette évidence ne peut et ne doit pas être construite sur les sables mouvants de la corruption, du moutonnisme et autres tares. Une rencontre tenue secrète alors que la publication des rendez-vous entre commissaires européens et les lobbies ou groupes d'intérêts est obligatoire. Elle a permis au lobby du diesel de prendre les commandes sur la réglementation anti-pollution, estiment CEO et Le Canard enchaîné. «Ces nouvelles informations confirment la porosité de la Commission européenne face aux lobbies, à tous les niveaux de responsabilité», a réagi dans un communiqué Karima Delli, vice-présidente de la Commission d'enquête du Parlement européen sur le scandale Volkswagen. Il faut en finir avec l'impunité totale dont bénéficie le lobby diesel sous le regard bienveillant de la Commission européenne et des États membres, censés être garants des lois européennes».
L'ACEA dément
Du côté de l'ACEA, cette rencontre n'a jamais eu lieu. «Contrairement à ce que rapportent les médias, il n'y a eu aucune réunion entre Mr Greening et Mr Steiniger le dimanche 11 janvier», explique au Figaro un porte-parole de l'ACEA. L'enjeu est important. Le 3 février dernier, le parlement européen validait dans la lignée de la Commission les futurs tests des émissions polluantes des véhicules. Les émissions en conditions réelles pourront donc dépasser de 110% la norme en laboratoire entre septembre 2017 et janvier 2020. Par la suite, la tolérance sera ramenée à 50%.
Le scandale Volkswagen continue, lui, à laisser des traces. Un ancien employé du groupe aux États-Unis accuse le constructeur allemand de faire «obstruction à la justice» dans le scandale des moteurs truqués, selon sa plainte relayée par l'AFP. Une plainte collective a également été déposée en Allemagne ce mardi contre l'entreprise par des investisseurs qui réclament 3 milliards d'euros au constructeur."

 

Guillaume Maujean dans "Les Echos" du 11 03 16 Article intitulé : « Super Mario », les lapins et l'hélicoptère

" Tel un magicien, Mario Draghi a sorti de nouveaux lapins de son chapeau. Un nouvel arsenal de mesures toutes plus iconoclastes les unes que les autres - taux zéro, rachat d'obligations d'entreprise, quatre salves de prêts géants aux banques - pour relancer une zone euro à l'arrêt. Il y a cependant plusieurs manières d'apprécier les tours de l'illusionniste en chef de la Banque centrale européenne. On peut y voir un coup de génie, un aveu d'échec ou une fuite en avant. Les marchés, qui sont passés par tous les états hier, n'ont d'ailleurs pas su choisir.
Coup de génie, d'abord. Car « Super Mario » a pris de court les plus sceptiques. Ceux qui voient les nuages s'accumuler sur la croissance mondiale depuis le début de l'année, les pics de tension se multiplier sur les marchés. Et qui s'interrogeaient sur la capacité de la BCE à dégainer de nouvelles munitions. Draghi les a au moins rassurés sur ce point. Il est à la manoeuvre, plus déterminé que jamais pour convaincre son Conseil des gouverneurs d'innover encore, quand les autres instances européennes affichent au grand jour le spectacle de leurs divisions.
Aveu d'impuissance, ensuite. Car ce volontarisme monétaire signe aussi, en creux, l'échec de tout ce qui a été tenté jusqu'à maintenant. La croissance a encore été révisée à la baisse. L'inflation n'atteindra qu'un tout petit 0,1 % cette année. Loin, si loin, de l'objectif de 2 % qui est assigné à l'institution - c'est même là son seul mandat officiel. Du coup, les doutes ne cessent de grandir sur l'efficacité réelle de cette politique ultra-expansionniste. La BCE a-t-elle vraiment les moyens de relancer une économie éreintée par huit années (nous retrouvons les cycles SOCIOECOPOFI) de crise et de combattre des forces déflationnistes qui la dépassent ? Fuite en avant, enfin. Pourquoi continuer à dépenser 80 milliards d'euros par mois, quand les 700 milliards déjà déversés sur les marchés ont eu si peu d'effets ? Pourquoi proposer aux banques de nouveaux prêts quand le problème semble moins venir de l'offre que de la demande de crédit ? La banque centrale donne aujourd'hui le sentiment de se battre contre un système monétaire qui ne fonctionne pas, d'en faire toujours plus pour ne pas déplaire à des marchés qui augmentent sans cesse leurs exigences. Demain, peut-être, on demandera à Mario Draghi d'acheter directement des barils de pétrole ou des actions du CAC 40. Voire - le sujet a été évoqué lors de la conférence de presse - de lâcher directement des sacs de billets depuis un hélicoptère, histoire que l'argent arrive directement dans la poche des consommateurs. On n'en est pas encore là. Mais que la question soit simplement posée en dit long sur l'état de santé du patient européen."

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/021757761426-super-mario-les-lapins-et-lhelicoptere-1206233.php?B3Ci1HpoDYVLfPmm.99#

Michel Santi dans "La Tribune" du 07 03 16 Article intitulé : Le cauchemar social européen. La compétitivité allemande passe par l'affaiblissement des salaires au sud de l'Europe. Enfin, cela commence à être dit et écrit

" Quel modèle social européen? Y en a-t-il seulement un, quand les allemands sont plus que jamais obsédés par la compétitivité et par leur excédent commercial ? En réalité, la seule solution de Merkel et de Schauble pour concurrencer les pays émergents et en développement - et donc pour conserver à l'Allemagne ses parts de marché - consiste à écraser les travailleurs de l'Europe du Sud sous une pression fiscale intense combinée à l'érosion progressive de leurs revenus. L'allemagne a mis à genoux l'europe et a tué l'Europe de la Paix. Il faut virer ou mettre à genoux les politiques boches consistant à paupériser les Peuples. Où sont les politiques français, belges et autres ...... qui avec leurs grandes gueules vantaient la politique allemande et leur propre germanisme ? Il est évident que l'allemagne n'est pas la seule coupable puisque l'histoire se répétant nous avons retrouver les pays collabos dans la mise à mort des Peuples européens.
Seule l'austérité - et donc l'appauvrissement des nations en souffrance - permettra ainsi de relancer leur productivité, pour le plus grand bonheur du porte-monnaie allemand. Pour ce faire, et pour baisser le salaire relatif - c'est-à-dire la différence entre la valeur du bien produit et la valeur payée au salarié pour sa production -, il est impératif de baisser encore et toujours le niveau de vie des européens. Comment ne pas croire que tout cela pourrait mener à terme à la reprise des armes par les Peuples ? Toutes les gesticulations financières contre le cash et contre les armes ne sont-elles pas des mesures anticipatrices ? Nous sommes de nouveau en pré cycles de préparation de guerre. Voir article suivant.
Le diktat allemand
Nouveaumodèle social européen ? Non, plutôt diktat de la glaciale machine à exporter allemande qui - par technocratie européenne interposée - intervient désormais directement sur le niveau de nos salaires à la faveur de la surveillance de nos politiques budgétaires. Réformes structurelles, rigueur budgétaire, démantèlement progressif des acquis sociaux et du secteur public sont les cures d'amaigrissement imposées par une Allemagne qui semble enfin parvenir à ses fins puisque le chômage s'aggrave considérablement pour s'établir dans une fourchette allant entre 12 et 30% dans des pays comme l'Italie, l'Espagne ou la Grèce.
Enfin, le patronat pourra faire baisser les enchères car un chômage élevé supprime toute marge de manœuvre et de négociation aux salariés et aux travailleurs. Enfin, l'Allemagne peut savourer sa victoire car le chômage de masse et car le travail précaire sont les clés de l'amélioration de la sacro-saint productivité. Comprenez-le une fois pour toutes : l'appauvrissement de ses citoyens, et leur exploitation, sont la condition sine qua non pour maintenir la profitabilité du grand capital européen et pour conforter la technocratie bruxelloise lui étant assujettie." L'histoire montre que les camps de concentration économique se terminent toujours par des camps de concentration tout court et des gonflits armés.

Vous en doutez ?

Dans "Les crises" du 07 03 16 Article intitulé du 31 12 15 : La paix sur la Terre ? Pas avant que les États-Unis n’arrêtent de vendre des armes et de faire la guerre, par Dan Simpson ancien ambassadeur américain en Afrique

" En examinant les surenchères du gouvernement des États-Unis à la fin de l’année 2015, j’en viens à la conclusion que nous sommes une nation meurtrière, chez nous comme à l’étranger.
Le secteur de notre société qui profite le plus de cette attitude, encore une fois, chez nous et à l’étranger, est l’industrie de l’armement. Chez nous, elle vend des armes qui sont utilisées, pratiquement sans contrôle, pour décimer des groupes de personnes innocentes, y compris dans les églises et dans les écoles. Nos législateurs fédéraux et étatiques corrompus et sans scrupules manquent de courage et de cervelle pour y mettre un terme. Et cela ne concerne pas seulement la National Rifle Association ; il s’agit aussi des fabricants et des marchands d’armes qui financent la NRA afin qu’ils puissent exercer une influence à Washington et dans les capitales des États.
À l’étranger, nous sommes considérés comme des tueurs. D’autres pays ne peuvent que prier leur dieu ou leurs dieux pour que les États-Unis ne décident pas de leur faire subir leur volonté, que ce soit d’imposer une forme de gouvernement qu’ils devraient selon nous adopter ou d’invoquer une faute qu’ils auraient commise comme excuse pour déverser des bombes sur eux ou envoyer des drones pour tuer leurs dirigeants. Je rappelle que c'est un ancien ambassadeur des Etats-Unis qui a ces propos...
Qu’on le veuille ou non, c’est notre réputation. La plupart des étrangers que je rencontre pensent que nous sommes fous. Pratiquement tous pensent que nous sommes un danger pour la communauté internationale.
Certains de nos prétendus alliés prennent notre défense dans une tentative d’exercer une sorte de contrôle sur nos tendances homicides. Je mets les Britanniques dans cette catégorie.
Certains pays veulent juste garder leurs distances avec nous et, surtout, ne pas dépendre de nous pour quoi que ce soit. L’Inde en est un exemple. Le gouvernement américain et des vendeurs d’armes privés ont travaillé pendant des années pour faire de l’Inde un gros client pour les armes américaines. Au lieu de cela, l’Inde a choisi de sourire aux Américains, mais de continuer à acheter ses armes en Russie — la Russie dirigée par Vladimir V. Poutine le mal famé, par opposition à l’Amérique dirigée par l’adorable Barack H. Obama. Se pourrait-il que l’Inde soit consciente que les armes américaines sont toujours accompagnées de conseillers militaires américains pour former et soutenir leurs clients étrangers ?
Alors, où en sommes-nous, alors que 2015 tire à sa fin ?
Nous sommes en Afghanistan, où nous avons commencé en 2001 juste après les attentats du 11 septembre. Nous sommes en Irak, où le président George W. Bush nous a emmenés sur des postulats mensongers en 2003 pour se faire réélire comme un président de temps de guerre.
Nous avons perdu 2 332 soldats en Afghanistan au cours des 14 dernières années — six autres la semaine dernière — et 4 425 en Irak. Nous maintenons toujours des milliers de soldats dans chacun de ces pays, notre tribut pour avoir mis en place des gouvernements qui ne peuvent pas assurer leur pérennité. Les forces spéciales américaines ont seulement aidé les Irakiens à reprendre Ramadi, ville pour laquelle nous avons déjà combattu, cette fois des mains du groupe État islamique. La dernière fois, c’étaient les Sunnites qui se soulevaient là-bas. En Afghanistan, nous nous battons à nouveau pour conserver des lieux qui seraient autrement tombés entre les mains des Talibans et qui peuvent, en fait, tomber entre leurs mains malgré nos efforts.
Pourquoi faisons-nous cela ? Je pensais que l’argument de Ronald Reagan en 1986, à savoir que si nous ne combattions pas les communistes au Nicaragua, nous aurions à les combattre à Harlingen au Texas, était tout aussi moribond que les charlatans qui nous gouvernaient à cette époque. Est-ce que quelqu’un croit vraiment que si Ramadi en Irak ou Sangin en Afghanistan sont dans des mains « amies » cela fait une différence pour les Américains ? Rien que de poser la question revient à imaginer que le gouvernement Abadi en Irak ou le gouvernement Ghani en Afghanistan seraient des mains « amies », un phantasme de Washington à peu près aussi crédible qu’une publicité de campagne de Ted Cruz ou d’Hillary Clinton.
Je suppose que les efforts de M. Obama pour arriver au bout de son mandat sans voir l’Afghanistan ou l’Irak s’effondrer dans un chaos total, peuvent être mis sur le compte de quelque trouble obsessionnel compulsif ou d’une forme de loyauté de campagne électorale envers son ancienne adversaire démocrate, Hillary Clinton. Cela fait longtemps que nous aurions dû reconnaître que nous avons fait tout ce que nous pouvions en Afghanistan et en Irak, et ramener nos troupes au pays.
Qu’avons-nous fait d’autre ? Nous avons saccagé la Libye. Mouhammar Kadhafi était une vermine égocentrique, même s’il a fini par abandonner son programme nucléaire militaire. Mais ce qui a pris sa place, grâce, pour une bonne part, aux décisions du gouvernement de M. Obama, y compris Mme Clinton, ce sont deux gouvernements, chacun se revendiquant comme « national », et de nombreuses milices locales sans foi ni loi, parmi lesquelles il faut à présent compter l’État islamique. C’est également une migration incontrôlée vers l’Europe.
Pour soutenir l’Arabie Saoudite, notre alliée et notre principale acheteuse d’armes, nous avons aidé à la destruction du Yémen. Les Saoudiens l’ont bombardé jusqu’à le renvoyer à l’âge de pierre et je n’ai pas encore entendu quiconque à la Maison-Blanche ou au Pentagone affirmer qu’il n’y a pas de pilotes américains dans les cockpits saoudiens. Le Yémen était déjà le pays le plus pauvre du Moyen-Orient. Et en France comme le titre Le Figaro de ce jour : Légion d'honneur au prince héritier saoudien : face au tollé, Ayrault se justifie
L’implication des États-Unis dans le conflit yéménite nous a également plongés au cœur du conflit interne à l’Islam entre Sunnites et Chiites. Nous n’avons aucune raison au monde de nous impliquer dans un conflit interne à l’Islam. La raison de notre implication réside dans les promesses de suivi faites par les fabricants d’armes américains après l’achat d’équipement par l’Arabie saoudite. Je ne pense pas que nous leur ayons vendu les épées qu’ils emploient pour couper les têtes des accusés.
Les États-Unis ont, de même, utilisé l’absence de gouvernement en Somalie et la vénalité du gouvernement de Djibouti afin d’établir un avant-poste militaire dans le pays. Dorénavant, il y a des milliers de soldats américains, des bombardiers de combat et une base de drones là-bas, sans aucune raison valable. Cela représente une intervention en Afrique inutile et alimentée par le Pentagone

Nous devrions ramener nos troupes à la maison. Tant que nous ne le ferons pas, il n’y aura aucune paix sur Terre. Ne soyons pas des assassins.
Dan Simpson, ancien ambassadeur des États-Unis, est un éditeur associé de Post-Gazette
Source : Pittsburgh Post-Gazette, le 30 décembre 2015.
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Romaric Godin dans "La Tribune" du 23 02 16 Article intitulé : « La troïka n'est pour rien dans la croissance irlandaise »

" Aidan Regan, directeur de l'Institut européen de Dublin, explique pourquoi les politiques voulues par la troïka ne sont pas les vraies causes de la reprise irlandaise.
LA TRIBUNE - Vous avez publié au début de février un texte remarqué sur la vraie nature de la croissance irlandaise. Première caractéristique de cette croissance : l'inégalité qui l'accompagne.
AIDAN REGAN - Oui, la forte croissance de l'économie irlandaise est indéniable, mais tout le monde n'en profite pas, loin de là. Un chiffre suffit à s'en convaincre : 65 % des ménages irlandais gagnent moins de 50.000 euros par an. Ils demeurent très en colère aujourd'hui et, auprès d'eux, le discours du gouvernement sur la reprise de l'économie ne passe pas.
La croissance, selon vous, est concentrée sur les grandes multinationales de la technologie et de la pharmacie, et cela alimente encore les inégalités ?
Dans ces grandes multinationales, qui viennent s'installer en Irlande pour profiter du faible taux d'imposition des entreprises et de la flexibilité du marché du travail, les emplois créés sont des emplois très bien payés pour des personnes ayant un haut niveau de formation. Mais cela conduit à une divergence croissante dans la société irlandaise entre les personnes à haut niveau technologique et à hauts salaires et ceux à faible niveau technologique et à bas salaire.
Cette croissance ne profite, par ailleurs, que très partiellement aux Irlandais. Les emplois créés par les multinationales sont souvent, et c'est logique, des emplois pour des expatriés. Alors que ces entreprises créent des emplois à Dublin, les jeunes Irlandais, eux, continuent à émigrer.
Le miracle de l'emploi irlandais existe-t-il ?
Depuis 2012, le nombre de personnes employées a progressé de 135.000 personnes. Beaucoup ont trouvé un emploi dans l'industrie, les services à l'export ou la pharmacie. Mais il y a beaucoup d'emplois temporaires et précaires. Surtout, il existe encore 82.000 personnes employés dans le cadre d'emplois subventionnés par le gouvernement.
La croissance irlandaise n'est pas pour vous le fruit des « réformes structurelles » imposées par la troïka ?
La logique de la troïka était de dire qu'il fallait réaliser une politique d'offre, par des réformes structurelles, par des privatisations, par le désengagement de l'Etat. Ces mesures auraient dû ramener la croissance. Rien de tout cela n'a réellement été fait en Irlande. Si l'on observe réellement la politique qui a été menée, on constate que, si les dépenses et les investissements publics ont été réduits, le salaire minimum a été relevé et le marché du travail a été davantage régulé. On est allé en Irlande dans un sens contraire à ce qu'a proposé la troïka, et la forte croissance s'appuie sur la création d'emplois à salaires élevés. Bref, la reprise ne doit vraiment pas grand-chose à la troïka.
Vous insistez également sur l'importance de l'Etat dans l'attractivité irlandaise pour les multinationales...
C'est un élément clé de la réussite irlandaise. L'Etat joue un rôle déterminant dans la recherche des entreprises qui viennent s'installer en Irlande. Deux agences d'Etat, l'Enterprise Ireland et l'Industrial & Development Agency (IDA), ont joué un rôle décisif pour l'attractivité du pays, particulièrement en étant capable de repérer les tendances montantes et les entreprises clés de ces secteurs pour, ensuite, les aider à s'installer dans le pays. L'argent investi dans ces agences est de l'argent public fort bien dépensé. Ces deux agences, constituées de fonctionnaires, sont à l'origine des « clusters », ces ensembles d'entreprises regroupés par secteur, qui est une des clés du succès irlandais. Ils ont joué un rôle essentiel dans le modèle économique irlandais. Grâce à leur travail, l'Irlande a pu saisir les opportunités au fil de l'évolution des technologies, ce que d'autres pays, comme la Finlande, par exemple, n'ont pas su faire. Ce sont ces deux agences qui ont contribué à la reprise, parce que, grâce à elles, les secteurs dominés par les multinationales en Irlande ont traversé la crise sans vrai dommage.
Moins qu'une crise de compétitivité, la crise irlandaise était donc une crise bancaire, avant tout ?
C'était une crise bancaire, mais aussi la crise d'un modèle politique fondé sur les baisses d'impôts. Une fois la récession arrivée, le budget de l'Etat n'a pas été en mesure de faire face aux baisses des recettes fiscales et il a fallu relever fortement les taxes. Mais il ne faut pas s'y tromper : l'austérité budgétaire n'avait pour seul but que de maintenir l'Irlande dans la zone euro. Cela n'avait rien à voir avec le secteur privé et l'économie nationale.
L'Irlande est en pleine campagne électorale. Que vous inspire les programmes des différents partis ?
Ce qui est frappant, outre le discours du parti du Premier ministre sortant sur la reprise, c'est que les politiciens n'ont pas retenu la leçon des années d'avant la crise. Ils proposent toujours des baisses d'impôts, comme si l'Irlande pouvait vivre avec des impôts à l'américaine et des services publics à l'européenne. Je crois que les électeurs irlandais sont désormais prêts à comprendre qu'il faut payer davantage d'impôts pour financer des services publics dont le pays a réellement besoin. D'ailleurs, ces services publics font partie de la compétitivité du pays et sont essentiels pour que les multinationales et leurs employés demeurent à long terme dans le pays. Il est fâcheux que le Fine Gael [le parti conservateur du premier ministre, Ndlr] continue à privilégier ces baisses d'impôts pour plaire à son électorat aisé. Or, le manque d'investissement public est un danger pour l'économie irlandaise.

Dans "La Tribune" du 18 02 16 Article intitulé : La zone euro dégage un excédent commercial record

" La balance des paiements courants (échange de biens et de services) a été excédentaire à hauteur de 314 milliards d'euros en 2015, selon la BCE. L'Allemagne y contribue largement
Jamais la zone euro n'avait dégagé un tel excédent de sa balance des paiements courants (échange de biens et de services avec le reste du monde). En 2015, il a atteint 314 milliards d'euros, soit 3% du PIB de la zone euro. En 2014, l'excédent n'était "que" de 2,4% du PIB.
 "L'accroissement de l'excédent des transactions courantes s'explique essentiellement par une hausse de l'excédent sur les biens (de 251,5 milliards d'euros à 320,1 milliards)" explique la BCE. Plus concrètement, c'est l'Allemagne qui est largement à l'origine de cet excédent. Les exportations allemandes de biens hors zone euro ont atteint 761 milliards d'euros, en hausse de 5,6%, alors que les importations ont progressé moins vite (+3,5%), atteignant 521,5 milliards. D'où un excédent commercial allemand record  de 239,5 milliards d'euros avec le reste du monde, hors zone euro. Au total -y compris les services-  la balance courante allemande dégage un excédent proche de 8% du PIB! Bravo à l'allemagne qui a planté l'Europe.
Sanctions européennes
En théorie, au delà de 7% d'excédent, la commission européenne devrait sanctionner l'Allemagne pour déséquilibre. Mais aucune procédure n'a été ouverte...

 

Dans "Le Figaro" du 16 février 2016 : Brexit: Beaucoup dedemandes britanniques sont "justifiées" (Merkel) Quel désaveu pour les autres politicards collabos... La Grande-Bretagne montre encore une fois que la voie de la collaboration n'est pas la bonne avec l'allemagne politique. Ah si la France cessait de se courber et de collaborer......L'histoire se répète. Quel dommage que Tsipras ait cédé devant les mensonges allemands.

" La chancelière allemande, Angela Merkel, a jugé mercredi, à la veille d'un sommet européen crucial pour l'avenir du Royaume-Uni dans l'Union européenne, que de nombreuses demandes de réformes réclamées par Londres étaient "justifiées". Comment imaginer une Europe sans un des seuls Etats ayant refusé la collabo à la française sous le couvert de sa police et gendarmerie zélées.  Police et gendarmerie qui tirent encore aujourd'hui sur des jeunes désarmés sur un simple ordre et brutalisent des migrants et les Familles manifestantes avec enfants. Hier, les Juifs, les Tziganes et autres , aujourd'hui les migrants économiques de l'europe allemande, comme quoi ...... Il est vrai qu'on ne peut faire aucun lien puisqu'il n'y a pas eu de déportation...hormis les raccompagnements musclés de pauvres bougres. Admirez les vidéos You tube pour celles et ceux qui croient que je délire.

Un exemple :


"Il ne s'agit pas juste des intérêts particuliers des Britanniques, sur certaines choses, certaines questions, bien au contraire. De nombreux points sont justifiés et compréhensibles", a-t-elle dit devant le Bundestag dans un discours présentant la position allemande avant le sommet de jeudi et vendredi. Savourez l'allemagne à genoux, elle qui a mis à genoux les politiques et paupérisé l'ensemble des Peuples européens. 
Même sur la question sensible de la limitation des prestations sociales pour les ressortissants d'autres pays de l'UE, Mme Merkel a apporté son soutien au Premier ministre britannique, David Cameron. Le comble. Cela dit, je ne peux que souhaiter que le Royaume-Uni sonne la fin de l'europe allemande. Churchill avait raison.
"Ces demandes sont aussi compréhensibles et justifiées (...) il est évident que chaque pays membre doit pouvoir protéger son système social contre les abus", a-t-elle dit. MDR A genoux la schleu.
"Tout comme David Cameron, je considère aussi comme nécessaire que nous, au sein de L'UE, en fassions plus sur la compétitivité, la transparence et la bureaucratie. L'Allemagne et la Grande-Bretagne partagent ces convictions depuis de nombreuses années Ah oui....A genoux, elle est", a-t-elle souligné.
Selon elle, le gouvernement allemand fera tout ce qui est en son pouvoir pour que, "au final, ce ne soit pas seulement la Grande-Bretagne qui profite mais aussi l'Allemagne et toute l'Europe".  Pourquoi se singulariser avec la Grande-Bretagne de l'Europe ?
"C'est dans notre intérêt que la Grande-Bretagne soit un membre fort dans une Europe forte", a insisté la chancelière.
M. Cameron a promis un référendum sur le maintien ou non de son pays dans l'UE. Il espère arracher un compromis lors d'un sommet des 28 chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE jeudi et vendredi à Bruxelles, ce qui lui permettrait d'organiser cette consultation dès le mois de juin.
Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a présenté le 2 février un pré-accord pour répondre aux revendications britanniques et éviter un "Brexit", mais de l'immigration à la souveraineté politique, en passant par la gouvernance économique, les pommes de discorde restent nombreuses."

Jean-Christophe De Wasseige dans "Trends Tendances" du 17 février 2016 : Royaume-Uni et Europe, retour sur une longue et houleuse relation (graphique)

" La dernière ligne droite des négociations pour éviter un 'Brexit', c'est pour ces jeudi et vendredi, lors d'un sommet européen crucial. On savait que les Anglais avaient un rapport ambigu à l'Europe, mais là, c'est le destin du continent qui est en jeu... Flash-back.

Le Royaume-Uni et l'Europe, une histoire mouvementée.

Le Royaume-Uni et l'Europe, une histoire mouvementée. © DR


En janvier 2013, David Cameron créait la stupeur. Il annonçait son intention de renégocier la place du Royaume-Uni dans l'Union européenne puis, sur cette base, de demander aux Britanniques s'ils veulent rester ou non dans l'UE. On savait que les Anglais avaient un rapport ambigu à l'Europe, qu'ils freinaient l'exercice de compétences en commun, qu'ils se méfiaient de l'union politique ou encore qu'ils raillaient l'euro. Mais là, c'était jouer avec le destin du continent (même si un précédent existe : un premier référendum en 1975).
Pourquoi ? Parce que la crise de l'euro a poussé les 19 pays de la zone vers plus d'intégration et que Londres aurait préféré qu'on approfondisse le marché unique. Parce que la crise financière a mené à plus de régulation et que la City n'adore pas cet exercice. Parce que l'immigration intra- et extra-européenne a considérablement enflé ces dernières années et que le Royaume-Uni veut y mettre un frein. Et enfin, parce que les europhobes du parti UKIP et les eurosceptiques d'une frange du parti conservateur plaident pour retrouver plus de souveraineté. Le 2 février, cette affaire du Brexit (British exit) a connu un nouveau développement. Le locataire du 10 Downing Street est parvenu à ficeler un compromis avec le président du Conseil Donald Tusk et avec des émissaires français et allemands. Il a reçu des réponses aux quatre points - très terre à terre - qu'il demandait. Un : un mécanisme va être trouvé pour que les neuf pays non-membres de l'euro puissent être mis au courant des décisions en matière économique et bancaire des 19 pays de l'eurozone. Deux : un effort va être mené pour réduire les charges réglementaires sur les entreprises. Trois : les parlements nationaux pourront contrecarrer un projet législatif de la Commission européenne, si leur poids atteint 55 % dans l'UE. Et quatre : malgré les principes d'égalité et de libre-circulation des personnes, un pays pourra limiter ses aides sociales aux immigrés intra-européens s'il fait face à un afflux " exceptionnel".
Conclusion ? L'UE se dote d'un bricolage de plus ; les 28 sont invités à adopter ce compromis lors du sommet des 18 et 19 février ; le référendum britannique est programmé pour la fin juin ; David Cameron va faire campagne en faveur de l'adhésion et les europhobes anglais vont moquer ce texte comme étant une Cam's Scam, " une arnaque de Cameron". Quant à l'Europe, elle joue sa survie sur un autre problème : la crise des migrants et le retour des frontières. Shakespearien ? Yes indeed !

Souvenez-vous :

EUROPE

AVERTISSEMENT : CET ARTICLE N'EST PAS A LIRE SI VOUS DESIREZ RESTER DANS L'IMAGE "WALT DISNEY" DE L'EUROPE POLITIQUE

Dans " La tribune" du 9 octobre 2014                                                                                                                              Article intitulé : La nouvelle leçon de stratégie du "Professeur" Juncker


" On peut aimer ou non Jean-Claude Juncker, mais il faut lui reconnaître une qualité: il assume.  Au moment de présenter son équipe mercredi 10 septembre, il a osé lâcher que Frans Timmermans, le vice-président néerlandais de la Commission, serait sa doublure lorsqu'il serait lui-même « physiquement ou mentalement absent ». Une allusion à peine cachée à son penchant pour l'alcool, qui a jeté un trouble et fait fuser les rires dans la salle de presse.
Quel meilleur moyen de faire taire les médisants que d'assumer ses faiblesses ? Dans le passé, il avait déjà reconnu que le mensonge était parfois nécessaire en politique, que la diplomatie efficace exigeait le secret. La semaine dernière, un confrère lui a posé la question que tout le monde avait sur les lèvres : fallait-il voir une stratégie délibérée dans la nomination de commissaires « à contre-emploi » ?
Un Britannique, Lord Hill, aux services financiers, alors que Londres a bruyamment pesté dans le passé contre l'entreprise de réglementation menée par le commissaire Michel Barnier.
Moscovici flanqué de deux gendarmes
Un Français, Pierre Moscovici*, aux affaires économiques, alors que les finances publiques françaises sombrent dans le rouge, une Roumaine, Corina Cretu, à la politique régionale, alors que Bucarest est régulièrement épinglée pour sa mauvaise utilisation des fonds européens. Un Grec, Dimitris Avramopoulos, à l'immigration, alors la gestion du flux de migrants par Athènes est un cauchemar. Ou un Chypriote, Christos Styliandès, à la gestion de crise et à l'aide humanitaire.
En son temps, François Mitterrand avait créé un effet comique sans précédent, en nommant dans le premier gouvernement Mauroy Creysson à l'Agriculture, Defferre à la Défense, Le Pensec à la Mer et Delors aux Finances... le Luxembourgeois joue plutôt sur le mode ironique. Plutôt que de contre-emploi, il faudrait parler dans ce cas d'une volonté délibérée de mêler le national et l'européen, et de prendre l'opinion à témoin de la loyauté des nouveaux commissaires. Imaginez plutôt le traitement qui sera réservé à Lord Hill s'il hésite à défendre le plafonnement des bonus voté cette année par le Parlement et attaqué par son pays devant la Cour de Justice ! Le Britannique se prépare à de grands moments de solitude.
La subtile géométrie inventée par Juncker ne s'arrête pas là. En créant des postes de vice-présidents chargés de coordonner des « équipes de projet », le Luxembourgeois a disposé dans son système des cordes de rappel politique qui vont lui éviter d'avoir lui-même à rappeler à l'ordre tel ou tel commissaire. Le cas de Pierre Moscovici est éclairant.
Le commissaire français travaillera avec deux vice-présidents : le Finlandais Jyriki Katainen et le Letton Valdis Dombrovskis.
« Aléa moral »

En charge de l'emploi, de la croissance et de la compétitivité, Katainen, qui a été ministre des Finances puis Premier ministre entre 2007 et 2014, s'est avéré l'un des défenseurs les plus durs de l'orthodoxie budgétaire et l'un des plus prompts à souligner l'« aléa moral » qui résultait de la création d'un fonds de sauvetage des États de la zone euro. Le moins que l'on puisse dire est qu'il n'est pas une colombe.
De l'autre côté, Dombrovskis, responsable de l'euro et du dialogue social, a infligé, en tant que Premier ministre, une cure d'austérité sans pitié à son pays. Les portefeuilles de ces deux vice-présidents ne se recoupaient-ils pas ? ont interrogé les experts. Comment, en effet, réparer la zone euro - le boulot du Letton - sans travailler sur la compétitivité - celui du Finlandais ? La vérité est qu'ils se recoupent et que leur zone d'intersection porte un nom : Moscovici, lequel se voit en pratique flanqué de deux gendarmes.
Mais - chut ! - il ne faut pas le dire.

Souvenez-vous :

Jean-Claude Juncker

Extrait article-ci-dessous : "Autrement dit, les chefs d'États et de gouvernements doivent trouver un président de la Commission qui soit assez docile pour sanctionner leurs choix de commissaires. La meilleure façon d'en obtenir un, c'est de faire en sorte que sa nomination ne dépende pas du parlement, mais bien du conseil. Bref, on le voit, le ver était dans le fruit et la « démocratie européenne » était déjà agonisante dans ses langes. Tout se passe comme si la chancelière avait utilisé le malheureux Jean-Claude Juncker comme « l'idiot utile » de la démocratie européenne."

Romaric Godin dans "La Tribune" du 28 mai 2014
Article intitulé
: Commission européenne : retour aux vieilles recettes pour choisir le président

" Le Conseil européen a donc décidé de botter en touche et d'apporter un démenti cinglant à toute la propagande électorale des « Spitzenkendidaten » (terme allemand adopté à Bruxelles pour désigner les candidats désignés par les partis européens) et à celle du parlement européen. Non, l'UE n'est pas une démocratie parlementaire et le candidat arrivé en tête n'est pas automatiquement celui qui sera soumis aux votes du nouveau parlement pour devenir président de la Commission européenne. Tout est clairement dit. Qui peut encore croire en l'Europe de la Paix bâtie par les politicards actuels ? Pour ceux qui en doutent, voir les articles qui suivent. Mardi soir, les chefs d'Etats et de gouvernements ont donc décidé de prendre leur temps et ont confié à Herman van Rompuy, le président du Conseil européen, le soin de « trouver des candidats. »
Pied de nez aux électeurs
C'est un joli pied de nez au slogan officiel de ces élections européennes 2014 : « Cette fois, c'est différent ! » Car en demandant au responsable belge amateur de haïkus de « trouver » des candidats, le Conseil rejette d'un revers de main les six candidats qui ont été mis à leur disposition par les partis européens, et, donc, du moins en théorie, par les électeurs. C'est donc affirmer sa puissance et son pouvoir suprême et rappeler que la nécessité nouvelle d'obtenir la majorité absolue des députés pour le président de la Commission ne change rien à ce fait. Car les monarques de jadis le savaient bien : faire attendre dans une antichambre, c'est faire sentir à celui qui attend toute l'étendue de son pouvoir. Bref, c'est bien le Conseil qui décide.
La force institutionnelle du Conseil
Le traité de Lisbonne dont on a tant vanté les vertus durant cette campagne confirme du reste cette puissance. Non seulement le parlement ne peut choisir lui-même un candidat à la présidence de la Commission, qui doit lui être soumis par le Conseil, mais c'est aussi le Conseil qui, ensuite, doit désigner avec le président de la Commission les commissaires, lesquels ne seront que validés en bloc par le parlement. Autrement dit, les chefs d'États et de gouvernements doivent trouver un président de la Commission qui soit assez docile pour sanctionner leurs choix de commissaires. La meilleure façon d'en obtenir un, c'est de faire en sorte que sa nomination ne dépende pas du parlement, mais bien du conseil. Bref, on le voit, le ver était dans le fruit et la « démocratie européenne » était déjà agonisante dans ses langes. Tout se passe comme si la chancelière avait utilisé le malheureux Jean-Claude Juncker comme « l'idiot utile » de la démocratie européenne. Sun Tzu ou Clausewitz ? Sur ce coup, le gagnant est Sun Tzu. On se souvient qu'en début d'année, elle rechignait à suivre les pas des socialistes et à nommer un Spitzenkandidat. Mais débordée par la demande et menacée par la candidature d'un Michel Barnier assez incontrôlable, elle s'est résolue le 8 mars à Dublin à adouber le Luxembourgeois. Angela Merkel est trop intelligente pour ne pas s'être rendu compte que cette candidature était peu enthousiasmante. Elle aurait pu la désirer précisément pour cette raison. Car, il faut bien l'avouer, on a peine à croire qu'il existe une levée de boucliers des parlementaires européens et des opinions publiques pour défendre l'ancien chef du gouvernement grand-ducal. Malgré les indignations et les soutiens de principe, il y a fort à parier que socialistes et conservateurs pourraient accepter de le sacrifier pour une personne plus « consensuelle. » Dans ce cas, le nouveau président de la commission devra sa nomination au Conseil et à Angela Merkel en particulier. Il sera docile.
Il ne faut cependant pas croire que la candidature de Jean-Claude Juncker soit totalement écartée. Bien au contraire. Mais en lui faisant faire antichambre. En affirmant d'emblée que sa nomination n'est pas naturelle, on s'assure là aussi de sa docilité face au Conseil en lui rappelant de qui il va tenir son poste. Non pas de sa majorité parlementaire, mais bien des chefs d'Etats et de gouvernements. Les élus européens s'opposeront-ils aux consignes nationales venus des chefs de gouvernement ? C'est peu crédible. Et s'ils le font et que le Conseil leur soumette un autre candidat de consensus ? Bloqueront-ils les institutions ad aeternam pour sauver l'honneur de Jean-Claude Juncker ? C'est peu probable. Trois jours après le vote, la réalité a rattrapé la fiction démocratique : c'est bien le Conseil qui décide. Cette fois encore, ce ne sera pas différent…

Souvenez-vous :

Pierre Moscovici

Extrait article-ci-dessous : "Pierre Moscovici ENA naturellement, alors ministre délégué aux Affaires européennes, avait traité les petits pays avec une morgue incroyable, coupant la parole aux uns, leur demandant d’abréger leur discours, exigeant que le représentant de la Belgique se taise." 

Marie-Françoise Bechtel, ancienne directrice de l'ENA rien n'est perdu, propos recueillis par Propos recueillis par Bertrand Rothé pour Marianne, repris par Olivier Berruyer, dans "Les Crises.fr/Marianne/Expansion" du 22 janvier 2014
Article intitulé :[Reprise] Les élites françaises ont honte de la France Je pense que le mot "élite" est très mal choisi car en fait d'"élites", c'est trop souvent la consanguinité de l'idiotie" intéressée" et recherchant une protection contre les effets de leurs propres tares. Que deviendraient ces idiots sans ce principe de protection..... Que de dégats! Quelle arrogance! Cela dit, l'arrogance n'est-elle pas une des spécificités de l'idiotie ?

" J’allais préparer des miscellanées quand je suis tombé sur ce lien dans un commentaire. Au vu de l’analyse remarquable de cette députée PS (qui tranche tellement avec les 80 % de députés qui relèvent clairement du tiers-monde intellectuel), il (Olivier Berruyer) m’a semblé plus important de le partager avec vous… (NB. Comme elle appartient au MDC de Chevènement, elle fait quelques appels du pied dans l’interview) L’ancienne directrice de l’ENA, députée de l’Aisne apparentée au groupe socialiste, livre ici un regard très critique sur le rapport des classes dirigeantes françaises à notre nation. De sa fréquentation des politiques à celle des élèves des grandes écoles, Marie-Françoise Bechtel a rapporté de nombreuses anecdotes édifiantes. Marianne : Vous venez d’affirmer dans un entretien publié dans l’Expansion que «la spécificité française tient surtout à la détestation des élites envers la nation». Pouvez-vous préciser cette pensée et la justifier par quelques exemples ? Marie-Françoise Bechtel : C’est une idée qui me poursuit depuis assez longtemps. Je me souviens l’avoir soutenue pour la première fois dans un entretien accordé à Joseph Macé-Scaron dans le Figaro fin 2000. Je lui avais dit que j’étais très frappée de voir à quel point les élites britanniques étaient fières de leur nation. En France, il suffit d'écouter les qualificatifs employés par les présidents concernant les Français pour avoir une idée du dédain, dédain en dehors des périodes électorales. Cela dit, la Liberté de l'Europe est Britannique avant tout, sans oublier l'importance des Résistants et notamment Français. Aujourd’hui, pour moi, c’est plus que jamais un constat absolu et évident. Les élites françaises ont honte de la France, ce qui n’empêche qu’elles peuvent avoir un comportement extrêmement arrogant, même si cela peut paraître paradoxal. Je cite souvent l’exemple de Jean-Marie Messier. Ce pur produit des élites françaises avait qualifié les Etats-Unis de «vraie patrie des hommes d’affaires», et ce, juste avant de s’y installer. Ici, le propos est chimiquement pur. Toutes les élites ne sont pas aussi claires, mais beaucoup n’en pensent pas moins. Ça ne fait qu’un exemple ! M.-F.B. : Je peux vous en trouver des dizaines. Prenons celui des grands patrons dont les groupes investissent à l’étranger et qui se soustraient au versement de leurs impôts en France. Vous ne pouvez pas dire que ce sont des comportements patriotiques… Total ne paie quasiment pas d’impôts en France. Bien sûr, à l’étranger, nombreux sont les groupes qui ont les mêmes comportements, mais ils savent être présents quand leur pays a besoin d’eux. Regardez aussi la façon dont on traite les commémorations de la guerre de 1914-1918 : les élites, dont le PS, incriminent les nations. On oublie que les peuples ne voulaient pas la guerre, et que c’est le déni de la nation qui nous entraîne aujourd’hui dans une Europe qui ne cesse de faire monter l’extrême droite. Autre exemple qui m’a été raconté de première main et qui illustre ce mélange de déni et d’arrogance. Dans les négociations européennes de 1997 à 1999, en vue de la conclusion du traité de Nice, Pierre Moscovici ENA naturellement, alors ministre délégué aux Affaires européennes, avait traité les petits pays avec une morgue incroyable, coupant la parole aux uns, leur demandant d’abréger leur discours, exigeant que le représentant de la Belgique se taise. Cette "élite" devrait se souvenir de ce qu'ont fait les Peuples Belges lors des guerres alors que les "élites" françaises (je ne parle pas des Peuples Français), avaient baissé leur froque comme des lâches qu'ils sont. Etant Belge, pour nous ce n'est pas grave car les politiques français sont considérés comme des cons, arrogants et collabos. Ayant beaucoup voyagé, cette vision est assez partagée au niveau mondial. Parlez de la france en Australie, Nouvelle Zélande etc.... Dans les instances bruxelloises, les politiques français sont appelé les "guignols de la parade" et font salle comble lorsque les fonctionnaires européens veulent décompresser en rigolant un peu.  L'autre bon mot "européen" lorsqu'il y a un politique français dans les négociation n'est-il pas : "Longe le mur, c'est un français" ? En France, ils paradent, à Bruxelles, ils font rire. En fait d'élite..... C’est ce même Pierre Moscovici, toute son action le démontre, qui est persuadé que la nation française a disparu, que nous sommes devenus une région de la grande nébuleuse libérale et atlantisée.
Mais il est intéressant aussi de se demander quand ce mépris de la nation a commencé à se développer chez nos élites. Je pense qu’une réponse se trouve dans les écrits de Jean-Pierre Chevènement. Il a pour la première fois, me semble-t-il, abordé cette question dans la République contre les bien-pensants, dans les années 90, il l’a ensuite développée dans La France est-elle finie ? En substance, il démontre que cette haine de la France et du peuple date de l’immédiat après-guerre, et je partage cette idée. Je pense que les élites ont trahi le peuple, qu’elles se sont compromises avec le régime de Vichy et qu’elles portent sur leur dos la défaite de 1939, «l’étrange défaite». C’est à ce moment-là que tout se joue. J’ai recueilli à travers des entretiens qui vont d’ailleurs être prochainement publiés les souvenirs du dernier membre vivant du CNR, Robert Chambeiron. Il explique avec beaucoup de précision l’état des partis politiques en 1940. La situation était catastrophique ! Ils n’ont plus aucune légitimité. Robert Chambeiron raconte ce discrédit et la façon dont peu à peu les principaux partis se sont reconstitués en admettant la nécessité d’une union nationale. Il raconte le premier entretien dans une pissotière entre Daniel Mayer, qui représente la SFIO, et l’envoyé du PC. L’entrée en matière est violente. Le premier envoie à l’autre les accords Molotov-Ribbentrop, l’alliance entre Staline et Hitler. Le communiste s’offusque et lui répond : «Comment pouvez-vous nous faire la morale après Munich ?» Tout le monde s’était déballonné devant Hitler. La chance des partis, il faut bien le dire, ça a été les Etats-Unis, les Britanniques et les résistants. Les Américains se méfiaient de De Gaulle, ils voulaient s’assurer du soutien des partis et des syndicats. C’est Washington qui les a réellement remis en selle.
Aucune partie de nos élites ne trouve grâce à vos yeux  M.-F.B. : Je n’ai aucune admiration pour la grande majorité des élites économiques, mais je pense qu’il y a des exceptions. Ainsi, par exemple, Jean-Louis Beffa, l’ancien patron de Saint-Gobain, me semble avoir encore une conscience nationale. En revanche, ce n’est pas du côté des banques qu’il faut chercher. L’épargne française est énorme, 17 % du revenu… Qu’en font-elles ? Rien, ou plutôt rien d’utile à notre pays. Quant aux élites politiques, je les fréquente au quotidien, ils sont atteints d’un double syndrome : d’une part, ce que mon ami Sami Naïr appelle le «bonisme», c’est-à-dire la bien-pensance vertueuse.
Et les hauts fonctionnaires ? En tant qu’ancienne directrice de l’ENA et en tant que conseillère d’Etat, vous en avez beaucoup côtoyé… M.-F.B. : Généralement, ils partagent l’idéal européiste angélique et vertueux. Ils ont tous appris que «l’Europe est notre avenir». Sur ce sujet, leur esprit critique est assez peu développé. Ils pensent tous que la France est une affaire dépassée. Mais il faut se méfier des amalgames. Dans cet univers, il y a d’abord et surtout Bercy. Le gros morceau, c’est le couple Trésor-Budget. C’est là où tout se joue, tout se décide. C’est impressionnant, le pouvoir qu’ils ont, et je pèse mes mots. Laisser faire Bercy, c’est une grave erreur. D’abord, ces messieurs se méfient des politiques. Ils font bloc. Souvenez-vous le principe français : "L’administration des choses remplacera le gouvernement des hommes" Comte de Saint-Simon......et l'administration étant dépendante des politiques, les autorités de supervision des politiques (Challenges du 7/10/13, Jean-Michel Naulot de l'AMF), la comptabilité des politiques (Les Echos 15/10/13, Monsieur Claude Lopater démissionnaire de l'Autorité des normes comptables), le juridique des politiques selon les déclarations (entre autres) de Jean-Louis Nadal ex-président de la Cour de cassation et la reconnaissance du procureur André Ribes dans "Le Monde 19 octobre 2013" des manipulation de jugement (eh oui!) et les politiques des lobbyies... J’ai été membre de la mission d’enquête sur l’affaire Cahuzac, eh bien, nous n’avons rien obtenu des directeurs ou responsables de ces deux administrations. Rien. Aucune réponse ! Blanc ! C’était impressionnant. Mais il y a en même temps des différences entre les deux. Les gens du Trésor sont toute la journée dans l’avion, un jour à Singapour, le lendemain à New York, pour placer l’argent public. Ils pensent en anglais. Au bout d’un certain temps, ils ne connaissent plus la France, c’est juste leur employeur. L’autre administration de Bercy qui compte, c’est le Budget, et cette direction serait plutôt gangrenée par l’idéologie allemande, si j’ose dire. Elle est devenue obsédée par l’équilibre budgétaire. En dehors de ces deux administrations, certaines se tiennent encore bien. Je pense d’abord à mon corps d’origine, le Conseil d’Etat. La plus haute juridiction administrative française a longtemps résisté aux dérives européennes. MDR. Le Conseil d'Etat est des plus attaqués sur ses liens avec les politiques. Comme bande de copains....Un salut particulier à Emmanuel Piwnica, "glorieux" avocat au conseil d'état que j'ai viré Mais vous avez une responsabilité dans cette histoire puisque vous avez sélectionné les élites et vous les avez formées lorsque vous étiez à l’ENA ! M.-F.B. : Il y a deux choses que je dois d’abord préciser. En tant que directeur de l’ENA, vous ne formez personne, ce sont les grandes administrations qui désignent les enseignants dans l’école. En revanche, c’est moi qui proposais au ministre les membres du jury, et j’avais d’ailleurs à l’époque choisi un journaliste de Marianne. Notre regretté Philippe Cohen avait ainsi participé à la sélection des futurs hauts fonctionnaires. Le deuxième élément que le grand public ignore souvent, c’est que l’ENA fonctionne comme une école d’application de Sciences-Po. Car, ne nous trompons pas, c’est Sciences-Po, la grande école. C’est là que les étudiants sont formés, voire déformés. Or Sciences-Po est devenue «l’école du marché», selon les termes mêmes de Richard Descoings, qui a reformaté cette école. Cet homme, à la fois très intelligent et très dangereux, était persuadé que le marché était la loi et que la loi était le marché. Il n’avait d’ailleurs pas vu venir la crise. Mais il a légué à cette école un formatage sans précédent. La victoire du marché se mesure aussi parce qu’il y a de plus en plus d’élèves d’écoles de commerce, notamment de HEC, qui entrent à l’ENA, tout ce petit monde jurant, la main sur la poitrine, que depuis sa plus tendre enfance il rêve de servir l’Etat. La conséquence est dramatique, ils récitent des discours appris. Je me souviens que de nombreux membres du jury m’ont dit que ces étudiants étaient tellement formatés que c’était difficile, voire impossible de les choisir, et encore moins de les classer. Et quand ils sont choisis, je me suis aperçue que je ne pouvais plus grand-chose pour des gens aussi – comment dire ? – fermés sur des certitudes, aggravées par le manque de culture.
Bio express : Marie-Françoise Bechtel fut directrice de l’ENA de 2000 à 2002. Elle est vice-présidente de la commission des Lois de l’Assemblée nationale. Mais elle est aussi un exemple de l’efficacité du système scolaire républicain. Fille d’instituteurs, elle est agrégée de philosophie et conseillère d’Etat.

Souvenez-vous : L’ENA, dont la nouvelle directrice, Nathalie Loiseau écrivait dans Le Figaro du 25 juin 2013  « La promotion Voltaire, avec ses personnalités connues (Hollande, Royal, de Villepin, Donnedieu de Vabres, Jouyet, Sapin, ndlr) a donné une fausse image de l’ENA. A l’image du feuilleton «L’école du pouvoir». Tout est dit.


A LIRE TOUT SIPLEMENT

William Blum dans "Les Crises" du 14 février 2016 : Le Rapport Anti-Empire N°140 Par William Blum

" Le Moyen-Orient vous déconcerte ? Voici quelques choses à savoir. (Mais vous serez probablement encore déconcertés.)
    •    Les É-U, la France, l’Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar, et les monarchies du Golfe ont tous, dans un passé récent, soutenu al-Qaïda et/ou l’État islamique (Daech) avec des armes, des financements et/ou de la main-d’œuvre.
    •    Cela a commencé en 1979, quand les États-Unis ont démarré des opérations secrètes en Afghanistan, six mois avant l’arrivée des Russes, avec un soutien au fondamentalisme islamique à travers le sud de l’Union Soviétique contre “le communisme impie”. Tout le bordel al-Qaïda/Taliban s’en est suivi.
    •    En plus de l’Afghanistan, les É-U ont soutenu des militants islamistes en Bosnie, au Kosovo, en Libye, dans le Caucase et en Syrie.
    •    Les É-U ont renversé les gouvernements laïques de l’Afghanistan, de l’Irak et de la Libye et essayent de faire de même en Syrie, donnant du même coup un grand élan à la montée de Daech. En mars dernier, Barack Obama a déclaré : “Daech est une excroissance directe d’al-Qaïda en Irak qui s’est développée à la suite de notre invasion. Ce qui est un exemple de conséquences imprévues. C’est pourquoi nous devrions généralement viser avant de tirer.” [1]
    •    Plus d’un million de réfugiés de ces guerres générées par Washington sont en ce moment même en train de submerger l’Europe et l’Afrique du Nord. Dieu bénisse l’exceptionnalisme américain.
    •    Les Irakiens, Syriens et Kurdes turcs se sont tous battus contre Daech, mais la Turquie – un allié proche des É-U et un membre de l’OTAN – s’est battu contre chacun d’entre eux.
    •    D’une façon ou d’une autre, la Russie, l’Iran, l’Irak et des factions libanaises ont tous soutenu le gouvernement syrien dans la bataille de Damas contre Daech et d’autres groupes terroristes, y compris les (très acclamés mais rarement vus) “modérés”. En conséquence, ces quatre pays ont tous été vertement critiqués par Washington.
    •    Les États-Unis ont bombardé Daech, mais ont profité de l’occasion pour endommager les infrastructures et la production de pétrole de l’État syrien.
    •    La Russie a bombardé Daech en Syrie, mais a profité de l’occasion pour attaquer les autres ennemis de la Syrie.
    •    Les médias grand public ne mentionnent quasiment jamais les pipelines de gaz naturel proposés par le Qatar – dont le tracé vers l’Europe est bloqué depuis des années par la Syrie – comme raison d’une grande part de l’hostilité contre la Syrie. Ces pipelines détrôneraient la Russie comme premier pays fournisseur de gaz en Europe.

    •    En Libye, au début de la guerre civile de 2011, des rebelles anti-Kadhafi, pour nombre d’entre eux affiliés à des milices proches d’al-Qaïda, étaient protégés par les “zones d’exclusion aérienne” de l’OTAN.
    •    La politique des États-Unis en Syrie au cours des années qui ont précédé le soulèvement de 2011 contre le dirigeant syrien Bachar el-Assad, ce qui a déclenché la pagaille actuelle, était prévue pour promouvoir le sectarisme, ce qui a abouti à une guerre civile ayant pour finalité un changement de régime. [2]
    •    Le Secrétaire d’État John Kerry a déclaré, le 22 octobre, que la solution à la guerre civile en Syrie “ne doit pas morceler le pays, qu’il doit rester laïque, et que les Syriens doivent choir leur futur leader” (tout ce qui, en réalité, décrit la Syrie sous Assad). Puis, Kerry a ajouté : “Il y a un obstacle à la mise en place de cet objectif, c’est une personne dénommée Assad, Bachar al Assad.”

Pourquoi le gouvernement des États-Unis voue-t-il une telle haine au président Bachar al-Assad ?
Est-ce parce que, comme on nous le dit, c’est un dictateur sans scrupules ? Mais comment cela pourrait-il être la raison de cette haine ? Il serait difficile de citer une dictature sanguinaire de la seconde moitié du XXe siècle ou du XXIe siècle qui n’ait pas été soutenue par les É-U ; non seulement soutenue, mais, dans de nombreux cas, portée et maintenue au pouvoir à l’encontre des souhaits de la population ; à l’heure actuelle, la liste comprend l’Arabie saoudite, le Honduras, l’Indonésie, l’Egypte, la Colombie, le Qatar et Israël.
Les États-Unis, d’après moi, sont hostiles au gouvernement syrien pour la même raison qu’ils ont été hostiles à Cuba pendant plus d’un demi-siècle ; hostiles au Venezuela au cours de ces 15 dernières années, et avant au Vietnam, au Laos et au Cambodge ; et à la République Dominicaine, à l’Uruguay, et au Chili, et ainsi de suite à travers l’atlas du monde et les livres d’histoire.
Ce que ces gouvernements avaient en commun peut être résumé à un mot – indépendance… indépendance vis-à-vis de la politique étrangère des États-Unis ; refus d’être des clients de Washington ; refus d’être systématiquement hostiles aux “ennemis-officiellement-désignés-de-Washington” ; manque de déférence et de zèle envers le mode de vie capitaliste.

Socialisme démocratique
La candidature de Bernie Sanders, un “socialiste démocratique”, à la présidence des États-Unis a généré dans les médias américains une abondance sans précédent de discussions sur ce qu’est cette chose appelée “socialisme”. L’essentiel de la discussion se concentre sur la question de la propriété et du contrôle étatiques de l’économie, opposés à la propriété et au contrôle privés. Ceci est, bien entendu, une très vieille question ; la base même de la compétition idéologique de la guerre froide.
Ce qui diffère notablement à présent, c’est que plusieurs siècles de libre entreprise débridée ont fini par mettre à nu, dans la douleur, la nature fondamentalement antisociale du capitalisme, forçant bon nombre de ses adeptes, même les plus sincères et engagés, à reconnaître le préjudice inhérent que ce système impose à la vie de tous, à l’exception des plus riches.
Mais quoi que leur dise leur intellect, ces sincères adeptes ont encore beaucoup de difficultés, émotionnellement parlant, à totalement couper le cordon d’avec ce système dans la plus grande foi duquel ils ont été soigneusement élevés. Ainsi, ils peuvent finalement concéder que nous devons éliminer, ou du moins strictement réduire le rôle de la recherche du profit dans le domaine de la santé et de l’éducation et peut-être dans un ou deux autres besoins sociaux indispensables, mais ils insistent pour que le gouvernement tienne ses mains bureaucratiques aussi loin que possible de tout le reste ; ils préfèrent un maximum de décentralisation.
L’alternative la plus communément proposée au contrôle étatique ou privé est le modèle des coopératives détenues par les travailleurs ou des entreprises détenues publiquement et gérées par des représentants des travailleurs et des consommateurs. Sanders a exprimé son soutien aux coopératives détenues par les travailleurs.
Il y a beaucoup à dire sur de tels systèmes, mais le problème, je trouve, est qu’ils fonctionneront toujours dans une société capitaliste, ce qui signifie concurrence, survie des plus forts ; ce qui signifie que si vous ne pouvez pas vendre plus que vos concurrents, si vous ne pouvez pas faire un bénéfice net suffisant sur vos ventes, votre affaire tombera assez probablement en faillite ; et pour éviter un tel sort, vous pouvez, à un certain point, tout à fait être forcés de faire des choses illégales ou immorales contre le public ; ce qui signifie revenir en arrière à la situation présente.
Vous ne pouvez pas suivre les mass-médias sans être confronté quotidiennement à l’histoire répétitive d’une société ou d’une autre essayant d’escroquer le public d’une façon ou d’une autre ; le dernier cas flagrant étant celui du très populaire Volkswagen, dont la manipulation de la mesure d’émissions polluantes des automobiles a été récemment révélée. Le fait que la moitié du conseil de surveillance de l’entreprise – responsable du contrôle de la gestion et de l’approbation des décisions importantes de l’entreprise – consiste en représentants du personnel élus par les salariés n’a pas empêché cette fraude flagrante ; l’entreprise est toujours obligée de s’efforcer de maximiser le bénéfice et la valeur de bourse de la société. C’est la nature du fauve entreprise dans une jungle capitaliste.
C’est seulement en supprimant le mobile du profit qu’on corrigera de tels comportements, et aussi qu’on nous évitera de nous noyer dans une mer de publicités et sous les sonneries de mon téléphone qui appelle plusieurs fois par jour pour me vendre des choses dont je n’ai pas besoin et dont on pourrait même douter qu’elles existent.
Le marché. Comment pouvons-nous déterminer la juste valeur, le juste prix des biens et des services sans “la magie des marchés” ? Prenons une chose que la plupart des gens ont à payer – le loyer. Qui ou quoi a conçu ce système dans lequel, en 2015, 11,8 millions de ménages aux États-Unis payent plus de 50 pour cent de leurs revenus pour avoir un toit sur la tête, alors qu’on considère qu’un loyer n’est abordable que si sa valeur n’excède pas 30 pour cent des revenus. [3] Quel est le sens de tout cela ? Cela cause plus de privation que n’importe quelle autre dépense que les gens doivent assumer ; toutes sortes de besoins importants restent à combler à cause de l’obligation de payer un montant énorme pour le loyer chaque mois ; c’est la cause principale de perte de domicile. Qui en bénéficie à part les propriétaires ? Qu’y a-t-il de magique là-dedans ?
Au-delà de toute autre considération, il y a le changement climatique ; i.e., la survie de la planète, notre qualité de vie. Qu’est-ce qui empêche les corporations de modifier leur comportement afin d’être plus favorables à notre environnement ? C’est bien sûr encore et toujours le bon vieux “bénéfice net”. Que peut-on faire pour convaincre les corporations de se comporter systématiquement comme de bons citoyens ? Rien qui n’a pas déjà été essayé et qui n’a pas déjà échoué. Excepté une chose. Un tabou pour une société capitaliste. La nationalisation. Voilà, je l’ai dit. Maintenant je vais recevoir des lettres qui vont me traiter de “vieux staliniste”.
Mais la nationalisation n’est pas la panacée non plus, du moins pour l’environnement. Voyez la plus grande source à elle seule de dégâts environnementaux au monde : l’armée des États-Unis. Et elle a déjà été nationalisée. Mais en se débarrassant des corporations privées, on freinerait la marche vers l’impérialisme, suffisamment pour qu’en peu de temps la nécessité d’une armée s’évanouisse et que nous puissions vivre comme au Costa Rica. Si vous pensez que cela exposerait les États-Unis au danger d’une attaque, s’il vous plait dites-moi qui attaquerait et pourquoi.
La plupart des Américains, comme les populations des autres pays développés, vénèrent le capitalisme avec lequel ils ont été élevés. Vraiment ? Lisez le chapitre de mon livre l’État Voyou : Un Guide de l’Unique Superpuissance Mondiale” : “Les États-Unis envahissent, bombardent, et tuent au nom de la  libre entreprise mais les Américains y croient-ils réellement ?” Écrits en 2000/2005, les exemples donnés dans ce chapitre peuvent avoir besoin d’une mise à jour, mais les idées exprimées sont plus pertinentes que jamais.
La nationalisation, de pair avec un projet de société, n’exclurait pas des élections bien entendu. Au contraire, nous aurions des élections qui ne seraient pas dirigées par l’argent. Quelle bouffée d’air frais. Le Professeur Cornel West a suggéré qu’il devenait difficile de seulement imaginer à quoi ressemblerait une société démocratique et libre, sans grande concentration de pouvoir corporatif, ou d’imaginer comment elle fonctionnerait.
Qui allez-vous croire ? Dick Cheney ou moi ?
J’ai passé à peu près 30 ans à rassembler les détails des dossiers criminels de la politique étrangère américaine pour en faire des listes concises, et je suis toujours en train de chercher des occasions pour présenter les informations à de nouveaux lecteurs. Le nouveau livre de Dick Cheney et de sa fille idolâtre est tout bonnement l’occasion.
“Nous sommes, c’est une question de fait empirique et d’histoire incontestable, la plus grande force du bien que le monde ait jamais connu. … La sécurité et la liberté de millions de gens autour du globe ont dépendu de la force américaine en termes militaire, économique, politique et diplomatique.” – Dick Cheney et Liz Cheney, “Pourquoi le monde a besoin d’une Amérique puissante”
Bon… Rien à part une transplantation de cerveau et d’âme ne changerait les convictions du Dr Folamour et de sa progéniture méticuleusement conditionnée, mais pour vous tous là-bas qui êtes encore en vie dans un monde de faits, de logique, de droits de l’homme et d’empathie humaine, voici l’arme à utiliser s’il vous arrivait de vous retrouver piégé par l’étreinte de gens comme ces reptiles de Cheney (dont la mère, Lynne, qui a une fois mis en ligne un site web dans l’unique but de nous attaquer, moi-même et sept autres personnes, pour avoir tenu un séminaire le 18 septembre 2001 pendant lequel nous avons parlé de la politique étrangère américaine comme étant la principale provocation de ce qui était arrivé une semaine plus tôt).
Voici les listes :
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont :
    •    Tenté de renverser plus de 50 gouvernements étrangers, dont la plupart étaient élus démocratiquement.
    •    Bombardé la population de plus de 30 pays.
    •    Tenté d’assassiner plus de 50 dirigeants étrangers.
    •    Tenté de réprimer un mouvement populiste ou nationaliste dans 20 pays.
    •    Gravement interféré dans les élections démocratiques d’au moins 30 pays.
    •    De plus… bien que cela ne soit pas facile à quantifier… ont plus trempé dans la pratique de la torture que n’importe quel autre pays au monde… depuis plus d’un siècle… pas seulement en infligeant concrètement la torture, mais en l’enseignant, en fournissant des manuels et des équipements.
Lettre ouverte aux politiciens va-t-en guerre du monde
Jürgen Todenhöfer est journaliste allemand et ancien directeur de média ; de 1972 à 1990 il a été membre du parlement pour les Démocrates Chrétiens (CDU). Il était l’un des plus ardents supporters allemands des moudjahidines soutenus par les É-U et de leur guérilla contre l’intervention soviétique en Afghanistan. A plusieurs reprises, il a voyagé dans les zones de combat au côté des groupes moudjahidines afghans. Après 2001 Todenhöfer est devenu un critique véhément des interventions américaines en Afghanistan et en Irak. Il a publié plusieurs livres sur les visites qu’il a faites dans les zones de guerre. Au cours de ces dernières années, il a interviewé deux fois le président de la Syrie Bachar el-Assad et en 2015 il a été le premier journaliste allemand à séjourner  dans “l’État islamique”.
Chers Présidents et Chefs de gouvernements !
Durant des décennies d’une politique de guerre et d’exploitation, vous avez plongé des millions de gens dans la misère au Moyen-Orient et en Afrique. A cause de vos politiques, des réfugiés ont dû s’enfuir à travers le monde entier. Un réfugié sur trois en Allemagne vient de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan. Un réfugié sur cinq vient d’Afrique.
Vos guerres sont aussi la cause du terrorisme mondial. Au lieu d’une centaine de terroristes internationaux comme il y a 15 ans, nous sommes maintenant face à plus de 100 000 terroristes. Votre cruauté cynique nous frappe maintenant comme un retour de boomerang.
Comme d’habitude, vous n’envisagez même pas de réellement changer votre politique. Vous ne vous préoccupez que des symptômes. La situation sécuritaire devient chaque jour plus dangereuse et plus chaotique. Toujours plus de guerres, plus de vagues de terreur et plus de crises migratoires, voilà ce qui définira l’avenir de notre planète.
Même en Europe, car la guerre frappera un jour à la porte de l’Europe. N’importe quel homme d’affaires qui agirait comme vous serait licencié ou en prison à l’heure qu’il est. Vous êtes de parfaits ratés.
Les populations du Moyen-Orient et d’Afrique, dont vous avez détruit et pillé les pays, et les peuples d’Europe, qui accueillent maintenant les innombrables réfugiés désespérés, doivent payer le prix fort de vos politiques. Mais vous vous en lavez les mains et vous fuyez vos responsabilités. Vous devriez passer en jugement devant la Cour Criminelle Internationale. Et chacun de vos partisans politiques devrait prendre réellement soin d’au moins 100 familles de réfugiés.
En fait, les peuples du monde devraient se lever et entrer en résistance contre vous, bellicistes et exploiteurs que vous êtes. Comme l’a fait une fois Gandhi – dans la non-violence, dans la “résistance passive”. Nous devrions créer des mouvements et des partis. Des mouvements pour la justice et l’humanité. Faire la guerre aux autres pays est tout aussi punissable que le meurtre et l’homicide involontaire dans son propre pays. Et vous qui êtes responsables de la guerre et de l’exploitation des gens, vous devriez aller en enfer pour toujours. Ça suffit ! Allez-vous faire voir ! Sans vous, le monde serait bien meilleur.
– Jürgen Todenhöfer [5]
Plus ça change, plus c’est la même chose [En Français dans le texte, NdT]
Le vote annuel à l’assemblée générale des Nations Unies vient de se tenir sur la résolution suivante : “Nécessité de mettre fin à l’embargo économique, commercial et financier imposé par les États-Unis d’Amérique contre Cuba”.
Cette année enregistre un nouveau record de votes “oui”, avec l’ajout des Iles Marshall et des Palaos (qui jusqu’ici avaient voté “non” ou s’étaient abstenues) et de la Micronésie (qui s’était toujours abstenue). Ces trois pays ont tous établi des relations diplomatiques avec Cuba plus tôt dans l’année, ce que bien sûr les États-Unis ont également fait mais sans que Washington ne change quoi que ce soit à son vote. Voici ce qu’ont donné les votes par le passé (sans inclure les abstentions) :
 
 
Chaque automne, le vote des Nations unies nous rappelle agréablement que le monde n’a pas totalement perdu la tête et que l’empire américain ne contrôle pas complètement l’opinion des autres gouvernements. La vraie raison à l’éternelle hostilité de Washington envers Cuba n’a pas changé depuis la révolution de 1959 – la peur d’un bon exemple ; la peur d’une alternative au modèle capitaliste ; une peur qui s’est confirmée à maintes reprises au fil des années, alors que beaucoup de pays du tiers-monde ont exprimé leur admiration et leur gratitude envers Cuba.
Comment l’embargo a-t-il commencé : le 6 avril 1960, Lester D. Mallory, député américain, Secrétaire d’État adjoint aux affaires inter-américaines, écrivit dans une note interne : “La majorité des Cubains soutiennent Castro… Le seul moyen que l’on peut envisager pour aliéner le soutien intérieur réside dans la désillusion et le mécontentement provoqués par l’insatisfaction économique et la précarité. Tout moyen possible devrait être mis en œuvre rapidement pour affaiblir la vie économique de Cuba.” Mallory proposa “une ligne d’actions qui… réalise les plus grandes attaques en terme de privation d’argent et de fournitures à Cuba, afin de diminuer les salaires nominaux et réels, pour provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement.” [6]
Plus tard cette année-là, l’administration Eisenhower a institué son embargo pour étouffer son éternel ennemi.
Rien de réellement important n’a changé récemment. La prison Guantánamo existe encore dans toute sa splendeur et sa torture impérialistes. Les É-U n’ont pas renoncé à leur politique de “changement de régime” vis à vis de Cuba. Sur les indemnités de compensation dues à Cuba s’élevant à presque mille milliards de dollars, pas un sou n’a été payé. Washington a récemment menacé de revenir sur le statut d’exonération fiscale de IFCO/Pasteurs pour la paix, l’un des groupes partisans de Cuba les plus respectés et expérimentés. Je ne peux toujours pas aller à Cuba en touriste, ni présenter l’un de mes livres à un salon du livre cubain (dont on m’a bloqué l’accès par le passé). Et les États-Unis ne relâchent toujours pas leur emprise mortelle sur l’embargo en continuant , entre autres choses, à interdire la vente de médicaments à Cuba.
Note aux lecteurs
Certains d’entre vous m’ont fait remarquer que “Killing Hope” (Tuer l’espoir) était indisponible en magasins, régulièrement en rupture sur Amazon, et souvent en rupture chez moi. C’est parce que l’un des directeurs de la publication du livre, Common Courage (Maine), et son éditeur Greg Bates, ont bloqué la publication et la distribution du livre par un nouvel éditeur américain. Common Courage est de fait en cessation d’activité mais refuse de voir les choses en face. Bates a volé des royalties que m’avait envoyées mon éditeur anglais par l’intermédiaire de Common Courage. Ce voleur a, entre autres, annulé mon contrat avec Common Courage. C’est compliqué, mais je me sens obligé de donner quelques explications à ceux d’entre vous qui ne sont pas arrivés à trouver un exemplaire de mon livre.
Notes
[1] The Independent (London), March 18, 2015

[2] The Wikileaks Files: The World According to US Empire (2015), Introduction by Julian Assange, chapter 10

[3] Newsweek, September 21, 2015

[4] William Blum, Rogue State: A Guide to the World’s Only Superpower (2005), Chapter 18

[5] Voir Jürgen Todenhöfer Facebook et website. Quelques corrections mineures d’orthographe et de grammaire ont été faites.

[6] Department of State, Foreign Relations of the United States, 1958-1960, Volume VI, Cuba (1991), p.885

Source : William Blum, le 03/11/2015
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Dans "Trends Tendances" Belgique du 14 février 2016 : Tsipras déplore "les dissensions" entre l'UE et le FMI

" L'évaluation de l'avancement des réformes en Grèce réclamées par les créanciers du pays (UE et FMI) "est en retard en raison des dissensions entre les institutions", a estimé dimanche le Premier ministre grec Alexis Tsipras. Ce retard "n'est dans l'intérêt de personne", a assuré le Premier ministre dans un entretien paru dans le quotidien Avghi, proche de son parti de gauche Syriza. Je n'en suis pas si certain ?
La Grèce a envoyé son projet de réformes des retraites début janvier aux créanciers mais "nous n'avons aucune réponse officielle jusqu'ici de la part des institutions, ce qui est dû aux dissensions entre elles", a déploré M. Tsipras.
Il y a dix jours, un premier round de discussions avait eu lieu à Athènes entre une équipe de représentants des créanciers et les autorités grecques sur le plan de réformes, mais sans aboutir à une conclusion. Cette équipe devrait revenir prochainement à Athènes pour continuer les négociations, selon le gouvernement.
Jeudi, le FMI a émis des critiques sur les réformes grecques en estimant que "des hypothèses trop optimistes feront très vite ressurgir des craintes d'un Grexit et obscurcir le climat des affaires". Ce même FMI qui avait du avouer qu'il s'était planté notamment en Grèce......
"Nous attendons encore de voir un plan crédible qui permettrait à la Grèce d'atteindre ses objectifs très ambitieux d'excédent budgétaire primaire (hors charges de la dette, ndlr)", a déclaré Poul Thomsen, chef du département Europe du Fonds, dans un blog publié par le FMI.
Dans la foulée, Athènes avait rejeté ces critiques en estimant que "sur le fond, M. Thomsen demande l'application d'un programme radicalement différent de celui convenu" entre Athènes et la zone euro en juillet, lors de l'accord passé sur un nouveau prêt accordé au pays pour le maintenir dans la zone euro.
De son côté l'UE a estimé jeudi que "l'ampleur des mesures requises était dans la ligne de ce qui a été convenu" dans le cadre de l'accord de juillet.

Dans "La Tribune" du 10 février 2016 : "Brexit" : grandes manoeuvres avant le sommet européen

" Les négociations pour finaliser un accord de l'Union Européenne avec Londres, censé arrimer le Royaume-Uni à l'Europe, entrent dans la dernière ligne droite, avec une tournée éclair du président du Conseil européen dans plusieurs capitales clés à la veille d'un sommet des 28 à Bruxelles.
Donald Tusk prend son bâton de pélerin lundi et mardi afin de convaincre les Etats membres les plus réticents, et boucler le projet d'accord qu'il soumettra aux chefs d'Etat et de gouvernement en fin de semaine.
Si chacun des camps a intérêt à "dramatiser" les enjeux pour montrer qu'il a su arracher des concessions à l'autre --en particulier le Premier ministre britannique confronté à un puissant courant eurosceptique--, il paraît peu probable qu'ils parviennent pas à un compromis.
Un échec affaiblirait encore l'Union européenne au moment où elle va de crise "existentielle" en "polycrise non maîtrisée" (Jean-Claude Juncker, président de la Commission).
David Cameron croit en un accord
David Cameron, qui a promis d'organiser prochainement un référendum sur le maintien ou non de son pays au sein de l'Union, sans doute en juin, a réaffirmé, vendredi en Allemagne, croire aux chances d'un accord.
"En ce qui concerne la place de la Grande-Bretagne dans l'Europe, j'ai toujours été confiant dans le fait qu'ensemble nous pouvons obtenir les réformes qui répondent aux attentes britanniques et fonctionnent aussi pour l'Europe entière", a plaidé David Cameron devant la chancelière Angela Merkel. Que de changements de discours ! Mais dans les faits, l'europe allemande n'a tenu aucune parole et a faussé toutes les négociations. Il est plus que souhaitable que le Royaume-Uni sorte pour mieux revenir lors de la création de l'Europe de la Paix avec ou sans l'Allemagne. Nous n'avons jamais eu besoin de l'Allemagne. L'histoire notre histoire a montré et démontré que l'allemagne politique devait être strictement maîtrisée. Souvenez-vous des propos nazis de l'allemagne concernant certains Peuples européens tenus il y a peu. Où a mené la politique allemande ? A la croissance de l'allemagne et à la pauvreté de l'Europe.
Cette dernière, à l'instar d'ailleurs de Washington, souhaite que le Royaume-Uni reste "un membre actif d'une Union européenne qui réussit".
De fait, un optimisme prudent est de mise à Bruxelles depuis que Donald Tusk a présenté le 2 février un pré-accord pour répondre aux revendications britanniques et éviter un "Brexit", la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE.
Une tournée européenne de Donal Tusk
Donald Tusk a néanmoins qualifié de "très fragile" le processus en cours. C'est la raison pour laquelle il se rend successivement à Paris et Bucarest, lundi, puis Athènes, Prague et Berlin, mardi, "afin d'obtenir un soutien politique large" à sa proposition finale.
Si des "clarifications techniques et juridiques" ont été apportées par les "sherpas" (négociateurs) européens, "des problèmes politiques restent en suspens", a précisé une source européenne à l'AFP.
 Des sujets sensibles
Pas question, martèle la France l'histoire se répète alors que la France devrait être le leader avec le Royaume-Uni , de modifier les traités européens pour accommoder les exigences des Britanniques, ni d'entraver le renforcement de la zone euro, dont ils ne sont pas membres, pour protéger les intérêts de la City de Londres, première place financière d'Europe.
Le président François Hollande a d'ores et déjà prévenu qu'il ne serait "pas acceptable de revoir ce qui fonde les engagements européens"
Autre pomme de discorde: la demande du dirigeant conservateur britannique de limiter les prestations sociales pour les ressortissants d'autres pays de l'UE. Une mesure qui vise d'abord le "plombier polonais", ces travailleurs d'Europe centrale et de l'Est employés en Grande-Bretagne.
Donald Tusk propose un "mécanisme de sauvegarde" --en clair un "frein d'urgence"-- autorisant Londres à restreindre jusqu'à quatre ans les aides sociales aux migrants intra-européens.
Mais, outre qu'elle inquiète les quatre pays du "groupe de Visegrad" (Pologne,  Hongrie, République tchèque et Slovaquie) ainsi que la Roumanie, cette clause ne risque-t-elle pas d'inciter les autres Etats membres à multiplier les exemptions similaires, allant à l'encontre du principe "fondamental" de la libre circulation des personnes?
Autre concession de M. Tusk, quant à la souveraineté, il a mis sur la table un "système de carton rouge" qui permettrait, sur décision de plus de la moitié (55%) de l'ensemble des parlements nationaux de l'UE de stopper des projets législatifs de l'exécutif européen.
Reste qu'au delà d'un éventuel accord à Bruxelles, tout dépendra in fine de la campagne référendaire britannique, en pleine montée des populismes en Europe. D'après les sondages, les Britanniques restent très partagés.
David Cameron "a lancé un processus qui le dépasse", observe une source diplomatique européenne qui dit craindre que "solution ou pas, la vraie question (du référendum britannique) sera contre l'Europe"
(Avec AFP)

Dans "Trends Tendances" Belgique du 11 février 2016 : Austérité: "Après huit ans, on peut parler d'acharnement thérapeutique"

" Les politiques d'austérité en Europe échouent depuis huit ans nous retrouvons les cycles SOCIOECOPOFI et les poursuivre relève de l'acharnement thérapeutique, dénonce le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, dans une lettre ouverte publiée jeudi dans La Repubblica.
 "L'austérité ne suffit pas. Et d'ailleurs les pays qui ont eu de la croissance en Europe y sont parvenus uniquement parce qu'ils ont violé les règles relatives aux déficits" publics, juge-t-il dans cette tribune.
Il cite ainsi le Royaume-Uni et son déficit supérieur à 5% du PIB et l'Espagne, "qui a accompagné sa croissance avec un déficit supérieur à 6%". Mais aussi le contraste entre une Europe en plein marasme et le dynamisme de l'économie américaine qui a fait selon lui le pari de la "croissance, des investissements et de l'innovation".
Dans ces conditions, "si des soins ne marchent pas, après huit ans, on peut parler d'acharnement thérapeutique", dénonce M. Renzi. Il est grand temps que l'Europe fixe une nouvelle direction à sa politique économique. "Parce qu'avec seulement l'austérité, on en meurt".
Le bouillonnant chef du gouvernement réclame depuis des semaines davantage de flexibilité budgétaire pour mieux soutenir une croissance encore fragile.
Mais ces demandes répétées irritent ses partenaires, à commencer par l'Allemagne et la Commission européenne ces deux là sont nos partenaires...en ce qui me concerne je pense qu'ils ont été plus nos ennemis , qui ne manquent jamais de rappeler que l'Italie a déjà bénéficié dans le passé d'une forme de flexibilité budgétaire en raison des réformes accomplies.
Matteo Renzi ne cesse d'avertir l'Europe qu'elle est condamnée à disparaître si elle ne se réforme pas. Mercredi, il comparait l'UE à l'orchestre jouant sur le pont du Titanic alors que le paquebot sombrait dans l'Atlantique.
Son ministre des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, a réuni mardi à Rome ses collègues des six pays fondateurs de la Communauté européenne, devenue depuis Union européenne, pour réfléchir aux moyens de relancer le projet européen à bout de souffle.
Ces six pays (Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, France et Luxembourg) ont signé une déclaration commune dans laquelle ils jugent indispensable de renforcer la gouvernance de la zone euro, et l'intégration européenne, avec ceux des 28 qui y sont prêts.
Dans sa lettre ouverte jeudi, M. Renzi suggère également de procéder à des "primaires" dans le processus de sélection du président de la Commission européenne."

Dans "Trends Tendances" Belgique du 10 février 2016 : L'UE reporte d'un an l'encadrement plus strict des marchés financiers

" La Commission européenne a proposé mercredi de reporter d'un an, à janvier 2018, l'entrée en vigueur de la directive dite Mifid II, qui réforme les règles en vigueur sur les marchés d'instruments financiers. Par cette décision, elle a estimé "prendre en compte le caractère exceptionnel du défi technique que sa mise en oeuvre représente pour les régulateurs et les acteurs du marché".
"Nous donnons un an supplémentaire aux gens pour se préparer convenablement et procéder aux changements nécessaires à leurs systèmes", a déclaré le Commissaire européen à la Stabilité financière, le Britannique Jonathan Hill, cité dans un communiqué.
Cette directive doit permettre de mieux encadrer les marchés d'instruments financiers afin de limiter la spéculation et de rétablir la confiance des investisseurs mise à mal par la crise financière qui a secoué le monde entier à partir de 2008. Elle ne pourra réussir que si elle prend le problème à sa base. La base est la valorisation comptable prise comme seule référence financière. Ainsi, l'information et les bases de réflexion et de décision sont faussées quotidiennement à plus de 98 %. Voir le tableau ci-dessus.

Les crises boursières sont des crises comptables à effets systémiques SOCIOlogiques, ECOnomiques, POlitiques et FInanciers.
Les Européens étaient parvenus en janvier 2014 à un accord de principe sur cette directive qui devait initialement entrer en vigueur en janvier 2017.

Romaric Godin dans "La Tribune" du 10 février 2016 : Crise financière : les banques centrales, seules responsables ?

" L'affaire semble entendue : la baisse des marchés s'expliquerait par la générosité des banques centrales. Cette interprétation oublie cependant pourquoi cette politique monétaire très accommodante est devenue inévitable...
La crise financière est de retour. Près de huit ans et demi nous retrouvones les cycles SOCIOECOPOFI après les premiers soubresauts de la crise des subprimes, les Bourses mondiales plongent à nouveau en fait, les Bourses ne plongent pas, c'est l'aspect de la valorisation comptabe qui n'ayant pas changé plonge à nouveau, la santé des banques est préoccupante, l'économie réelle inquiète. Pour la plupart des observateurs, la cause est entendue : ce nouveau coup de grisou a un coupable tout désigné, les banques centrales et leurs politiques accommodantes, le « QE ». Ce sont elles, assure-t-on, qui, en déversant des milliards de dollars, d'euros, de livres et des centaines de milliards de yens ont alimenté une bulle sur les marchés qui, aujourd'hui, éclate. Ce sont elles qui, en imposant des taux négatifs, pèsent sur les résultats bancaires.
Cette explication n'est pas entièrement erronée. Les politiques d'assouplissement quantitatif menées par la Fed, la Banque d'Angleterre, la Banque du Japon, puis la BCE ont certes déversé d'immenses quantités de liquidités sur les marchés. Leur diffusion dans l'économie réelle a été plus lente, voire réduite. Effectivement, les banques n'ont de nouveau pas joué leur rôle. Elles ont donc alimenté un puissant courant acheteur que les difficultés chinoises et le ralentissement de la croissance européenne ont brutalement freiné. D'où cette correction qui, en réalité, a débuté en août dernier, lors de la première « dévaluation » du yuan chinois.
Les deux erreurs de 2008 et 2010
Mais cette explication n'est que partielle. Cette nouvelle secousse, rappelons-le, n'est que la poursuite de la grande crise de 2007 - crise de la dérégulation - allant à son terme. Une crise qui a connu deux relances : la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 qui a conduit le système financier au bord de l'abîme et le « sauvetage » tardif et inefficient de la Grèce le 10 mai 2010 qui a plongé la zone euro dans une tourmente économique dont elle n'est qu'à peine sortie. Dans les deux cas, l'erreur est venue principalement de gouvernements inconscients, pressés de gérer le court terme (on se souvient de l'obsession, pendant tout le printemps 2010, d'Angela Merkel pour les élections régionales en Rhénanie du Nord Westphalie) et enfermés dans des certitudes économiques fondées sur l'efficience du marché.
En 2008, les Etats-Unis ont ainsi voulu « faire un exemple » avec Lehman Brothers et montrer que l'Etat ne viendrait pas en aide à ceux qui avaient pris des risques démesurés. Le marché jouait son rôle « purificateur. » En 2010, les dirigeants européens ont appliqué la théorie ricardienne : il fallait rétablir rapidement les comptes publics des Etats touchés par la crise pour rétablir la confiance des marchés et des agents économiques. Il fallait aussi « punir » ceux qui avaient dépensé trop en leur faisant sentir les conséquences des déséquilibres qu'ils étaient censés avoir créés. Dans les deux cas, ces décisions ont été des désastres immenses et les banques centrales sont intervenues alors comme des « filets de protection », sauvant ce qui pouvait l'être. La BCE a été, du reste, la moins déterminée à agir. On se souvient que Jean-Claude Trichet a remonté deux fois les taux en pleine crise, en juillet 2008 et en juillet 2011, et qu'il a fallu attendre Mario Draghi et l'été 2012 pour voir une action déterminée de l'institution contre la crise européenne. Ce n'est pas sans raison que la BCE a été la dernière à se lancer dans le QE. Et ce n'est pas sans raison que la zone euro a été la région la plus frappée par la crise depuis 2007...
L'erreur des autorités européennes
Les banques centrales ont donc été des pompiers et sans doute se sont-elles muées en partie en pyromanes, mais pourquoi cette mutation a-t-elle eu lieu ? Parce qu'elles ont échoué en réalité à relancer les perspectives de croissance, donc d'inflation. Mais cet échec n'est pas que celui des banques centrales, c'est aussi celui des gouvernements qui se sont uniquement reposés sur la politique monétaire pour faire le travail de redressement de ces perspectives, alors qu'eux, au contraire, tiraient dans le sens inverse. L'exemple de la zone euro est, de ce point de vue, très parlant. Entre 2010 et 2014, les gouvernements et les autorités européennes, y compris la BCE, ont mené et incité à une politique centrée sur la consolidation budgétaire et les « réformes structurelles » visant surtout à réduire le coût du travail. Une politique clairement déflationniste qui a ruiné la croissance potentielle européenne et détruit la confiance dans l'avenir qu'elle devait établir. Dès lors, l'inflation faible s'est installée durablement.
Depuis octobre 2013, l'inflation annuelle sous-jacente, hors énergie et alimentation, n'est passé qu'une fois au-dessus de 1 %, c'était 1,1 % en octobre 2015. Dans ces conditions, les anticipations d'inflation ont reculé et lorsque les anticipations d'inflation reculent, l'incitation à investir est nulle. Or, la zone euro ne pourra connaître de reprise réelle sans reprise de l'investissement.
Les effets mondiaux de la politique européenne
Du reste, cette politique déflationniste européenne a eu d'autres répercussions. En réduisant la croissance européenne de façon durable, elle a pesé sur les exportations de plusieurs pays, comme la Chine. La deuxième économie du monde a alors tenté de contenir, pour des raisons politiques, ses niveaux de production tout en accélérant son retournement vers une économie moins dépendante de l'extérieur et plus de la demande interne. Ces deux mouvements ont conduit à une surproduction industrielle chinoise et à une explosion de l'endettement dans l'Empire du milieu à partir de 2012. Mais lorsque l'économie chinoise a engagé son ajustement inévitable, sa croissance a ralenti, entraînant une baisse des prix des matières premières (déjà engagée par la baisse de la croissance européenne) et une baisse de la demande chinoise en importations. D'où deux conséquences pour la zone euro : une nouvelle baisse de l'inflation et un ralentissement des perspectives économiques. Pour l'Allemagne, par exemple, la Chambre de Commerce vient de revoir à 1,3 % (contre 1,7 % pour le gouvernement) sa perspective de croissance pour 2015.
L'avertissement de Mario Draghi
Dans ces conditions, les banques centrales ont à nouveau agi (à l'exception de la Fed qui semble néanmoins revenir sur sa politique de resserrement). Mais cette politique ne peut se substituer à l'absence de perspectives pour les agents économiques. Elle peut aider la demande, pas la créer. Or, il fallait la créer. Lorsque Mario Draghi a projeté de lancer la BCE dans le grand bain du QE, le 22 août 2014, à Jackson Hole, il a indiqué qu'il ne le ferait que s'il était aidé, que si, en complément de la BCE, il y avait une politique de croissance en zone euro, comprenant une vraie relance. L'idée était simple : en relançant la demande, les Etats auraient stimulé la demande et créé des débouchés pour les fonds libérés par le QE. Autant de liquidités qui n'auraient pas servi, alors, à alimenter des bulles spéculatives. Mais il a obtenu une fin de non-recevoir. Wolfgang Schäuble, à l'époque, avait assuré qu'on avait « mal compris Mario Draghi. » Fermez le ban. Pour satisfaire les foules, on avait lancé un « plan Juncker » qui, comme le « pacte de croissance » de François Hollande en 2012, s'est perdu dans les sables de Bruxelles. Et le QE a bel et bien trop alimenté les bulles...
Ce que la politique monétaire accommodante a permis d'éviter
Il faudrait cependant ne pas oublier que les banques centrales ont permis d'éviter la mise en place d'un cercle déflationniste. Le QE aurait apporté un point d'inflation en 2015 en zone euro. Sans lui, l'inflation aurait été de -0,8 %, ce qui aurait enclenché à coup sûr une spirale déflationniste où, non seulement, l'investissement serait à l'arrêt, mais où les salaires et l'emploi aurait dû s'ajuster. Une telle spirale est un des pires dangers économiques dont il est fort délicat de s'extirper, le cas japonais ne cesse de le prouver. Mais il est souvent trop sous-estimé par les partisans de la « destruction créatrice » de Schumpeter. L'action de la BCE en 2014-2015 a donc été essentielle, comme en 2008 et 2012.
Mais, comme tout remède, il a des effets secondaires. Une action déterminée d'accompagnement des Etats ou de l'UE aurait pu réduire ces effets en permettant une meilleure transmission à l'économie réelle. On a préféré ne rien faire pour sauver la façade d'une politique de réduction budgétaire soit disant efficace, mais qui se révélera absolument inutile en cas de nouvelle récession. Pire même, pendant longtemps, les Etats - singulièrement la France - ont compté sur la seule action des banques centrales pour faire revenir la croissance, ne prenant pas au sérieux les avertissements de Mario Draghi sur l'incapacité de la politique monétaire à créer de la croissance.
Lampistes ?
La responsabilité des banques centrales est donc celle d'un lampiste. Les vrais responsables, ce sont les Etats et les autorités européennes qui ont mené une politique déflationniste et ont refusé toute vraie politique active de relance. Les banques centrales, la BCE en particulier, ont contenu avec les moyens dont elles disposaient l'incendie qu'elles n'ont pas allumé, ni entretenu. Cette action, produit de la passivité et de l'aveuglement idéologique des Etats, avait un revers. On en subit aujourd'hui les conséquences. Mais, en réalité, les banques centrales ont été les seules à montrer réellement du courage, de l'initiative et de l'innovation pour faire face à une crise d'une ampleur unique.
Accuser les banques centrales, c'est donc se tromper de responsable en réalité. C'est aussi prétendre que le marché aurait, sans leur action, réalisé un ajustement moins douloureux, alors que les expériences de 2008 et 2010 prouvent le contraire. C'est donc se payer de mots. Et l'économie européenne - et mondiale - s'est trop longtemps payée de mots. Elle a soif de vraie inflation que seule une politique de relance de l'investissement et des salaires apportera.

Eric Verhaeghe dans "Economie matin" du 8 février 2016 : L'Union Européenne va-t-elle gagner sa guerre contre l'Etat-nation ?

" Depuis le traité de Maastricht, l’Union Européenne mène une guerre sourde contre l’Etat-nation, c’est-à-dire contre l’Etat constitué par un ensemble national qui excède l’affinité culturelle tribale. Tous les Etats où le pouvoir central s’est imposé contre une multiplicité des cultures régionales sont à la peine et souffrent de tendances centrifuges qui les mettent en danger. Les cas de la Grande-Bretagne, de l’Espagne et de la France sont particulièrement emblématiques.
L’Union Européenne et le piège du Brexit
Beaucoup se gaussent des fanfaronnades de Cameron comme d’une preuve apportée à l’insuffisance de l’Europe. Mais le « Brexit » est-il un piège pour l’Europe ou pour la vieille Angleterre?
L’espèce de mollesse avec laquelle l’Union a répondu aux revendications de Cameron montre bien l’ambiguïté du sujet. D’un côté, la Grande-Bretagne souhaite protéger sa « souveraineté », menacée par l’intégration économique et politique grandissante autour de l’Allemagne. De l’autre, l’Union sait que, du point de vue des « concentrateurs », elle n’a pas tout à perdre dans ce dossier. Un départ de la Grande-Bretagne constituerait un choc. Mais il ouvrirait la porte à un véritable fédéralisme, et il affaiblirait au moins autant la Grande-Bretagne que l’Union. La sécession probable de l’Ecosse en est la preuve.
Et c’est bien l’effet terrible de l’Union: l’exaltation des régionalismes étouffés depuis des siècles par le centralisme des Etats-nations.
L’Union Européenne et la Catalogne
La même tendance centrifuge est à l’oeuvre en Espagne. La revendication régionaliste catalane témoigne bien de l’affaiblissement d’un Etat-nation né d’un processus pluriséculaire de domination sur plusieurs entités régionales qui cherchent aujourd’hui à modifier le mode de relations qui les unit. L’annonce par le gouvernement catalan de réformes structurelles majeures, notamment dans le domaine de la fiscalité, mais aussi de la justice et de la protection sociale, ne laisse rien présager de bon pour l’avenir de l’entité espagnole.
Là encore, le calcul est le même: l’indépendance d’une région conquise depuis plusieurs siècles est d’autant plus possible que le maintien de l’entité devenue indépendante dans l’espace économique européen lui garantit une ouverture pour ses produits et viabilise le projet de rupture avec l’entité centrale.
En ce sens, l’Union déstabilise les Etats-Nations par le haut et par le bas. Par le haut, elle affaiblit les pouvoirs centraux historiques en diluant leur autorité dans un ensemble fédéral contraignant où les grandes décisions sont intégrées dans une sorte de troïka permanente. Par le bas, elle offre une sorte de bouée de sauvetage, voire de canot pneumatique, aux entités qui espèrent quitter le giron du pouvoir central qu’elles contestent.
L’Union Européenne et la France
La France n’échappe à cette montée des régionalismes. La victoire des nationalistes corses par une duperie électorale aux élections régionales de décembre constitue un séisme de la même nature que la victoire indépendantiste en Catalogne. Le débat qui sévit ponctuellement sur la reconnaissance des langues régionales en est une autre facette. Plusieurs « régions » françaises se sentent pousser des ailes à l’idée de quitter le giron de la mère patrie pour adhérer directement à une entité européenne auprès de laquelle elles externaliseront les sujets majeurs de gouvernance, comme la politique économique, pour se contenter d’une illusoire autonomie culturelle.
Il ne faut probablement pas entendre la désastreuse réforme territoriale à laquelle nous assistons, avec la constitution de douze régions, comme une étape consciente et acceptée sur ce chemin: la France a préparé sa propre vente à la découpe, sous l’effet d’une élite aux petits pieds qui n’imagine plus aucun avenir pour le pays, sinon dans une grande dilution européenne.
L’Union Européenne et le triomphe des Etats tribaux
En creux, c’est un autre modèle d’Etat que l’Europe promeut. Plutôt que les Etats-nations rivaux, dotés d’un pouvoir central qui exerce sa tutelle séculaire ou millénaire sur des régions conquises, l’Union se sent plus à l’aise avec des Etats jeunes dont l’homogénéité culturelle est plus apparente. On pourrait qualifier ces Etats d’Etats-langues, dans la mesure où ils se caractérisent par l’intégration de populations parlant la même langue, ou d’Etats tribaux, qui ne regroupent que des populations partageant la même affinité culturelle.
L’Allemagne constitue bien entendu le paradigme de l’Etat tribal ou de l’Etat-langue, puisque, depuis 1945, elle héberge la totalité ou presque des minorités germaniques, Autriche exceptée. L’espace allemand depuis 1991 – ce qui fait de l’Allemagne un Etat très jeune – regroupe bien tous les germanophones habitant au nord-est du Rhin. Il a, qui plus est, le bon goût d’être un espace fédéral parfaitement compatible avec la construction européenne.
On pourrait dire la même chose de l’Italie, autre Etat jeune marqué par une homogénéité linguistique. La récente réforme territoriale (qui date de 2011) a là aussi montré que la géographie administrative héritée de Bonaparte était mise à rude épreuve par la préparation d’une intégration européenne renforcée.
L’Union Européenne ou la fin des Etats-Nations?
2016 constituera, pour l’Etat-nation en Europe, une mise à l’épreuve décisive. D’une part, la probable nouvelle crise migratoire que l’Europe connaîtra cette année devrait à nouveau interroger l’identité culturelle des vieux ensembles du continent. D’autre part, la volonté, poussée de manière absurde par la France, d’accélérer l’intégration économique des Etats-membres finira d’achever l’autorité des Etats-nations au profit de l’ensemble communautaire.
L’Union fera-t-elle face au véritable réveil de ses nations composantes? Parviendra-t-elle à les dépasser pour imposer une autorité nouvelle? Cette autorité sera-t-elle démocratique? Est-elle souhaitable?
Article écrit par Eric Verhaeghe pour son blog

 

Georges Friedman dans "les crises.fr Source : EurActiv.com, le 15/01/2016 " du 5 février 2016 : George Friedman : l’Union Européenne est de moins en moins fiable et prévisible

" George Friedman est un politologue américain. Il est le fondateur et le dirigeant de la société de renseignement Stratfor. C’est une voix très proche du pouvoir américain…
Les États-Unis sont un partenaire de l’Europe, mais ne peuvent plus s’appuyer sur l’OTAN pour porter cette relation
, déclare George Friedman à EurActiv dans une interview exclusive.
George Friedman est un chercheur américain en sciences politiques et un écrivain. Ancien officier supérieur du renseignement, il a fondé Stratfor et en a été le contrôleur financier ainsi que le président. Il a récemment vendu ses parts dans Stratfor et créé Geopolitical Futures, une nouvelle société dédiée à l’analyse mondiale.
Friedman discute avec Georgi Gotev, rédacteur en chef d’EurActiv.
A quoi ressemble l’Europe vue de l’autre côté de l’Atlantique ?
En premier lieu, les États-Unis considèrent l’Europe dans le cadre beaucoup plus large de l’Eurasie. Donc nous avons à présent une crise qui s’étend du Pacifique à l’Atlantique. Les Chinois sont en crise, la Russie est en crise, le Moyen-Orient est plongé dans une crise terrible et désormais l’Europe est en crise elle aussi. Nous faisons donc face à une situation dans laquelle une zone peuplée de 5 milliards d’habitants se transforme d’une manière que nous ne pouvons pas prévoir.
Un Américain envisage ceci non comme la seule Europe, mais comme une série plus générale de problèmes. Il existe de nombreux points de vue américains sur l’Europe, mais le mien est que l’Union Européenne a échoué, sans qu’il existe d’alternative claire. Nous constatons cet échec dans la crise des migrants, que nous ne considérons pas comme un problème très important car il s’agit d’un déplacement représentant moins de 0,5% de sa population, mais l’Europe est incapable de prendre une décision sur la manière de la traiter.
Il ne s’agit pas d’un problème insurmontable. Vous pouvez choisir d’empêcher quiconque d’entrer, et prendre des mesures pour interdire ces déplacements, ou vous pouvez choisir de les intégrer et faites ce qu’il faut pour y arriver. C’est l’incapacité européenne à prendre une décision qui représente, du point de vue américain, le cœur du problème.
Cela pose problème parce que les États-Unis sont des partenaires de l’Europe. Tout aussi importante que l’Union Européenne, et totalement absente du débat, l’OTAN : les tensions qui existent entre les pays qui forment l’Union Européenne se font également jour au sein de l’OTAN. Ainsi, nous avons par exemple une relation avec les Français, une relation avec les Anglais, une relation très différente avec les Allemands et une relation totalement différente avec les Polonais. Nous ne pouvons plus penser l’OTAN comme le vecteur de notre relation avec l’Europe.
Ce n’est pas une situation catastrophique pour les États-Unis, mais cela nous pose problème au Moyen-Orient, et avec la Russie, et nous considérons les Européens comme de moins en moins fiables et prévisibles.
George Friedman : L’Union Européenne continuera d’exister et sombrera dans l’insignifiance
Vous venez d’évoquer la Russie. J’ai lu dans Geopolitical Futures que vous envisagez un accord sur l’Ukraine en 2016. Pouvez-vous developer ?
J’envisage une forme d’accord sur l’Ukraine en 2016. La raison fondamentale en est que ni les Russes, ni les Américains ne sont prêts à s’affronter en Ukraine.
Les Russes sont intervenus en Syrie pour faire plaisir aux Américains parce que les Américains ne peuvent ni ne veulent se débarrasser d’Assad, et la protection que lui offrent les Russes signifie que l’ÉI ne pourra pas prendre Damas.
De ceci, les Russes escomptent faveurs et accords avec les États-Unis, et ils les obtiendront.

Les deux camps souhaitent pour le moment geler le conflit. Mais pour les Russes, l’Ukraine demeure un problème majeur de sécurité nationale, et on ne peut rien y faire.
La Russie a besoin d’États-tampons. Pour le moment, elle a perdu tous les pays baltes, et qui sait ce qui va advenir de la Biélorussie.
Mais c’est en Ukraine qu’elle a défait la Wehrmacht; elle ne peut s’en dessaisir. Ils structurent et modernisent leur force militaire, mais ils utilisent un pétrole à 30 $ le baril pour le financer.
La Russie se retrouve actuellement dans la même situation que l’Union Soviétique dans les années 80 : un énorme programme de défense militaire qui lui a été imposé par les États-Unis, et l’effondrement des prix du pétrole. C’est donc un moment très dangereux, parce que, quand la Russie subit une forte pression, avant qu’elle ne s’effondre ou quoi que ce soit d’autre, elle rendra coup pour coup.
Donc nous envisageons le gel relatif de nos relations pour un an ou deux. Nous pensons que d’ici deux ans, les Russes seront en mesure de revendiquer l’Ukraine. Et bien sûr les Américains se renforcent chaque jour en Roumanie, en Pologne et dans les pays Baltes, donc nous pensons qu’un accord sera trouvé. Ce ne sera pas un accord définitif, mais plus les Russes seront aux abois, plus la situation deviendra dangereuse.
Et à propos de la Turquie ? C’est un pays clé dans la gestion de la crise des migrants, et dans le même temps un pays en proie à de nombreuses tensions. Comment voyez-vous l’avenir de la Turquie ?
Quand nous évoquons la Turquie, il faut se rappeler que ce pays est au cœur de la tempête qui fait rage en Eurasie. Elle touche les Balkans, le sud de la Russie (de manière historique) et son influence s’étend profondément au Moyen-Orient. Et toutes ces régions sont plongées dans le chaos.
La Turquie n’a pour l’instant aucune relation stable. Sa relation avec les Russes s’est effondrée. Sa relation avec le Moyen-Orient, avec la Syrie et l’Irak, est ambiguë.
A mesure que l’Europe s’est recentrée sur le nord, les Balkans sont devenus une région que plus personne ne contrôle réellement. C’est une opportunité pour la Turquie.

Parce que la Turquie se retrouve face à une énorme occasion historique, elle souffre inévitablement de crises internes. Quand, de nation isolée avec très peu d’influence, vous vous transformez en puissance régionale, vous provoquez en interne une tension énorme dans le système politique. Cette tension se manifeste comme on pouvait le prévoir, par un tiraillement entre la laïcité historique de la Turquie, et l’Islam.
Dans une région où l’Islam constitue la dynamique majeure, elle jouera évidemment un rôle en Turquie, et dans un pays aussi étroitement lié à l’Europe, d’autres dynamiques joueront évidemment aussi. Atatürk était fasciné par Lénine, non parce qu’il était marxiste, mais par la manière dont il a fondé l’État, et il y a quelque chose qui ressemble ici à l’État soviétique.
Ce qui représentait le passé en Turquie représente désormais l’avenir : l’Islam. Ce qui représentait l’avenir appartient désormais au passé : l’Europe. La relation avec la Russie est très complexe et difficile. Si la Turquie n’était pas devenue une puissance importante, ces crises n’existeraient pas. C’est parce qu’elle l’est devenue qu’il lui est institutionnellement difficile de s’ajuster à la réalité dans laquelle elle évolue.
Mais quand vous regardez une carte, quand vous regardez la crise au Moyen-Orient, en Europe, en Russie, il y a un pays toujours présent. Je ne considère pas l’immigration actuelle en Europe comme une crise : la crise réside dans le mécanisme de prise de décision européen. Il n’y pas de crise de l’immigration. Les États-Unis gèrent continuellement ce genre d’immigration. Cette crise est une crise de l’Europe elle-même, mais l’Europe doit s’occuper de la Turquie. Quand les Américains s’occupent du Moyen-Orient ils doivent s’occuper de la Turquie, et même les Russes, lorsqu’ils s’occupent de la mer Noire et de la Syrie, doivent s’occuper de la Turquie. C’est le facteur important.
Quelle est la situation au regard d’un possible prochain État du Kurdistan, qui inclurait probablement une partie de la Turquie ? Concernant la réunification possible de Chypre, dans quelle mesure considérez-vous probable qu’elle échoue, et que le nord de Chypre revienne à la Turquie ? Et que pensez-vous de l’idée de restaurer l’empire Ottoman, si cher au cœur du Premier ministre Ahmet Davutoglu ?
L’empire ottoman a existé durant cinq cents ans. Depuis un peu moins d’un siècle à présent, nous avons la Turquie en tant que telle. Mais pendant cette période, ce sont toujours soit les Britanniques, soit les Américains qui ont contrôlé le Moyen-Orient et contenu les Turcs. La guerre froide a gelé la position de la Turquie, qui n’avait aucun espace de manœuvre. Désormais il n’y a plus de guerre froide, désormais tout est labile alentour, et plusieurs choses émergent de cette labilité : il n’existe plus de frontières sacrées – l’Irak n’existe plus, la Syrie n’existe plus, d’autres pays créés par l’impérialisme britannique vont cesser d’exister. La question de Chypre n’est pas réglée, la question des Kurdes n’est pas réglée, parce que la question irakienne n’est pas réglée.
Et que l’État du Kurdistan soit créé ou non, les Kurdes ne seront pas tous obligés de vivre au Kurdistan. La plupart des Azerbaïdjanais vivent en Iran, et non en Azerbaïdjan. L’empire Ottoman a existé parce que tout ce qui entourait la péninsule anatolienne était plongé dans le chaos, rendant la vie des Turcs impossible, et les obligeant à stabiliser la situation. Il ne s’agissait pas d’une expansion d’un empire ottoman désireux de s’imposer par lui-même, mais d’une opération défensive. La Turquie ne souhaite pas être entraînée dans cette situation. Elle essaie désespérément de ne pas l’être, mais ce sera quand même le cas. Sous la forme de l’empire ottoman ? Non. Mais ce sera une structure similaire du point de vue géopolitique, parce que tout se désagrège dans cette région et que la Turquie demeure le seul point stable.
L’Europe survivra-t-elle comme entité unique, ou se transformera-t-elle en une confédération lâche de pays autour peut-être d’un petit noyau ? Comment envisagez-vous l’avenir de l’Union Européenne ?
L’avenir de l’Union Européenne est intéressant, parce qu’elle est pour le moment incapable de prendre des décisions, et ne peut se résoudre à sa dissolution. Ce qui arrivera est ce qui est en train de se passer : l’Europe prend de moins en moins de décisions, et quand elle le fait, les États européens en tiennent de moins en moins compte.

Ils viennent de décider que les actionnaires des banques italiennes sont en fait les déposants, et donc que si vous déposez de l’argent à la banque, vous prenez un risque. Ils ont pris ces décisions sans en mesurer les conséquences, ainsi ce qui devait arriver est en train d’arriver, en vertu de quoi ceux qui n’apprécient pas les règles n’en tiennent aucun compte, et cela sans conséquences.
Les institutions à Bruxelles continuent de promulguer des décrets, et tous les autres continueront à faire ce qu’ils font. Il faut vous souvenir qu’il existait une association européenne de libre-échange dans les années 50 et 60. Elle existe toujours ! Il existe toujours un bureau de cette association en Suisse. En Europe, les institutions sont comparables à des musées : vous pouvez toujours les visiter et elles fonctionnent toujours. Et donc je n’anticipe pas un effondrement de l’Union Européenne, mais un accroissement de son insignifiance face aux problèmes du moment.
Et quant à cette règle qui veut que si vous déposez de l’argent à la banque vous en soyez un actionnaire, elle illustre parfaitement comment ils prennent des décisions sans en comprendre les conséquences. Une personne ordinaire reçoit de l’argent et le dépose à la banque afin qu’il soit en sûreté. Elle ne s’imagine sûrement pas faire un investissement. Vu le taux d’intérêt que vous servent désormais les banques, il est plus rationnel de conserver son argent sous son matelas que de le déposer dans une banque européenne. Et c'est pourquoi l'europe allemande veut  supprimer notre cash...peut-être pour mieux nous mettre à genoux. Il faut dire NON à l'europe allemande, sans cela nous devrons reprendre les armes tôt ou tard. Que voulons-nous léguer à nos enfants ? Prenez du temps pour analyser ce qui a mené aux deux dernières guerres contre les boches et une certaine compréhension se fera des comportements politiques "boches" actuels.
Vous déposez votre argent à la banque pour éviter les risques, et soudain vous découvrez que le risque existe quand même. Voilà le système bancaire italien, avec près de 20% d’emprunts pourris, et tout italien disposant de tant soit peu de bon sens devrait retirer son argent de la banque parce qu’il se découvre à présent un actionnaire contre son gré.
C’est ce genre de décisions prises par la bureaucratie européenne qui crée une situation telle qu’en premier lieu, le règlement est inefficace au regard du problème, et qu’en second lieu, chacun doit par conséquent le fuir ou l’ignorer. Je ne vois pas l’Europe s’effondrer. Je ne pense pas qu’il y ait une volonté pour qu’elle cesse d’exister. Je ne pense pas qu’il y ait une volonté de la changer. Il y a une volonté de l’ignorer.
Une illustration parfaite en est la supposée découverte que la Pologne et la Hongrie sont des États fascistes. J’ai vu des États fascistes, et il s’en faut de beaucoup que ces deux-là le soient! Dans cette circonstance, l’Allemagne a choisi d’en faire un problème, avec tout ce qui est en train de se passer tout autour. La décision polonaise de modifier la direction de leurs médias et leur système juridique, voilà à quoi Merkel et l’Union Européenne gaspillent leur temps. Et donc que fait la Pologne? La même chose qu’a faite la Hongrie : n’en pas tenir compte, parce que ça n’a aucune espèce d’importance. L’Union Européenne continuera à exister, et va gaiement sombrer dans l’insignifiance.
Source : EurActiv.com, le 15/01/2016
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Dans "Trends Tendances" Belgique du 2 février 2016 : 'Sans cash, qui empêchera un fisc omnipotent de se servir sur les comptes ?'

"Le cash n'existera plus en 2026", dans dix ans donc. C'est en tout cas l'avis de John Cryan, le nouveau patron de la Deutsche Bank. Et il ne s'est pas privé de le dire au cours de la dernière édition du Forum de Davos, cette réunion annuelle des grands patrons de ce monde.
À vrai dire, John Cryan n'est pas le premier à souhaiter la suppression du cash de nos sociétés et à le dire haut et fort.
Des économistes distingués et des consultants pensent également que ce serait une excellente chose. Outre les problèmes liés au cash, comme ses coûts de production, de stockage ou pour éviter la contrefaçon, le liquide serait également à l'origine du blanchiment d'argent sale. Bref, pour toutes ces raisons, c'est un peu "haro sur le cash" depuis ces deux dernières années.

D'ailleurs les gouvernements font tout pour décourager leurs citoyens d'utiliser le cash. En Belgique, il est interdit de payer quoique ce soit par cash au-delà de 3.000 euros. Et le gouvernement français, toujours excessif dans ses démarches, a même abaissé la barre à 1.000 euros, autant dire, rien. Encore une fois, ce débat qui semble anodin est pourtant potentiellement dangereux pour le citoyen. L'argument de la lutte contre le crime, le blanchiment d'argent sale, le terrorisme ou la fraude fiscale ne suffit pas à justifier la disparition programmée du cash. Après tout, comme l'écrit si bien l'analyste financière Simone Wapler, les trafiquants, criminels et autres terroristes utilisent aussi les routes et l'éclairage public, et on ne les supprime pas pour autant !
Le débat sur la disparition du cash ne doit pas être confisqué par les banques commerciales. Elles ont tout à y gagner...
Quant à la suppression du cash, elle est dangereuse, car elle signifie que toute notre épargne sera dématérialisée. Autrement dit, le jour où nos avoirs, épargne, livrets, comptes, déclarations d'impôt, prélèvements automatiques, facturations, numéros de compte, allocations, salaires et dépenses de santé seront en ligne, et de plus en plus corrélés, qui empêchera un État malveillant ou un fisc omnipotent de bloquer d'un seul "clic" tous ces comptes ? Bonne question en effet !
Les Suisses, qui sont des gens raisonnables, ont la chance d'avoir un journal sérieux, Le Temps, qui a publié une tribune expliquant que la suppression du cash est... immorale ! Rien que cela ! Et ce n'est pas faux. Il est juste de dire qu'une société sans cash est immorale, car la propriété de l'individu est entièrement soumise et prisonnière d'un système dirigiste de contrôle, de prédation et de spoliation. Nous avons encore la chance de vivre dans des démocraties, mais ces démocraties sont sans le sou, et on l'a vu à Chypre, lorsque les caisses sont vides, on vient se servir sur les comptes des épargnants.
Et sans cash, ce sera infiniment plus facile. Il suffira de transférer le montant d'un clic vers les comptes de l'État.
Le débat sur le cash ne doit pas être confisqué par les banques commerciales qui ont tout à y gagner. Ce débat doit venir sur la place publique avant qu'il ne soit trop tard.

Jean-Jacques Mevel dans "Le Figaro" du 2 février 2016 : Brexit : l'Europe fait une exception pour Cameron

" Londres pourra couper les aides sociales aux migrants européens et obtient des garanties pour ne pas pâtir d'un euro fort.
Sous la pression d'un référendum britannique à haut risque, l'Union européenne finit par lâcher du lest:
elle offre désormais à Londres l'option de décréter, seule et sans délai, un moratoire de plusieurs années sur les coûteuses aides sociales dont jouissent les Européens qui travaillent dans le pays. C'est la concession majeure qu'espérait David Cameron pour faire campagne en faveur du «oui». De nouveau la combativité et la résistance anglaise ont payée.
Dans l'esprit sinon à la lettre, le président du Conseil européen Donald Tusk y a finalement consenti après avoir expliqué pendant des mois que le Royaume-Uni ne pourrait bénéficier d'aucun traitement de faveur. Le dispositif soumis mardi à l'approbation des vingt-huit capitales se présente comme une mesure générale, applicable à l'Europe tout entière. Le «mécanisme de sauvegarde» pourra être invoqué, sous contrôle strict de la Commission Juncker, par tout pays de l'UE qui verrait ses services publics ou sa sécurité sociale débordés par un «afflux d'ampleur exceptionnelle de travailleurs venus d'autres États membres», précise le texte.
Mais exception cruciale, Londres n'aura ni à décrocher ce feu vert préalable de Bruxelles, ni même à prouver qu'elle est incapable de faire face à la charge. Le Royaume-Uni «déjà confronté à (cette) situation exceptionnelle (…) serait en droit de déclencher le mécanisme (de sauvegarde), avec toutes les chances qu'il soit finalement approuvé», poursuit le projet de Donald Tusk. C'est du sur-mesure, et presque un tour de passe-passe. Dès hier, David Cameron l'a célébré à sa façon: il annonce que le référendum pourrait avoir lieu «d'ici quelques mois», avec juin comme cible probable.
Aux yeux des Britanniques, «Saint Georges est tout près de terrasser le dragon» bruxellois. Si cela se fait, n'est-ce pas le cas ?
Un responsable politique européen
Le «succès» européen dont le premier ministre a besoin pour convaincre ses électeurs les Britanniques de rester dans l'UE paraît à portée de main. Aux yeux des Britanniques, «Saint Georges est tout près de terrasser le dragon» bruxellois, note un responsable politique européen. Reste maintenant à convaincre vingt-sept partenaires de l'UE réticents, avant un sommet européen décisif convoqué le 19 février. Les ambassadeurs et les «sherpas» vont affiner le texte de Donald Tusk. Nul doute qu'il sera discuté aussi le 12 février, lorsque Angela Merkel recevra son homologue britannique à Hambourg pour un tête-à-tête attendu.
Des salariés européens de seconde classe
C'est d'Europe centrale que devraient venir les plus fortes réticences à la nouvelle «exception» britannique. La Pologne a fourni, bien avant l'Espagne et même la France, le plus gros des contingents de travailleurs migrants «intra-européens» débarqués au Royaume-Uni. Varsovie s'inquiète de voir ses ressortissants transformés en salariés européens de seconde classe, en compagnie de Prague, Budapest et Bratislava.
Le président Tusk a aussi cherché à déminer un possible contentieux avec Paris, et la Banque centrale européenne, sur les relations compliquées qu'entretiennent les dix-neuf pays de l'euro - dont la France - avec les neuf capitales qui n'ont pas souscrit à la monnaie commune - dont le Royaume-Uni. C'est une autre exigence fétiche de David Cameron, à l'approche du référendum: il veut des garanties solides contre toute ambition de l'Eurozone de régenter les intérêts de la City. À l'inverse, les pays de l'euro refusent un droit de regard extérieur (comprendre britannique) sur leurs propres affaires et sur les avancées de l'intégration monétaire.
C'est d'Europe centrale que devraient venir les plus fortes réticences à l' «â€Šexception » britannique
Le document rendu public mardi promet de «respecter les droits et compétences» des pays qui ne sont pas dans l'euro. Il annonce un «mécanisme» qui leur permettrait de se faire entendre par les dix-neuf autres et de recevoir «les assurances nécessaires». Mais cela ne crée «pas un veto et ne pourra en aucun cas retarder des décisions urgentes» en cas de crise financière, assure le président du Conseil européen. L'horlogerie de ce recours au cénacle des États reste à préciser. Tout comme le système de «carton rouge», grâce auquel Cameron voudrait réduire l'inflation de textes législatifs produits à Bruxelles et à Strasbourg. Donald Tusk place la barre assez haut: il faudrait réunir la majorité de plus de la moitié des 28 Parlements nationaux (55%) pour stopper ou amender les lois poussées par la Commission européenne.

Et pendant ce temps là ......

Romaric Godin dans "La Tribune" du 2 février 2016 : Crise des migrants : l'Allemagne pourquoi ce n'est pas l'Europe ? propose un marché à la Grèce

" Selon Kathimerini, Angela Merkel aurait indiqué à Alexis Tsipras qu'une acceptation sur la crise des réfugiés des demandes européennes pourrait faciliter la "compréhension" des créanciers dans l'application du mémorandum. La Grèce serait-elle passée sous pavillon allemand ? A votre avis, chantage or not ?
Jusqu'ici, les dossiers de la gestion des réfugiés et celui du « programme » lié au mémorandum n'étaient officiellement pas liés. La pression qu'exerce depuis quelques semaines l'Union européenne sur Athènes pour qu'elle « maîtrise davantage » ses frontières n'avait rien à voir avec les négociations en cours sur la réforme des retraites grecque et, partant, sur les éventuelles discussions liées à la dette publique hellénique. Mais cette « muraille de Chine » semble n'être qu'illusoire, si on en croit les informations publiées ce matin par le quotidien conservateur hellénique Kathimerini.
Selon ce quotidien, citant des « sources proches d'Alexis Tsipras », Angela Merkel aurait « indiqué au premier ministre grec qu'un succès dans la gestion de la crise migratoire pourrait améliorer nettement les progrès de la revue du programme. » C'est seulement en cas de « succès » de cette revue qu'Athènes peut espérer l'ouverture de discussion sur la restructuration de sa dette publique, un élément clé pour Alexis Tsipras qui en a fait un des principaux objectifs de son mandat. Or, la revue en cours est délicate, car les créanciers se montrent fort peu convaincus par la réforme des retraites proposée par le gouvernement grec qui préserve les pensions existantes et augmente les cotisations payées par les entreprises. Ils l'ont même rejeté officiellement.
Vieille idée
Cette idée d'utiliser l'arme du programme pour obtenir de la Grèce une attitude plus docile sur la question des réfugiés, désormais prioritaire pour le gouvernement allemand tout est dit "prioritaire pour le gouvernement allemand"...n'est pas neuve. Une rumeur avait déjà circulé en novembre dernier. L'hebdomadaire allemand Wirtschaftswoche avait alors cité des sources gouvernementales qui affirmaient que « le gouvernement allemand n'excluait plus de regarder d'un œil favorable la mise en œuvre du troisième mémorandum si Athènes améliorait son engagement dans la crise des réfugiés. » Finalement, cette « récompense » semble avoir été mise en œuvre.
Berlin semble donc agiter au nez d'Alexis Tsipras la carotte du programme et le bâton de l'exclusion du pays de la zone Schengen. Rebelotte. Après la Grèce qui seront les suivants ? La semaine passée, la Commission européenne, sous la pression de l'Allemagne et de l'Autriche, notamment, a commencé à étudier la possibilité de « suspendre » la Grèce de l'espace de libre-circulation. Tout ceci traduit le fait que les priorités, depuis l'automne dernier ont changé en Allemagne : le respect du mémorandum n'intéresse plus guère l'opinion allemande, désormais focalisée sur la question des réfugiés.
Angela Merkel prise dans un étau politique
De son côté, Angela Merkel est prise dans un étau politique. Elle doit certes assumer son choix d'ouvrir les frontières pris en septembre dernier - et donc refuser les exigences de la CSU bavaroise d'une « limite haute » à l'accueil des réfugiés comme l'a fait l'Autriche - mais elle doit également stopper le flux des arrivées qui lui coûte politiquement très cher. Une partie de l'opinion n'accepte pas, en effet, ces arrivées et, souvent, il s'agit d'électeurs conservateurs. Selon les sondages de l'institut allemand Insa, entre le 3 août 2015 et le 1er février 2016, la CDU/CSU de la chancelière est passé de 43 % à 33 % des intentions de vote, tandis que le parti anti-immigration AfD est passé de 3 % à 13 %, menaçant de devenir la troisième force politique du pays. A cela s'ajoute les tensions dans la société, incarnées par les événements de Cologne au nouvel An et la poursuite des attaques contre les réfugiés. Au cours du seul mois de janvier, on a dénombré 16 agressions de ce type, faisant suite aux 887 recensées en 2015. Bref, la situation menace d'échapper à Angela Merkel.
Le double échec du plan Merkel
Or, le plan initial de la chancelière, qui consistait à répartir les réfugiés entre les pays de l'UE a échoué. Angela Merkel l'a, du reste, reconnu devant Alexis Tsipras, selon Kathimerini. Les attaques contre Paris le 13 novembre et les événements de Cologne ont été utilisés par plusieurs pays comme des justifications pour refuser cette répartition, notamment en Europe centrale. La menace, un temps proférée par Berlin, n'y a rien fait. L'Allemagne n'a pas été capable de convaincre la Pologne, la Slovaquie ou la République tchèque de remplir leurs obligations. D'autres Etats, comme le Danemark, la Suède ou l'Autriche, ferment leurs frontières ou établissent des quotas.
Quant à l'autre versant de la politique allemande, tarir le flux depuis la Turquie en offrant à Ankara des fonds (3 milliards d'euros ont été promis) et la reprise des négociations d'adhésion, il n'a pas été davantage couronné de succès. Il est vrai que la Turquie - à qui des actes concrets n'ont pas été demandés - a plutôt intérêt à maintenir la pression sur l'UE pour obtenir des conditions qui lui conviennent. Turquie a ainsi évoqué un besoin non plus de 3, mais de 5 milliards d'euros...
Focalisation sur la Grèce
Ce double échec a donc amené Berlin à faire porter la pression sur la Grèce, à la fois porte d'entrée de la zone Schengen et point de passage vers l'Autriche et l'Allemagne via la frontière avec l'Ancienne république yougoslave de Macédoine (ARYM). Nous retrouvons la géographie historique .... Depuis quelques semaines, le gouvernement a donc oublié l'idée d'une répartition des arrivées pour centrer ses critiques sur l'absence de contrôle des frontières grecques et de « centre de tri » des réfugiés (les fameux « hotspots ») en Grèce. Un mouvement qui a été suivie par Bruxelles. Stratégiquement, Angela Merkel avait tout à gagner à focaliser l'attention sur la Grèce. D'abord, elle pouvait faire oublier à son opinion publique ses échecs en utilisant le commode bouc émissaire grec, déjà fort utilisé pendant la crise de la dette. Ensuite, elle disposait, contre la Grèce, de moyens de pression dont elle manquait à vrai dire contre la Pologne ou la Turquie : l'exclusion de Schengen et le mémorandum.
Une bonne affaire pour la Grèce ?
Pour la Grèce, cette « proposition » allemande pourrait ressembler à un piège. Certes, une moindre pression financière sur le pays et une restructuration de la dette seront bienvenus. Mais il convient de ne pas oublier que l'on parle non pas du mémorandum en lui-même, mais de l'exécution de ce mémorandum. Or, la Grèce a déjà beaucoup accepté, adoptant depuis juillet dernier, plus d'une centaine de mesures. La réforme des retraites présentée par le gouvernement préserve l'existant, mais demeure une potion amère pour les futurs retraités, les entreprises et les salariés. En fait, la paupérisation allemande a touché volontairement et en toute déshumanité un des moteurs économiques de la Grèce. Pouquoi ? Le fonds de privatisation ne pourra pas être remis en cause. Enfin, concernant la dette, l'Allemagne ne semble pas devoir accepter de coupes dans la valeur nominale de cette dernière. Ce sera donc des concessions a minima.
En revanche, la Grèce risque de devenir un immense camp de réfugiés si elle se soumet aux pressions européennes. La frontière maritime avec la Turquie est impossible à fermer. Une fois les réfugiés sur les flots, quels que soient les forces de protection de la frontière, il faudra les accueillir. Et comme l'UE ne peut maîtriser les flux en Turquie, les arrivées risquent de se poursuivre. En revanche, la frontière avec l'ARYM est plus facilement contrôlable et c'est, du reste, la seule qui intéresse l'Allemagne, car il faut empêcher les réfugiés de prendre le chemin de Vienne et Munich. Autrement dit, en confiant ses frontières à l'UE, la Grèce risque de voir les réfugiés pouvoir entrer, mais non sortir. Le tout avec des réfugiés ne voulant pas demeurer dans un pays qui n'est pas leur destination. A cela s'ajoute les difficultés financières pour un pays qui reste sous pression liée à la gestion de l'accueil de réfugiés.
Circonscrire le problème à la Grèce
Bref, tout se passe comme si cette bienveillance allemande sur le programme vise uniquement à transférer le problème des réfugiés de l'Allemagne à la Grèce, sans vraiment chercher une solution pérenne. Le seul but visé est de stopper les arrivées de réfugiés à la frontière allemande. Elle traduit incontestablement une forme de panique d'Angela Merkel, mais aussi un fait inquiétant : les priorités de politique intérieure allemande semblent désormais déterminer les priorités de l'Union européenne.
Alexis Tsipras n'a pas vraiment le choix
Pour autant, Alexis Tsipras a-t-il les moyens de ne pas accepter l'offre de Berlin compte tenu de la situation de l'économie hellénique. Il ne peut guère se permettre de refuser un allègement d'un programme qui commence également à lui coûter cher politiquement. Depuis début janvier, Syriza est devancée dans certains sondages par Nouvelle Démocratie et une réforme des retraites durcie aurait du mal à passer au sein du groupe parlementaire. Le premier ministre a besoin politiquement d'une restructuration de la dette. Il peut espérer une certaine solidarité européenne pour la gestion des réfugiés, dans la mesure où Angela Merkel fera tout pour empêcher les réfugiés de reprendre leur route vers l'Allemagne. C'est un pari risqué compte tenu de la gestion désastreuse par les Européens de cette crise migratoire, mais Alexis Tsipras ne peut prendre le risque de voir la Grèce soumise à la pression de ses créanciers et jetée hors de la zone Schengen.

Ivan Best dans "La Tribune" du 4 janvier 2016 : La fin de la rigueur en Europe ?

" De nombreux pays européens s'affranchissent des traités budgétaires européens. De quoi relancer l'économie européenne. Non, tant que l'Allemagne s'y refusera et ne voudra pas entendre parler d'une coordination des politiques Qui doutera encore que nous sommes en europe allemande ? Est-ce la fin de la rigueur budgétaire en Europe ? Insensiblement, sans le crier trop sur les toits, la commission européenne laisse les « Etats membres » s'écarter de certaines règles budgétaires, afin d'éviter de peser sur une croissance encore très poussive. Rien à voir avec le situation des années 2011-2013, quand les pays en déficit étaient contraints à des « ajustements », pour reprendre le terme technocratique, plutôt sévères, qui ont précipité la zone euro dans une quasi récession, dont elle peine à sortir. Tout est dit....et malgré cela les allemands, allemands qui ont imposé l'austérité à tous en leur faveur, maîtrisent encore l'europe. Il faut dire que politiquement ils n'ont personne en face.
Les règles budgétaires oubliées
La France souvenez-vous des déclarations d'amitié et de soutien français avec l'allemagne. Allemagne qui a planté VOLONTAIREMENT l'europe à sa seule idéologie et à son seul profit financier, l'Italie et l'Espagne tout comme le Portugal veulent s'affranchir en 2016 de certaines règles et des plans de marche précédemment adoptés. La baisse du déficit ? Ce sera moins que prévu. Comme l'ont calculé les économistes de HSBC, l'Italie aurait pu baisser sensiblement son déficit public, grâce à d'importantes économies réalisées sur les charges financières de l'Etat, permises par la chute des taux d'intérêt. Mais Matteo Renzi n'a pas voulu en entendre parler. Le programme de stabilité italien (de 2015) prévoyait de ramener le déficit public à 1,8 du PIB en 2016 ? Ce sera finalement 2,4%. « Nous devons rester attentifs au budget, mais moins aux virgules », a déclaré le premier ministre italien. L'ajustement structurel, c'est-à-dire la baisse du déficit hors effet de la conjoncture devait être de 0,5 point de PIB en Italie, en 2016. En fait, c'est une hausse du déficit structurel (+0,5%) qui est programmée.
La France, elle, est sensée diminuer son déficit structurel de 0,8 point chaque année, en 2016 et 2017. C'est l'engagement qu'elle avait pris à Bruxelles. La réalité sera différente, selon les calculs des experts de HSBC, ce sera seulement 0,3 point de baisse. Certes, une certaine rigueur prévaut en matière de dépense : jamais la dépense publique n'avait aussi peu progressé en France, depuis 20 ans. Mais le pacte de compétitivité, fondé sur une série d'allègements d'impôts et charges en faveur des entreprises, impacte sensiblement les recettes fiscales.
Quant à l'Espagne, la commission européenne a affirmé en octobre vouloir retoquer son budget 2016. Car, au lieu de parvenir comme prévu à un déficit public sous les 3% du PIB, l'Espagne afficherait 3,6% en 2016. « L'effort structurel », sensé atteindre 1,2 point de PIB, sera en fait quasi nul (0,1 point de baisse du déficit), selon HSBC. Mais après avoir menacé de manier le bâton budgétaire, la commission est revenue en arrière, affirmant qu'elle réexaminerait la situation en 2016...
Il est possible que Bruxelles, qui a approuvé le budget français, impose en 2016 des correctifs à ceux de Madrid et Rome. Mais on ne reviendra pas à la rigueur des années 2012-2013.
L'Allemagne bonne élève?
Bref, l'heure n'est plus au respect scrupuleux des traités. Seule l'Allemagne fait figure, à cet égard, de très bon élève. Elle affiche un excédent des finances publiques, et son endettement se réduit encore plus vite que prévu. Mieux : hors effet de la conjoncture, son excédent budgétaire atteint presque 1% du PIB, bien au-delà des objectifs prévus par les traités (0,5% de déficit). Des économistes de la commission européenne jugent la politique budgétaire allemande trop restrictive... mais cette analyse n'est guère relayée au niveau politique.
Le gouvernement allemand peut mettre en avant les nouvelles dépenses qu'occasionne l'accueil des réfugiés. Ainsi, la dépense publique pourrait augmenter de 3,8% Outre-Rhin en 2016, estime HSBC. Du jamais vu en Allemagne, où des coupes drastiques, ont eu lieu en 2011 et 2012.
Une relance?
De quoi relancer l'économie européenne ? Cela ne peut pas faire de mal. Mais c'est très insuffisant. Des dépenses sont nécessaires, s'agissant notamment de l'investissement public. Même des experts allemands le disent : un rapport officiel, commandé par le ministre de l'Economie Sigmar Gabriel, estime à 90 milliards d'euros le manque d'investissement cumulé, en comparaison avec la moyenne des pays de l'OCDE. Mais Angela Merkel ne veut pas entendre parler, qui tient à son déficit budgétaire zéro. Du coup, l'Allemagne continue d'afficher un excédent record pour sa balance extérieure des paiements courants : à plus de 8% du PIB, il tient bien sûr basiquement à des exportations toujours en hausse, qui dépassent donc de 8% du PIB les importations. Mais ce chiffre traduit surtout le manque de consommation et d'investissement en Allemagne, où les salariés produisent massivement pour l'étranger, accumulant une épargne colossale.
Un excédent allemand phénoménal
En raison de cet excédent allemand, qui traduit un déséquilibre macro-économique, selon les termes mêmes des traités européens -lesquels fixent à 7% du PIB l'excédent maximum de la balance extérieure d'un pays membre- l'ensemble de la zone euro produira plus qu'elle ne consomme et investit cette année. C'est ce que signifie l'excédent de la balance courante attendu à au moins 3% de la richesse produite. Autrement dit, les européens épargneront à hauteur de 3% du PIB de la zone euro, et ils pourraient dépenser plus tout en restant vertueux. Sauf que nos voisins allemands ne veulent pas entendre parler d'une relance par la dépense, qui viendrait soutenir une politique monétaire accommodante.
En lançant -bien tardivement- son Quantitative easing, la Banque centrale européenne a fait tout ce qu'elle pouvait pour soutenir la conjoncture européenne. Elle a fait chuter partout en Europe les taux d'intérêt, entraînant une baisse de l'euro, évidemment favorable aux exportations.... Mais sans aucun soutien de la politique budgétaire, comme avait pu le dire le président de la BCE, Mario Draghi, cela n'ira pas bien loin....
Un équilibre de sous-emploi
Le risque, c'est donc que la zone euro se maintienne dans ce qu'on peut appeler un équilibre de sous emploi, les capacités de production restant durablement sous-utilisées. Ce n'est pas la petite reprise prévue pour 2016 -croissance de l'ordre de 1,5% du PIB- qui la sortira de cette situation. En France, pays moyen de la zone euro s'il en est, le PIB par habitant n'a toujours pas retrouvé son niveau de... 2007 ! Du jamais vu, bien sûr, depuis que le PIB est calculé chaque année (1949).
L'absence de réaction des gouvernements face à cette situation ne laisse pas d'étonner les économistes anglo-saxons. L'américain Lawrence Summers, ex secrétaire d'Etat au Trésor (sous Bill Clinton) remarque ainsi fréquemment qu'on parle souvent de la « stagnation séculaire » -dont il est l'un des théoriciens- aux Etats-Unis, pays qui connaît la croissance depuis près de sept ans, mais, paradoxalement, très peu en Europe, où l'économie, considérée globalement (la zone euro) sort à peine, et de façon incertaine, de quatre ans de récession-stagnation.
Les conséquences de la non coordination des politiques
Le fonctionnement de ce qui est censé être une Union économique et monétaire n'est-il pas en cause ? Même un économiste d'obédience libérale, comme Patrick Artus, le pense. Dans une étude qu'il vient de publier, le directeur des études économiques de Natixis s'interroge sur l'absence de coordination des politiques en Europe et les conséquences de cette situation. En fait, c'est tout pour l'allemagne. Allemagne politique qui connaissant son histoire et sachant que rien n'a réellement changé pratique la politique qu'il faut pour ne pas ressombrer dans les abîmes passés. Il suffit de se souvenir des propos allemands sur le Peuple Grec. Qu'il est dommage que Tsipras ait cédé. Il reste l'espoir que les Anglais réagissent comme l'aurait fait Churchill. Il faut mettre fin à l'europe allemande pour enfin pouvoir créer l'Europe de la Paix. 
Trois exemples essentiels pour l'économie européenne, de politiques non coopératives, peuvent être mis en avant. S'agissant des politiques budgétaires, d'abord, la divergence entre l'Allemagne qui refuse toute véritable relance et l'Europe du sud, « génère une forte inefficacité », écrit Patrick Artus. Non seulement parce que la demande globale s'en trouve réduite, mais parce qu'un pays relançant par le budget fait profiter surtout ses voisins de l'effet de sa politique. Sans parler de l'obligation faite par la commission européenne en 2011 à tous les pays en déficit budgétaire de le réduire en même temps à marche forcée, ce qui a -comme le prévoyaient nombre d'économistes- précipité la zone euro dans la récession.
Concurrence par les coûts de production
Les politiques salariales, ensuite. Non coordonnées, elles risquent d'aboutir à une concurrence par les coûts de production, nuisible à l'ensemble des économies, enseigne la théorie. Et c'est ce qu'on a vu avec l'Allemagne, qui, de 2000 à 2007, a fortement comprimé les salaires. L'économie allemande, diminuant ainsi ses coûts de production, a pu gagner des parts de marché au détriment des autres pays européens. Au total, la zone euro n'y a rien gagné. L'Espagne pratique une politique identique depuis 2009.
Que se serait-il passé si ces politiques avaient été coordonnées ? Les salaires seraient plus élevés, souligne Patrick Artus -la demande en Europe le serait donc aussi- ; et l'inflation plus forte (le risque de déflation aurait été écarté plus franchement).
Enfin, la concurrence fiscale -baisse de la fiscalité sur les facteurs mobiles de production, afin d'attirer les investissements- conduit bien sûr à des « biais de compétitivité entre les pays » souligne Patrick Artus. Et elle aboutit à une baisse excessive de l'imposition des facteurs mobiles de production, par rapport aux autres.
Une Europe où les gouvernements coordonneraient leur politique économique -sous l'impulsion de la commission européenne, dont ce pourrait être le rôle- aurait donc des salaires plus élevés, un investissement public supérieur et une taxation moins élevée de la consommation ou du travail. Au total, la croissance aurait été plus forte ces dernières années, et l'emploi s'en trouverait évidemment mieux.

Commentaire : Pour celles et ceux qui veulent revoir mes commentaires concernant les articles 2010/2013 voir ce lien ICI Sur demande je peux fournir les autres années.

Souvenez-vous :

Romaric Godin dans "La Tribune " du 16 septembre 2015 Article intitulé : Grèce : le stupéfiant aveu de la BCE

" Le vice-président de la BCE a reconnu que la menace de Grexit n'avait "jamais été lancée pour de vrai". Un aveu étonnant qui jette une nouvelle lumière sur les événements de l'été dernier.
C'est un aveu qui passera sans doute inaperçu, mais qui lève un voile sur la réalité brute de la stratégie des créanciers de la Grèce en juillet dernier. Dans une interview accordée à Reuters ce 16 septembre, le vice-président de la BCE, Vitor Constâncio, affirme, sans sourciller, que la menace d'expulsion de la Grèce de la zone euro, le fameux « Grexit », « n'a jamais été lancée pour de vrai parce que ce ne serait pas légal. » Et le Portugais de regretter que, du coup, il est désormais nécessaire de « supprimer les doutes qui demeurent sur la viabilité du bloc monétaire. »
La menace de Benoît Cœuré
Tout ceci n'était donc qu'une farce ? Rien de vrai ? Pourtant, la menace de Grexit a bel et bien été agitée, non seulement par Wolfgang Schäuble, mais aussi par la BCE. Mardi 30 juin, par exemple, trois jours après l'annonce par Alexis Tsipras de l'organisation d'un référendum sur les propositions des créanciers, Benoît Cœuré, membre du directoire de la BCE affirmait  dans une interview accordée aux Echos que « la sortie de la Grèce de la zone euro, qui était un objet théorique, ne peut malheureusement plus être exclue. » Et il allait encore plus loin, en se projetant dans l'hypothèse d'un Grexit : « ce serait un défi pour l'Europe qu'elle devrait relever au plus vite, en renforçant sérieusement son cadre institutionnel. » Avec ces mots très forts, le Français laissait entendre que la BCE était préparée à faire face à cette option. Ces déclarations étaient lourdes de conséquences, car seule la BCE pouvait, en privant la Grèce de liquidités, contraindre Athènes à sortir de l'Union monétaire. Qui peut accorder sa confiance en ce type de personne ? En fait, en ces collabos.  Parce que des vieillards, des femmes enceintes, des cancéreux n'ont plus pu se soigner. Y vais-je fort ? Prenez connaissance de ce lien ICI
Les déclarations du 3 juillet de Vitor Constâncio
Cette interview était donc une véritable menace sur le gouvernement, mais aussi sur le peuple grec qui s'apprêtait à se prononcer dans le référendum. Mais Vitor Constâncio affirme aujourd'hui que ce n'était pas « pour de vrai. » Pourtant, lui-même, quatre jours plus tard, le 3 juillet, déclarait que la BCE ne couperait pas le robinet de l'ELA, sauf s'il avait le soutien des dirigeants de la zone euro. Autrement dit, il mettait en place un processus d'exclusion de la zone euro : l'Eurogroupe estime qu'un pays n'est plus digne d'être membre de la zone euro et la BCE met la menace à exécution. Ceci n'était pas une parole en l'air. Dans la semaine qui a suivi le référendum, c'est ce qui a fait basculer le gouvernement grec.
Menaces supplétives de la stratégie de Wolfgang Schäuble
En effet, le 11 juillet, lorsque Wolfgang Schäuble a présenté son plan d'exclusion « temporaire » de 5 ans de la Grèce, Alexis Tsipras a pu croire que c'était « pour de vrai », puisque Vitor Constâncio avait indiqué qu'un feu vert pour le Grexit de l'Eurogroupe entraînerait la BCE à réaliser ce Grexit. Il a donc pris peur et cru qu'en effet, la Grèce était au bord de l'exclusion. Il a alors accepté le 13 juillet le principe d'un troisième mémorandum qu'il a signé le 19 août. C'est dire si la BCE a parfaitement servi la stratégie de Wolfgang Schäuble qui, in fine, a permis le triomphe d'Angela Merkel. La chancelière a pu ainsi, comme son alliée (non, son collaborateur) François Hollande, se présenter comme « sauveur de l'euro. » Cet euro  est à combattre car il fera notre perte. Il faut voter contre cette europe.
La BCE avait un objectif politique
Ces déclarations de Vitor Constâncio mettent donc à jour le plan des créanciers : menacer de Grexit un gouvernement grec qui, il est vrai, était prompt à bien vouloir l'être, afin de remporter la victoire politique que les créanciers cherchaient depuis les élections du 25 janvier. Ces créanciers n'avaient, en réalité, aucunement l'intention de procéder à un Grexit qui les aurait tout autant fragilisés que la Grèce. Ils ont utilisé toute la force des institutions pour obtenir une victoire complète contre un gouvernement qui ne leur convenait pas afin de détruire la base politique de ce gouvernement.
Une pierre dans le jardin d'Alexis Tsipras
Cette déclaration de Vitor Constâncio induit trois conséquences. La première concerne Alexis Tsipras. L'aveu du Portugais détruit le storytelling de l'ancien premier ministre grec selon lequel il «n'avait pas le choix » et que s'il refusait de signer l'accord du 13 juillet, la Grèce était exclue de la zone euro. En réalité, on peut désormais affirmer que si Alexis Tsipras n'avait pas cédé, que s'il avait introduit un projet de monnaie parallèle, la balance des peurs auraient changé de camp. Si les créanciers craignaient réellement le Grexit, il aurait alors pu espérer obtenir un compromis plus favorable, sur la base de ses propositions du 22 juin. Alexis Tsipras s'est donc bien trop empressé de croire un Wolfgang Schäuble qui n'avait pas les moyens de ses menaces. C'est une mauvaise nouvelle pour le leader de Syriza à quatre jours de l'élection de dimanche.
La crédibilité de la BCE en question
Deuxième conséquence : la crédibilité de la BCE devrait être fortement atteinte par cet aveu. Voilà une banque centrale, une des trois ou quatre plus puissantes du monde, qui s'amuse à lancer des menaces sur l'avenir et la structure de sa propre monnaie « pour de faux » ! Son vice-président peut, sans rire, affirmer tranquillement qu'il a menti en pleine crise. Il y a là de quoi s'interroger sur la gestion de l'euro et sur l'indépendance de la BCE. L'institution de Francfort a donc bel et bien joué les supplétifs de la stratégie de Wolfgang Schäuble et de l'objectif politique des créanciers. Vitor Constâncio confirme que la BCE n'est pas une puissance indépendante dans la zone euro. Ceci permet sans doute mieux d'apprécier ses prises de décision. Si la menace du Grexit n'était pas pour de vrai, alors le mythe selon lequel les décisions de la BCE sur la liquidité d'urgence ou sur l'acceptation des bons grecs à son guichet était également une farce.
L'irresponsabilité des dirigeants de la BCE
Troisième conséquence : une fois encore, donc, la BCE a pratiqué une forme de « chantage » sur un pouvoir démocratiquement élu d'un pays membre. Ce chantage devient presque un mode de gestion de l'euro. Il a déjà été pratiqué sur l'Irlande en 2010 et sur Chypre en 2013. Mais, ce qui est frappant, c'est qu'à chaque fois, les dirigeants de la BCE ne sont aucunement rendus responsables de ces actes. Aucune poursuite, aucune enquête sur ces méthodes n'est possible. On a même vu dans le cas irlandais avec Jean-Claude Trichet que, une fois le mandat des dirigeants achevé, ils n'ont pas davantage de comptes à rendre. L'indépendance de la BCE est à géométrie variable : elle est utile pour protéger les banquiers centraux, mais négligeable pour mettre au pas des gouvernements indisciplinés. Cette irresponsabilité est une faille démocratique désormais béante dans la construction de la zone euro, mais on voit bien que, dans les projets de réforme de la zone euro, il n'est pas question de revenir sur ce fonctionnement. Tant qu'il en sera ainsi, le désaveu populaire vis-à-vis de l'euro ne pourra que croître."

Et plus proche :

Mathias Thépot dans "La Tribune " du 11 décembre 2015 Article intitulé : Pourquoi l'Europe ne peut plus vivre en dessous de ses moyens Savourez cet article comme j'ai pu le savourer. Enfin, les dogmes tombent et la presse accepte de parler et d'écrire les réalités et non le consensus "imposé".

" Il est temps que l'Europe réinvestisse dans la croissance, et mette un terme à sa tendance à l'accumulation des excédents, selon l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Il est temps que la zone euro arrête de vivre en dessous de ses moyens et investisse ! C'est en substance le message délivré jeudi 10 décembre par l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans une étude intitulée « donner une chance à la reprise » en Europe, élaborée conjointement avec ses homologues de l'AK Wien (Autriche), l'ECLM (Danemark) et l'IMK (Allemagne). Ce groupe d'instituts -nommée IAGS - vise en particulier le couple germano-bruxellois, responsable des politiques de restriction budgétaire au sein de la zone euro, et qui sont source d'échec.
Reprise molle
Car après l'austérité des années 2011-2013, la reprise en zone euro peine à se matérialiser concrètement comment s'étonner de ce fait ? Qui connait une austérité profitable dans cette configuration, hormis pour les promoteurs de l'austérité qui ont adapté leur économie à percevoir les fruits de cette dernière au détriment d'autres pays et des Peuples ? Souvenez-vous des commentaires sur la trahison de l'allemagne de Merkel. : la croissance n'y sera que de 1,6 % pour 2015 et la Commission européenne table sur + 1,8 % en 2016 et + 1,9 % en 2017. De faibles taux, alors même que  les facteurs externes sont plutôt favorables à la croissance  : la baisse des prix du pétrole, un euro faible, une pause globale dans le processus de consolidation budgétaire, et surtout une politique monétaire impulsée par la Banque centrale européenne qui se veut expansionniste, au moins jusqu'en mars 2017.
Le chômage en zone euro reste par ailleurs proche des 11 %, avec de fortes divergences entre les pays, tout particulièrement entre les pays du nord et les pays du sud. L'avenir de certains pays importants, comme l'Italie, inquiète tout particulièrement les économistes de l'OFCE. Plus globalement, « il faudra attendre entre sept et huit ans avant de retrouver le taux de chômage d'avant crise en Europe », s'inquiète Xavier Timbeau, directeur principal à l'OFCE. Bref, le climat est morose.
Épargner ailleurs plutôt qu'investir chez soi
Mais il y a pire. En effet, l'un des grand maux de la zone euro, et tout particulièrement de l'Allemagne, c'est son obsession  pour l'accumulation des excédents courants. La politique allemande cherche à mettre tout en œuvre en interne pour être compétitif et conquérir des marchés mondiaux. Ainsi, l'Allemagne et, dans une moindre mesure, les autres pays de la zone euro préfèrent épargner leurs rentrées d'argent ailleurs qu'en Europe, plutôt que de les consommer ou de les investir sur le marché domestique. L'excédent courant de la zone euro atteint ainsi 3,8 % de son PIB en 2015, selon l'OCDE. Du jamais vu. A titre de comparaison, le solde positif de la balance courante de la zone euro n'atteignait que 0,5 % du PIB en 2010. Alors, ai-je été trop dur dans mes commentaires passés ?
Ainsi, à l'inverse de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis, l'investissement productif dans la zone euro est en constante baisse depuis 2011. Cette situation coïncide avec les politiques de restriction budgétaire mises en œuvre dans la zone, et qui ont contribué à minorer les dépenses de tous les acteurs économiques. Clairement, l'Allemagne impulse cette politique : son excédent courant atteint désormais 280 milliards de dollars soit 8,3 % de son PIB, selon l'OCDE, sur un excédent total de 436 milliards de dollars pour la zone euro.
Respecter les règles européennes
Obnubilé par sa conquête des marchés extérieurs, l'Allemagne joue depuis plus de 10 ans sur la modération salariale, la précarisation du travail et la maîtrise des comptes publics pour limiter la demande interne et renforcer sa compétitivité externe. Une politique qui, couplée avec une monnaie unique, mène la zone toute entière dans le mur, affirme l'OFCE.
Au cours des cinq dernières années, l'Allemagne a même affiché un excédent supérieur à 6 % du PIB, limite au-delà de laquelle la Commission européenne repère un « déséquilibre macroéconomique. ». Pour que les excédents dégagés soient réinvestis dans l'économie européenne, il faudrait donc déjà « que la Commission européenne demande à l'Allemagne de respecter les règles européennes et cet engagement de 6 % », estime Xavier Ragot, le président de l'OFCE. Il faut sortir de cette europe allemande pour mieux recréer l'Europe de la Paix avec une Allemagne non conquérante et non prédominatrice. Si ce n'est pas possible, il faut créer l'Europe de la Paix sans l'Allemagne tout en la controlant car, ne l'oublions pas, l'Europe de la Paix doit être créée pour se protéger du retour à une histoire "boche".  Pour celles et ceux qui pourraient penser que j'y ai été "fort", comment justifier une politique de paupérisation qui a mené des millions d'européens à la pauvreté voire à la pauvreté absolue ? Comment justifier les insultes employées par certains "politiques" allemands envers des peuples Européens ? Insultes identiques à celles employées par l'allemagne nazie ? Je répète que mes propos ne s'adressent pas au Peuple Allemand ni à l'ensemble des politiques allemands mais bien à la descendance politique nazie qu'elle soit allemande, belge, française ou autres. Etant Belge, nous avons eu et avons encore, nous aussi, notre lot de nazis.

Si je comprends que ces mots puissent géner, je pense qu'il nous faut toujours être des plus vigilants et des plus intolérants avec ces faits.

N'oubliez pas que nous entrons dans une phase de "révolution SOCIOECOPOFI" déjà connue dans l'histoire comme fin des années 20. L'influence des innovations informatiques et autres, si elles créeront un "nouveau monde" à terme, vont déstabiliser totalement les paradigmes actuels. C'est bien dans cette période qu'il faut A TOUT PRIX maintenir un niveau de vie des Peuples afin que ces derniers ne soient pas tentés par les extrêmes qui ne vivent que de la paupérisation et des peurs. L'économie est avant tout humaine, l'oublier en faveur d'une économie financière a toujours mené aux guerres. C'est pourquoi nous devons maintenir, entre le moment de la mise place des révolutions industrielles et les effets positifs de leur généralisation et de leur "maturité", le pouvoir d'achat de la majorité. Paradoxalement, cette réalité est assez simple à mettre en place et à valoriser si l'on accepte de revoir certains dogmes passés et actuels concernant le temps de travail, la rente universelle (quelle différence entre une rente universelle et le principe de multiples défiscalisations chargées de maintenir les ressources de quelques uns au détriment de l'ensemble et autres "stupidités SOCIOECOPOFI" mises à la charge de tous pour favoriser la minorité qui corrompt ?) etc.. pendant la période de déstabilisation économique.

C'est pourquoi, il nous faut "foutre en l'air" cette europe.

Cette europe n'est pas l'Europe de la Paix.

Cette europe est l'europe des lobbies et l'histoire a montré et démontré que cela se terminait toujours très mal.

Il nous faut "casser" cette europe pour mieux imposer sa reconstruction Humaine et Humaniste.

"Si les vivants ferment les yeux des morts, le temps n’est-il pas venu que les morts ouvrent les yeux des vivants"

Vaclav Havel : « La sauvegarde de notre monde humain n’est nulle part ailleurs que dans le cœur humain, la pensée humaine, l’humilité humaine, la responsabilité humaine. Sans révolution globale dans la sphère de la conscience humaine, rien ne peut changer positivement, même dans la sphère de l’existence humaine, et la marche de notre monde vers la catastrophe écologique, sociale, démographique ou culturelle, est irréversible"


Aymeric Jung : "Comme l’écrivait justement l’auteur de Big Brother “à une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire”."


Une hausse de l'euro nuirait à l'Allemagne
Il serait donc (enfin) temps d'investir dans la zone euro afin de faire repartir l'activité, invective les économistes de l'OFCE. Et pour convaincre l'Allemagne, en plus d'avancer le risque d'explosion de la zone euro tant la situation devient intenable pour certains pays, l'IAGS avance un second argument : celui de voir les excédents allemands perdre de leur valeur une fois que les politiques d'assouplissement monétaire de la BCE seront épuisées, car l'euro s'appréciera. Ainsi, au plus tard en 2017, l'OFCE prévoit « une appréciation du taux de change de 25 % de 1,30 à 1,40 dollar l'euro ». Ce qui aura un effet négatif sur la valeur des actifs accumulés hors zone euro par l'Allemagne ces dernières années.
De quoi, espère l'OFCE, persuader Berlin de réinvestir ses excédents dans la zone euro, et plus globalement de « remédier au problème de gestion macroéconomique de la zone euro », explique Xavier Timbeau.
Relancer (vraiment) l'investissement
L'OFCE milite surtout pour aller plus loin que le seul « Plan Juncker » en Europe, que Xavier Timbeau apparente à une recapitalisation à hauteur de 21 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement (BEI), laquelle l'a déjà été en 2012 de 60 milliards d'euros, ainsi qu'en 2005 de 67 milliards d'euros, « sans que cela n'ait un impact significatif sur l'investissement », constate-t-il. Il prône plutôt « une gestion active de la demande » par l'investissement afin d'enclencher un cercle vertueux à l'intérieur de la zone euro, et qui n'oublierait pas le risque de hausse des inégalités.
Car l'addition des individus au chômage, de ceux voulant un travail mais n'en cherchant plus, et des personnes en situation de sous-emploi, atteint environ 23 % de la population active de la zone euro, selon les chiffres recoupés par l'OFCE. L'investissement social, notamment dans l'éducation, ne pourra donc être délaissé. Sous peine de laisser aux générations futures un héritage bien médiocre. ou la guerre."

Commentaire : Si parfois mes commentaires vous choquent, je tiens à vous présenter mes excuses . Cela est du au fait que mes analyses se basant à la fois sur les enseignements du passé et sur la prospective me font toucher (peut-être à tort) des évidences qui parfois sont des plus négatives. Pour celles et ceux que je choque, j'espère qu'elles et qu'ils ne retiennent que la pertinence de mes propos. Pertinence qui ne se juge que dans le temps et non dans l'instant moutonnier de la publication. Si pendant des années, j'ai opté volontairement pour être et rester dans le système du "bien penser" et de l'anonymat, je pense que les dérives de l'europe allemande, du monde financier etc... implique de dire, au risque de se tromper, nos réalités. Dans tous les cas, le temps est notre seul juge. Avec le temps, comment jugez-vous le bien fondé (ou non) de mes propos ? Excellent week-end. A ce stade, j'ose écrire "avec toute mon amitié".