BCE 2016

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la tribune
Stagnation séculaire ou marasme auto-infligé ?
Par Hans-Werner Sinn  |  30/09/2016, 16:42  |  931  mots
  

(Crédits : Reuters)
En se lançant dans une politique monétaire laxiste, la BCE a empêché l'économie d'aller jusqu'au bout de son cycle baissier, ce qui aurait permis une purge. Du coup, le rebond de la croissance est désormais impossible. Par Hans-Werner Sinn, professeur d'économie à l'université de Munich, ex-président l'Institut de recherche économique Ifo.
 Il y a huit ans presque jour pour jour, l'effondrement de la banque Lehman Brothers plongeait l'économie mondiale dans la récession. Le marché interbancaire s'est lui aussi effondré et le monde industriel a été précipité dans la pire crise depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Bien que les banques centrales aient maintenu les taux d'intérêt à des niveaux historiquement bas, nous n'avons pas encore entièrement surmonté la crise. Au contraire, nombre de pays dont ceux du sud de l'Europe et la France font du surplace. Quant au Japon, il est sur la corde raide depuis 25 ans.
Pour certains économistes il s'agit d'une "stagnation séculaire", un phénomène décrit en 1938 par Alvin Hansen, un économiste américain qui s'est inspiré d'une section du Capital de Marx intitulée Loi tendancielle de la baisse du taux de profit. Dans cette perspective, du fait de l'épuisement progressif des projets d'investissements rentables, le taux d'intérêt réel "naturel"  continue à baisser. Stabiliser l'économie ne peut donc se faire que par une baisse équivalente des taux directeurs.
Un "marasme auto-infligé"
Au vu de l'énorme bulle du crédit qui a précédé la crise au Japon, aux USA et au sud de l'Europe, ainsi que des mesures agressives appliquées par les banques centrales au cours de ces dernières années, je ne pense pas que cette théorie soit correcte. Il est possible qu'un mécanisme très différent soit à l'origine de la stagnation d'après-crise, ce que j'appelle le "marasme auto-infligé".
La théorie du cycle des affaires de l'économiste Joseph Schumpeter éclaire cette hypothèse. Des erreurs d'anticipation de la part des acteurs du marché créent à intervalle régulier des bulles du crédit et du prix des actifs. S'attendant à une hausse des prix et des revenus, les investisseurs achètent des biens immobiliers résidentiels ou commerciaux et se lancent dans de nouvelles affaires. Les prix de l'immobilier montent, parallèlement à un boom de la construction. Une nouvelle phase d'expansion rapide commence, soutenue en partie par la relance de l'économie intérieure qui bénéficie notamment aux services. L'augmentation des revenus rend les emprunteurs de plus en plus audacieux, ce qui renforce le processus.
C'est alors que la bulle éclate. Les investissements s'assèchent, les prix de l'immobilier chutent, les entreprises et les banques font faillite, les employés sont licenciés et les immeubles se vident de leurs habitants. Une fois que les prix et les salaires ont baissé, de nouveaux investisseurs apparaissent avec de nouvelles idées et créent de nouvelles entreprises. Une nouvelle phase d'expansion rapide intervient à l'issue de cette "destruction créatrice".
 Les banques centrales ont bloqué le cycle économique
Mais dans la crise actuelle, la politique monétaire a devancé la phase de destruction créatrice qui aurait pu constituer le fondement d'une relance de la croissance. Les détenteurs d'actifs ont persuadé les banques centrales qu'il est possible d'éviter le cycle économique de Schumpeter au moyen d'achats à grande échelle d'obligations financés par la planche à billet et d'une réduction correspondante des taux d'intérêt.
Ces mesures ont effectivement arrêté la chute du prix des actifs à mi-chemin et de ce fait sauvé une grande partie des richesses. Mais elles ont aussi amené nombre de jeunes entrepreneurs et investisseurs à renoncer à de nouveaux projets. Les entreprises établies  survivent sans avoir les moyens de procéder à de nouveaux investissements. Au Japon et en Europe un grand nombre de ces entreprises et banques zombies empêchent maintenant des concurrents potentiels de relancer la croissance. Il en résulte une "ossification" de l'économie qui ressemble à la stagnation séculaire décrite par Hansen. Mais en réalité le marasme est auto-infligé.
Recourir à une forte dose de destruction créatrice
La faiblesse des taux d'intérêt ayant réduit les bénéfices des gérants d'actifs, certaines banques centrales - notamment la Banque centrale européenne (BCE) - ont compté sur des baisses successives des taux d'intérêt pour augmenter la valeur des actifs. L'économie est donc prise dans un piège qui contraint la BCE à adopter une politique monétaire de plus en plus radicale. Son programme actuel de relâchement monétaire vise à doubler la masse monétaire à très court terme. D'autres mesures sont en préparation, qu'il s'agisse d'enfoncer par touches successives les taux d'intérêt nominaux plus profondément dans la zone négative ou de "l'argent hélicoptère".
Le seul moyen de sortir du piège est de recourir à une forte dose de destruction créatrice qui devra s'accompagner en Europe d'une diminution de l'endettement et de sorties de la zone euro, suivies de dévaluations. Le choc sera douloureux pour les détenteurs de richesse, mais après une baisse rapide de la valeur en dollar des actifs (notamment le foncier et l'immobilier), de nouvelles entreprises et des projets d'investissements apparaîtront, accompagnés de création d'emplois. Le rendement des investissements sera à nouveau élevé, l'économie pourra retrouver la prospérité et des taux d'intérêt normaux. Plus tôt aura lieu la purge, moins douloureuse elle sera, et plus tôt les Européens et d'autres pousseront un soupir de soulagement.
Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz
Hans-Werner Sinn est professeur d'économie à l'université de Munich et membre du conseil du ministère allemand de l'économie. Il a présidé l'Institut de recherche économique Ifo.
© Project Syndicate 1995-2016


Dans "Trends" du  01 06 16 Article intitulé : "La BCE manque en grande partie son objectif"
 Pierre-Henri Thomas Journaliste
01/06/16 à 15:23 - Mise à jour à 15:23
Le Français Jacques de Larosière, ancien directeur général du FMI, explique pourquoi nous souffrons toujours de l'implosion du système de Bretton Woods survenue voici plus de 40 ans. Et il s'interroge avec inquiétude sur la politique de la Banque centrale européenne.
Il a dirigé le Fonds monétaire international de 1978 à 1987, gouverné ensuite la Banque de France puis présidé la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD). Jacques de Larosière a donc été de ceux qui ont assisté en première ligne aux effets de l'effondrement, le 15 août 1971, du système monétaire de Bretton Woods, qui avait permis au monde de se reconstruire après la Seconde Guerre mondiale.
Dans ses mémoires, intitulés 50 ans de crises financières (1), cet ancien diplômé de l'ENA (même promotion que Michel Rocard) nous livre un témoignage précieux, à la fois personnel et instructif, sur un demi-siècle d'histoire financière. C'est d'ailleurs Yvo Maes, professeur à l'UCL et conseiller senior auprès de la Banque nationale de Belgique, qui l'a poussé à écrire cet ouvrage dans lequel on y croise parfois des compatriotes, tels l'ancien gouverneur de la BNB Jean Godeau, les administrateurs du FMI André Van Campenhout et Jacques de Groote, ou encore l'économiste Robert Triffin, auquel Jacques de Larosière voue une grande admiration. Yvo Maes a eu raison : le témoignage de Jacques de Larosière éclaire d'une lumière nouvelle et pénétrante les turbulences financières que nous vivons aujourd'hui.
TRENDS-TENDANCES. Vous avez choisi de titrer vos mémoires : "50 ans de crises financières". Les crises rythment en effet les dernières décennies. On a même l'impression qu'elles surgissent plus souvent et avec plus d'intensité. Pourquoi ?
JACQUES DE LAROSIERE. C'est la question centrale du livre. Ma thèse est celle-ci : nous avions sous le régime mis en place par les accords de Bretton Woods (signés en juillet 1944) un système de taux de change très stable (basé sur une monnaie pivot, le dollar, convertible en or à une parité fixe, 35 dollars l'once). Les taux de change ne pouvaient évoluer que dans des couloirs de variation très étroits. Les pays qui étaient membres de l'organisation étaient obligés de régler leur politique monétaire avec une grande discipline. Sans discipline, ils éprouvaient bientôt des problèmes de change, de déficit de leur balance des paiements. Ils pouvaient certes demander au FMI l'autorisation de dévaluer, mais la procédure était compliquée et culpabilisante pour les gouvernements. Le système était très cohérent.
Mais ce système, basé sur le dollar, ne pouvait pas tenir. Dès le départ, certains économistes comme le Britannique Keynes ou le Belge Robert Triffin l'avaient pressenti.
C'est le génie de ces deux auteurs d'avoir compris dès la fin des années 1940 la faiblesse inhérente de ce système qui a cependant bien fonctionné jusqu'à ce que les Etats-Unis glissent dans l'inflation durant les années 1960. Robert Triffin a bien montré que quand vous avez une monnaie centrale, vous arrivez rapidement à un dilemme. Soit vous avez une monnaie très bien gérée et rien ne se passe au niveau de la balance des paiements. Mais alors le système n'a pas assez de liquidités pour financer son développement. En effet, les pays étrangers ont besoin de dollars pour financer leur déficit, leurs investissements, leur rattrapage économique mais ils n'en n'ont pas puisque les Etats-Unis sont à l'équilibre. Soit les Etats-Unis glissent vers le déficit systématique, le système est alors alimenté en dollars, mais le dollar devient moins crédible et sa parité or est menacée. Les banques centrales étrangères ont alors tendance à demander sa conversion en or, mais le stock d'or n'est pas suffisant et on va vers la crise. C'est ce qui s'est d'ailleurs passé. Triffin avait écrit le scénario avec 20 ans d'avance !
Le système de Bretton Woods implose donc le 15 août 1971.
Oui. En août 1971, pour des raisons liées notamment au déficit américain creusé par la guerre du Vietnam, le système implose et l'on vit, sans en prendre toute la mesure, une profonde modification dans la manière dont l'économie mondiale est gouvernée. On tente bien, pendant un an ou deux, de le rafistoler, mais sans y parvenir. A partir de 1973, les taux de change deviennent flottants. Et le ciment qui liait les acteurs et qui était à la base de la discipline disparaît. C'est désormais le marché qui évalue la situation relative des monnaies. On peut désormais s'écarter de la norme. Et on le fait : après 1973, l'inflation atteint les 15 voire 20 % et ravage littéralement le système. La conséquence de cette libération du système de change est qu'elle donne libre cours à la facilité monétaire et budgétaire.
Vous pointez en effet qu'à partir de ce moment, l'endettement public explose. Dans la plupart des pays industrialisés, il passe en trois décennies de 20 % du PIB à environ 100 % aujourd'hui.
En effet. Nous finançons désormais par endettement des déficits budgétaires qui s'expliquent par l'Etat providence ainsi que la démagogie qui consiste à ne pas demander à l'impôt de financer les dépenses publiques... On opte pour la facilité et on entre dans une phase de dette qui dure toujours.
Quels rôles ont joué les marchés dans cette évolution ?
Les marchés se sont étoffés et ils ont permis cette financiarisation de la politique économique. Des pays comme la Chine ou les grands exportateurs de pétrole du Moyen-Orient ont pu éviter une trop grande appréciation de leur monnaie face au dollar, parce qu'ils ont pu acheter énormément de dollars sur le marché des changes. En achetant du dollar, ils ont facilité la vie des Américains mais ils ont aussi augmenté la masse monétaire mondiale. Prenez par exemple la Banque centrale de Chine : elle a créé de la monnaie chinoise pour pouvoir acheter des dollars.
En faisant cela, vous élevez le niveau de la création monétaire dans le monde. Et vous diminuez donc les taux d'intérêt puisque l'offre de monnaie est plus abondante. On a estimé que cette création monétaire a eu un impact à la baisse sur les taux d'intérêt d'environ 1 %. Ce qui est considérable. Mais on n'a pas pris conscience de cette nouvelle politique monétaire dérivée des changes.
A propos de politique monétaire, vous n'êtes pas très tendre à l'égard de celle menée aujourd'hui par la Banque centrale européenne. Vous dites qu'elle vous plonge dans un abîme d'interrogations et de doutes !
Je suis inquiet. J'ai des interrogations sur la validité de la politique monétaire de la BCE et ses conséquences. Nous assistons à un tournant : la politique monétaire de la BCE n'a plus seulement pour objectif d'assurer, comme avant, la stabilité du système monétaire et la stabilité du système financier. Elle veut désormais combler les carences de la croissance. Elle devient l'élément d'ajustement de cycles économiques déréglés et d'une croissance déclinante. Les Etats-Unis ont donné le départ de cette politique il y a quelques années avec leur quantitative easing, qui consiste à acheter systématiquement des titres financiers, en grande partie émis par les trésors, afin de faire descendre la courbe des taux sur toutes les échéances.
Cela a permis un redémarrage des Etats-Unis...
Oui. Dans un pays comme les Etats-Unis où le financement de l'économie repose aux trois quarts sur les marchés financiers, le fait de disposer de taux d'intérêt significativement plus bas (1 ou 2 %) ne pouvait avoir que des conséquences positives. Cela s'est traduit par une hausse de la croissance du PIB américain. On essaie depuis deux ans de faire la même chose en Europe. Mais là, les choses ne se passent pas aussi bien.
Pourquoi ?
Parce que le mode de financement de l'économie européenne repose pour les trois quarts sur les banques et non sur les marchés. On dira : qu'à cela ne tienne, si on baisse les taux, cela aura également un effet. Les banques peuvent prêter très bon marché les fonds qu'elles reçoivent quasiment gratuitement de la BCE. Mais cela ne fonctionne pas ainsi. Car lorsque les taux sont trop bas, les banques ont beaucoup de mal à conserver une marge suffisante entre les taux auxquels elles se financent et les taux auxquels elles financent l'économie réelle. En moyenne, le système bancaire a besoin, afin de financer ses coûts fixes (les charges opérationnelles, les charges en capital qui sont de plus en plus lourdes, etc.) d'avoir une marge qui oscille autour de 3 %. Si vous avez des taux de refinancement à zéro auprès de la Banque centrale et que vous pouvez prêter à 3 %, vous équilibrez donc vos coûts. Mais si le taux ambiant tourne plutôt autour de 2 %, comme c'est le cas aujourd'hui, la marge n'est pas suffisante. Les banques doivent donc arbitrer leur stratégie. Ou elles essaient de trouver des actifs plus rémunérateurs que le taux ambiant. Elles cherchent le rendement, mais prennent davantage de risques. Ou elles restreignent la voilure. Elles réduisent leurs engagements et octroient donc moins de crédits. Et l'on observe que c'est ce que font les banques européennes. Ces dernières années, les octrois de crédits ont baissé en moyenne de 2,5 % par an dans la zone euro.
La BCE manque-t-elle donc son objectif ?
Oui, en grande partie. Si les banques prêtent moins, l'objectif qui était de redynamiser le crédit est en effet manqué. Et il y a un autre élément très important : si vous interrogez les agents économiques sur les causes de la morosité actuelle, vous voyez surtout apparaître des raisons structurelles. Les gens estiment que les gouvernements ne font pas assez pour libérer un certain nombre de processus dynamiques qui pourraient à leur tour libérer davantage de croissance. On voit également poindre une inquiétude sur le vieillissement de la population et les faibles gains de productivité. Si ce diagnostic est le bon, ce n'est pas en jetant de l'argent dans la machine que l'on va la faire reprendre. Le risque est non seulement de ne pas obtenir les effets recherchés, mais en plus d'avoir des effets négatifs, de créer des bulles (sur les obligations ou d'autres actifs).
Il faut s'imaginer un moteur monétaire, alimenté par la liquidité, qui doit transmettre le mouvement à l'économie réelle via des courroies de transmission (en Europe, ce sont surtout les banques). Mais si les courroies de transmission s'affaiblissent trop, cela ne sert à rien d'injecter davantage de liquidités. La BCE devrait donc se demander comment faire pour rétablir cette courroie. Elle devrait donc s'intéresser davantage à la réglementation et aux charges qui pèsent sur les banques.
Revenons à ce laxisme budgétaire que vous dénoncez. Vous pointez un changement culturel auprès des hauts fonctionnaires ces dernières décennies : ils n'oseraient plus dire "non" comme avant à des ministres qui seraient trop dispendieux...
Oui, vous avez raison, mais ce n'est pas l'élément central. Pour moi, la déresponsabilisation est provoquée par la financiarisation qui a accompagné la disparition du système de Bretton Woods. Ce sont les marchés financiers qui possèdent désormais la responsabilité d'évaluer les taux de changes. Ce sont eux qui sont devenus les maîtres du jeu. Si vous êtes un haut fonctionnaire, vous êtes moins en charge quand vous n'êtes plus responsable du change de votre pays. Il est plus difficile de se sentir responsable des événements si vous êtes soumis à la volatilité des marchés financiers. D'ailleurs des hommes comme Helmut Schmidt ou Valéry Giscard d'Estaing avaient voulu préserver cette responsabilité des changes au niveau européen. Ils n'y ont pas réussi, mais c'était une vue très profonde.
Que faudrait-il faire alors pour refonder le système financier international ?
Pour répondre à votre question, il faut se demander si le rôle du dollar depuis 2007 a augmenté ou diminué. Et je vous mets au défi de me démontrer que la force du dollar et que son aspect de monnaie-pivot se sont réduits depuis la crise ! Les marchés sont surtout des marchés " dollars", avec une taille de plus en plus importante. Je ne suis pas sûr que la situation actuelle permette donc de repositionner le système. Ce que nous pouvons imaginer, en revanche, c'est une meilleure coordination. Les comportements macroéconomiques de chaque pays, dont l'addition crée la constellation d'un système monétaire international, pourraient être davantage surveillés. Ce n'est ni déraisonnable, ni diplomatiquement irréaliste.
Mais il manque des leaders politiques pour concrétiser cette meilleure gouvernance.
Il faut être à la recherche de quelques leaders éclairés qui puissent faire avancer les choses. Je crois que c'est possible, comme par le passé. J'ai eu la chance d'assister à certains de ces moments...
Vous songez à quels événements ?
Je pense par exemple à Paul Volcker (ancien président de la Fed, Ndlr) et à son implication dans la résolution de la crise latino-américaine (dans les années 1980, Ndlr) qui était une crise profonde.
Ce laxisme budgétaire né sur les ruines de Bretton Woods est un lourd héritage. Pour vous, s'attaquer au problème de l'endettement, restaurer une certaine stabilité et une certaine discipline monétaire, c'est une question de démocratie.
Il faut se souvenir que le processus démocratique est né en Angleterre avec le vote du budget : les sujets voulaient bien payer des impôts, mais ils voulaient savoir pourquoi. Aujourd'hui, les dettes continuent de s'accumuler. Or, je ne crois pas que cet endettement systématique, qui a multiplié par cinq le poids de la dette en termes réels (de 20 à 100 % du PIB), ait jamais été l'objet d'un véritable débat démocratique. Aucun parlement n'a dit : "nous allons expliquer clairement les inconvénients ou les avantages d'aller dans cette voie". C'est assez grave et cela montre une fois encore les dangers de la financiarisation : dans le déroulé de cette course à la dette, il n'y a pas eu un moment de recul, de réflexion. On a surfé sur la facilité. Que livre-t-on aux générations futures ? Un choix entre payer la dette si le contexte monétaire s'y prête (mais cette dette sera très lourde). Ou la renier, ce qui comporte aussi beaucoup d'inconvénients. Laisse-t-on aux jeunes générations un vrai choix démocratique ? Je ne crois pas.
(1) Jacques de Larosière, "50 ans de crises financières", Odile Jacob, 22,90 euros

Dans "La Tribune" du 15 05 16 Article intitulé : La BCE est-elle devenue trop puissante ?

" La Banque centrale européenne (BCE) est devenue trop puissante, notamment à cause du rôle de plus en plus politique que lui accordent les gouvernements, a critiqué dimanche l'une des principales conseillères économiques de Berlin dans une interview.

"La BCE a gagné un pouvoir énorme, bien qu'elle ne réponde à aucun contrôle parlementaire. Je porte un regard critique sur cela", a déclaré Isabel Schnabel au journal Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung.

Interrogée sur le fait que l'institution de Francfort soit devenue trop puissante, elle a répondu: "Je pense que oui."

La BCE "est aussi devenue plus politique. Mais c'est parce que les politiques ont souvent échoué à agir et ont par conséquent forcé à la BCE à le faire", a ajouté Isabel Schnabel pour qui la BCE "est devenue une institution quasi-politique".

Mme Schabel est l'une des cinq "Sages", ces économistes influents qui conseillent le gouvernement de la première économie du continent.
Politique monétaire ultra accommodante
Elle a également défendu la politique monétaire ultra accommodante menée par l'institution dirigée par Mario Draghi.

"Les taux d'intérêt bas sont avant tout une conséquence de la crise financière", a-t-elle estimé. "Et la BCE n'est pas seule à influencer les taux", a-t-elle ajouté, citant des tendances macro-économiques comme le vieillissement de la population. Elle s'est aussi opposée aux politiques allemands pour qui les taux historiquement très bas de la BCE pénalisent les épargnants allemands et nuisent à la rentabilité des banques.

"Ce qui m'inquiète, c'est que le but de ces critiques est de politiser la BCE encore plus. Les appels pour donner à l'Allemagne un vote plus important (au sein du conseil des gouverneurs de la BCE) et une influence plus directe sur la BCE vont dans la mauvaise direction", a réagi Mme Schnabel.

"Nous avons besoin d'une banque centrale indépendante", ce qu'elle est dans ses statuts, a-t-elle raffirmé. Face à l'inflation atone, la BCE a notamment abaissé en mars l'ensemble de ses taux directeurs et élargi le "QE", son vaste programme de rachats de dettes publiques et privées. 

Objectif de toutes ces actions: faire circuler l'argent dans le bloc monétaire, stimuler le crédit, l'investissement et la consommation. Et en bout de chaîne, faire repartir les prix.

(Avec AFP)

Dans "Trends Tendances" Belgique du 21 04 16 Article intitulé : Draghi: "La politique de la BCE est la seule à soutenir la croissance"

" Quelques semaines après avoir musclé son action face à une inflation léthargique, la BCE a demandé jeudi qu'on "laisse du temps" à ses mesures pour dévoiler pleinement leurs effets, mais exigé que les gouvernements fassent davantage leur part du travail . N'est-ce pas plutôt que les lobbies qui conseillent nos gouvernements soient moins "véreux" et les politiciens plus entreprenants et plus "libres"?
"Nos mesures fonctionnent, elles sont efficaces, laissez leur juste du temps pour montrer pleinement leurs effets", a déclaré M. Draghi, lors d'une conférence de presse.
Mais cela ne peut se faire tout seul. "Afin de récolter pleinement les fruits de nos mesures de politique monétaire, d'autres sphères de décision doivent contribuer de façon beaucoup plus appuyée, au niveau national et au niveau européen", a-t-il insisté avec un ton plus véhément qu'à l'habitude.
La politique de la BCE est "la seule à soutenir la croissance" depuis quatre ans, a-t-il regretté, reprochant aux gouvernements de ne pas avoir lancé les réformes structurelles indispensables.
Obéir à la loi
Le président de l'institution monétaire de Francfort (ouest) s'exprimait à l'issue de la réunion régulière du conseil des gouverneurs, qui a décidé, sans surprise, de maintenir ses taux d'intérêt directeurs à leurs niveaux historiquement bas.
Le taux central, baromètre du crédit en zone euro, est à zéro depuis le mois dernier, ce qui signifie qu'emprunter ne coûte pratiquement plus rien. Mais aussi que les placements ne rapportent plus, ou très peu, ce qui vaut à la BCE de vives critiques en Allemagne, pays où l'épargne est chérie.
"Nous avons pour mandat de chercher à atteindre la stabilité des prix pour toute la zone euro, pas seulement pour l'Allemagne", a dit M. Draghi.
"Nous obéissons à la loi, pas aux politiques, parce que nous sommes indépendants" enfin la BCE va prendre son indépendance , a insisté le président de la BCE
, s'exprimant officiellement pour la première fois après une récente vague de critiques en provenance d'Allemagne. Le très influent ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble s'est illustré avec une pique particulièrement virulente contre la BCE, l'accusant de favoriser la montée des mouvements populistes, venant d'un allemand qui a ou laissé insulté  le Peuple Grec avec les mêmes mots que les nazis..... critique sur laquelle Mario Draghi a préféré botter en touche.
"L'Allemagne est actuellement le principal problème de la BCE", a confié à l'AFP une source proche de la banque centrale. Enfin, cela commence a être reconnu et médiatiquement autorisé à publier.
Et la guerre des mots pourrait bien se poursuivre puisque la banque centrale, mise en échec depuis de longs mois par une inflation désespérément basse, a encore promis jeudi d'utiliser "tous les instruments disponibles " dans le cadre de son mandat, "si nécessaire".
Pénalisés par le recul des cours du pétrole, les prix ont fait du surplace en mars, après un recul de 0,2% en février, là où la banque centrale vise une "inflation proche mais inférieure à 2%".
Dettes d'entreprises en juin
Face à cette situation, l'institution monétaire européenne a élargi par deux fois son action au cours des cinq derniers mois.
Début mars, elle a abaissé l'ensemble de ses taux directeurs à des niveaux historiquement bas, dévoilé un nouveau programme de prêts géants gratuits aux banques (TLTRO) et élargi le "QE", son vaste programme de rachats de dettes publiques et privées, avec même des rachats de dettes d'entreprises -- une opération encore inédite qui va débuter en juin.
Objectif de toutes ces actions: faire circuler l'argent dans le bloc monétaire, stimuler le crédit , l'investissement et la consommation. Et en bout de chaîne, faire repartir les prix.
Mais "la première évaluation des mesures décidées par la BCE en mars est plutôt désillusionnée: le +choc de confiance+ que la banque centrale avait espéré ne s'est pas matérialisé", note Michael Schubert, de Commerzbank.
Et "plus la déception dure, plus il est probable que la banque centrale prenne de nouvelles mesures. Elle va probablement opter pour les mêmes instruments que jusqu'à présent, ce qui risque de ne pas améliorer significativement la confiance", juge-t-il.

Commentaire : Il faut faire tomber cette europe pour mieux reconstruire l'Europe de la Paix avec ou sans l'Allemagne. Allemagne qui dans tous les cas doit retrouver sa place et non usurper le leadership de l'Europe de la Paix . Si nous ne devons rien à l'Allemagne (hormis les réalités des deux dernières guerres entre -utre), elle nous doit tous. Le Peuple Allemand, oui ; les politicards allemands.....

Romaric Godin dans "La Tribune" du 18 04 16 Article intitulé : Pourquoi l'Allemagne veut un Allemand à la tête de la BCE

" La CSU, alliée bavaroise d'Angela Merkel, veut un Allemand comme prochain président de la BCE. Le retour d'une vision "ethnique" de la politique monétaire qui est préoccupante.
La CSU, petite sœur bavaroise de la CDU d'Angela Merkel, ne cesse de vouloir se démarquer de la chancelière. On l'a vu durant l'automne et l'hiver sur la question des migrants où elle réclamait une position plus dure de la part de Berlin. Désormais, cette question passe, dans le débat public allemand, au second plan en raison de la baisse des arrivées de migrants en Allemagne. Cette baisse est, du reste, explicable par l'application sur le sol grec des « zones de transit » jadis proposées par la CSU aux frontières de la République fédérale. Le débat du moment outre-Rhin porte sur la douleur des épargnants et donc des futurs et actuels retraités que l'on considère « sacrifiés » par la BCE à sa politique non-conventionnelle. La critique de la BCE dirigée par Mario Draghi est donc devenu sport national en Allemagne. Et la CSU, toujours à l'affût d'une proposition pouvant améliorer sa popularité dans la riche et conservatrice Bavière, l'a bien compris.
Aussi l'ancien ministre fédéral CSU de l'intérieur Hans-Peter Friedrich, aujourd'hui vice-président du groupe CDU/CSU au Bundestag, a-t-il réclamé dans le journal populaire Bild Zeitung de ce lundi 18 avril, que « le prochain président de la BCE devra être un Allemand ». Son collègue de la CSU, Hans-Peter Uhl, porte-parole du parti a, quant à lui, réclamé la présence d'un « expert financier allemand » à la tête de la banque centrale. Voici donc déjà la course à la succession de Mario Draghi, qui est officiellement en poste jusqu'en novembre 2019, ouverte. Et elle est ouverte désormais sur un critère précis : celui de la nationalité du futur chef de la politique monétaire européenne.
La CSU, combien de divisions ?
Certes, on peut considérer que la CSU n'est pas l'Allemagne et que son influence sur les décisions finales du gouvernement allemand reste limitée. Il est vrai que, sans être totalement ignoré par Angela Merkel, son allié bavarois pèse assez peu dans sa politique, notamment au regard du bruit que font les polémiques qu'elle lance régulièrement. C'est que la CSU est dans une position impossible : son positionnement politique l'éloigne de plus en plus d'une CDU « recentrée », notamment sur les questions de société, mais elle sait qu'elle n'a pas d'alternative à l'alliance avec la CDU, n'étant qu'un parti « régional » qui profite largement de l'absence de la CDU en Bavière. Bref, la CSU provoque, crie, s'indigne, mais elle ne fera jamais tomber un gouvernement dirigé par la CDU et ne divorcera jamais de la CDU. Pourquoi alors se préoccuper de tels propos ? C'est que, sur ce sujet, beaucoup plus que sur la question des réfugiés, la CSU se veut le reflet de l'opinion allemande et rencontre une approbation - tacite ou ouvertement affirmée - d'une immense majorité du monde politique. Ce n'est, du reste, pas un hasard si cette proposition émerge en pleine polémique sur la politique de la BCE outre-Rhin.
Le pacte à l'origine de l'union monétaire
Car cette revendication d'un patron allemand pour la BCE renvoie à un pacte implicite à l'origine de l'union monétaire. Lorsque la République fédérale a accepté de « dissoudre » le mark allemand dans l'euro en 1992, elle ne l'a fait qu'à condition que la nouvelle monnaie soit un équivalent de la devise allemande. Le pacte de croissance et de stabilité de même que l'indépendance de la BCE devaient être les piliers d'une politique similaire à celle de la Bundesbank depuis sa création en 1957. L'installation de la nouvelle banque centrale à Francfort gravait dans le marbre cet accord implicite : l'Allemagne « donnait » au continent la puissance du mark moyennant une conversion de ce même continent à la « culture de stabilité » allemande. Restait la question de la direction de la BCE qui devait garantir cette conversion. Dès le début, la question s'est révélée épineuse.
Méfiance originelle
La France de Jacques Chirac voulait en effet imposer « son » candidat, Jean-Claude Trichet. Mais l'Allemagne était méfiante, malgré les « galons » de stabilité du gouverneur de la Banque de France, un des artisans de la « politique du franc fort ». Berlin poussait pour la candidature du Néerlandais Wim Duisenberg, jugé « naturellement » plus proche des convictions allemandes. Un compromis en résulta : le Néerlandais prendrait la tête pour un demi-mandat, le Français lui succédant en 2002. L'idée dominante en Allemagne était que le premier président de la BCE devait assurer l'ancrage de la « culture de la stabilité » et la « crédibilité » de la nouvelle banque centrale.
Dès les prémices de l'union monétaire, la méfiance allemande s'est donc établie sur une base nationale. Le principe a été, d'emblée, qu'un « Latin » était moins susceptible qu'un « Germain » de diriger la BCE « correctement ». Tout le travail du mandat de Jean-Claude Trichet, de 2003 à 2011, s'est donc réduit à prouver à la Bundesbank son engagement dans la « culture de stabilité ». Cette obsession l'a amené à se montrer plus prudent, de 2007 à 2011, que les autres banques centrales et, même, à remonter par deux fois les taux en pleine crise, en juillet 2008, deux mois avant la faillite de Lehman Brothers, et en juillet 2011, alors que la crise de la dette souveraine en zone euro était proche de son paroxysme. Le Français a, en partie, réussi son pari. En 2011, Angela Merkel a ainsi pu croire que, comme lui, Mario Draghi, quoiqu'Italien, pourrait être aussi « allemand » que l'ancien directeur du Trésor français.
Une « double trahison » ?
On comprend alors que, au-delà des raisons financières souvent avancées avec raison pour expliquer la « colère » allemande contre la BCE, la rupture est encore plus profonde. C'est le sentiment d'avoir été doublement « trahi ». Une première fois dans la rupture du « pacte originel » sur lequel la BCE avait été fondée dans les esprits allemands. Une deuxième fois dans le pari qu'avait fait Angela Merkel en 2011 de « concéder » un Italien à la tête de la BCE. Cette deuxième raison est fort importante, car la nomination de Mario Draghi a été le fruit d'une défaite de la vision « ethnique » de la politique monétaire.
Le pari de la chancelière en 2011
Originellement, en effet, le gouvernement fédéral allemand, alors fondé sur une alliance entre la CDU/CSU et les Libéraux de la FDP, avait comme candidat le patron de la Bundesbank d'alors, Axel Weber. Ce dernier avait déjà contesté la politique de Jean-Claude Trichet, notamment les programmes de rachats de dettes souveraines en 2010-2011 (le programme « SMP »). Il se voulait le candidat d'une orthodoxie monétaire « pure » et sa qualité d'Allemand devait en être la garantie. Mais, en pleine crise de la zone euro, cette position était difficile à faire admettre par l'Allemagne à ses partenaires. Axel Weber fut alors la victime d'une entente plus vaste où les pays « du sud » acceptaient un durcissement de la surveillance budgétaire de la zone euro avec les directives Two Pack, Six Pack, le « semestre européen » et le pacte budgétaire, contre le maintien d'un « Latin » à la tête de la BCE. Pour apaiser la crise de la zone euro, la chancelière devait compter sur une BCE « modérée », aussi a-t-elle considérée que Mario Draghi, qui avait montré son engagement pour la « culture de la stabilité » au cours de son mandat à la Banque d'Italie, était un candidat de la « continuité » qui correspondait à ses intérêts. Axel Weber fut donc lâché et il démissionna avec fracas de la présidence de la Bundesbank en mai 2011 avant de rejoindre la direction de Credit Suisse un an plus tard...
Angela Merkel a déjà fait machine arrière
L'évolution de Mario Draghi vers l'assouplissement quantitatif et les taux négatifs est donc perçue outre-Rhin comme une trahison et comme la preuve que l'on ne peut pas faire confiance à un « Latin » pour diriger la politique monétaire. C'est aussi un échec pour Angela Merkel, et la CSU, qui n'est jamais avare de pièges pour la chancelière, le sait parfaitement. Aussi réclame-t-elle le retour du « sérieux » et la « regermanisation » de la BCE. C'est, du reste, un processus que la chancelière a engagé depuis plusieurs années. En décembre 2012, soit trois mois après le lancement du programme « OMT » qui mit fin à la crise de la zone euro, Berlin a refusé de nommer un Espagnol au directoire de la BCE et a imposé le luxembourgeois Yves Mersch, considéré comme un « faucon », partisan d'une politique monétaire plus dure. Après les élections fédérales allemandes de septembre 2013, la chancelière a également « exfiltré » le représentant allemand au directoire de la BCE, Jörg Asmussen, un Social-démocrate très proche de Mario Draghi, en le nommant à un poste gouvernemental subalterne et en le remplaçant par un pur produit de la Bundesbank, Sabine Lautenschläger. Il y a donc une volonté allemande de « contre-balancer » en interne l'influence de Mario Draghi. Jusqu'ici vainement. D'où l'exigence de posséder le principal levier de décision.
La nature du débat allemand
On le voit : l'exigence de la CSU n'est pas une demande en l'air. Angela Merkel ou son successeur, aura du mal en effet à défendre le choix d'un non Allemand à la tête de la BCE en 2019 après le pari « raté » de 2011. D'où la réémergence en Allemagne d'une vision « ethnique » de la politique monétaire. Derrière la demande de Hans-Peter Friedrich se dessine le retour de l'idée que seul un Allemand peut être le vrai garant de la stabilité monétaire et d'une politique « sérieuse » et que, partant, sans Allemand à la tête de la BCE, le « pacte originel » de l'union monétaire sera brisé. Le danger est donc réel que le débat outre-Rhin se limite à une discussion entre cette vision et celle de l'extrême-droite eurosceptique et xénophobe d'Alternative für Deutschland (AfD) fondée sur l'idée que l'euro était un « corps étranger » à la culture allemande et que la crise de la zone euro révélait l'incapacité des autres pays à se « convertir » à la « culture de la stabilité. »
Une BCE qui doit être « renationalisée » au service des intérêts allemands ?
Mais cette exigence pose un problème grave aux partenaires de l'Allemagne. Ces derniers sont-ils prêts à accepter cette « vision ethnique » de la politique monétaire ? Sont-ils prêts à se laisser « faire la leçon » par un « expert allemand » dont la principale qualité aura été d'être précisément un Allemand ? Ce serait accepter l'idée que la politique monétaire est le « domaine réservé » de l'Allemagne dans la zone euro. Or, la BCE est, à ce jour, la seule institution réellement fédérale de la zone euro. On peut critiquer assurément Mario Draghi, mais il a introduit dans la BCE une vraie nouveauté : il a fondé sa politique sur l'intérêt général de la zone euro, fût-il contraire à celui de l'Allemagne. On l'a trop oublié, mais la politique de Jean-Claude Trichet a été une des clés de la dévaluation interne réalisée par l'Allemagne avant la crise de la zone euro. Les deux hausses des taux de 2008 et 2011 n'avaient aucun sens au niveau de la zone euro, elles n'en avaient qu'au regard des tensions salariales allemandes. C'est ce temps béni que la CSU regrette. Qui niera encore que la France (naturellement elle n'est pas la seule) a de nouveau collaboré avec l'Allemagne contre ses propres intérêts et ses peuples ? Il faut mettre fin à l'europe allemande. Dans l'inverses, nous reconnaitrons des heures sombres. La politiques allemande est l'Allemagne, seulement l'Allemagne avec certains de ses pays limitrophes de culture allemande.
Car, sous couvert de savantes théories, les milieux d'affaires allemands veulent surtout que la BCE mène une politique dans leur intérêt, fût-ce au détriment des Etats du sud de la zone euro. C'est le vrai moteur de la « renationalisation » recherchée de la BCE. Et cela reflète la vision que la droite allemande a de la zone euro : un instrument au service de l'économie allemande, ou rien. Reste à savoir si, en 2019, les partenaires de l'Allemagne sauront s'opposer à cette vision.  Dans cette querelle se joue en partie l'avenir de la zone euro.

Romaric Godin dans "La Tribune" du 11 04 16 Article intitulé : Allemagne : la BCE comme bouc émissaire

" Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a lancé une charge inédite contre la BCE et plusieurs personnalités politiques lui ont emboîté le pas. Une attaque qui laisse entrevoir un début de panique chez les politiques allemands.
Lorsque, voici quelques années, le gouvernement français réclamait une baisse des taux de la BCE, les journaux et le gouvernement allemand s'agaçaient bruyamment de cette entorse à « l'indépendance de la banque centrale » et constatait encore avec désolation combien la « culture de stabilité » n'avait pas imprégné les mentalités latines. Mais, depuis 2014, la politique de la BCE qui, pour lutter contre le risque déflationniste se fonde sur la « répression financière » est bien moins favorable aux épargnants allemands. Et voici soudain que l'indépendance de la BCE n'est plus aussi sacrée. Depuis, ce week-end, la guerre semble même ouvertement déclarée entre les politiques allemands et Mario Draghi. Preuve que les positions théoriques tiennent souvent davantage à des questions d'intérêts qu'à des convictions bien ancrées. Lorsque l'Europe est moins favorable, l'Allemagne sait aussi se faire critique de l'Europe... Voir les propos tenus dans mes écrits depuis plusieurs années. Ah si la France n'avait pas collaboré avec l'Allemagne dans les délires allemands.... Ah si la France avait eu un ou une politique de la "pointure" de Merkel.... En fait, la France les a sauf qu'ils ne peuvent percer dans le système actuel ou la bienséance médiatique et les lobbies politiques les empêchent de prendre leur place. Souvenez-vous, à l'heure ou les réalités sur les emplois apparaissent du tintamarre des 35H. 35 heures prônés par Monsieur Riboud (ex Danone)bien avant Madame Aubry. Loi Aubry que pratiquement personne n'a lue et analysée. Dommage, en Allemagne il y aurait eu une analyse en terme d'intérêt pour l'Allemagne tandis qu'en France il n'y a eu que l'intérêt des politicards d'attaquer des concurrents. Exactement comme dans le monde financier et autres. Le jour où la France pensera France réellement, ce pays poura prendre sa vraie place.
Wolfgang Schäuble à l'offensive
La critique de la politique de la BCE est permanente de la part de la Bundesbank. Cette critique ne pose évidemment pas de problème dans la mesure où la Bundesbank joue son rôle d'opposition au sein du conseil des gouverneurs de la BCE. Mais, cette fois, c'est bien de la part du gouvernement que vient les critiques. Et particulièrement de la part de Wolfgang Schäuble, le ministre fédéral des Finances. Samedi 10 avril, à Kronberg, dans la banlieue huppée de Francfort, le ministre a reçu un prix pour son engagement pour « le redressement des finances publiques et ses efforts pour le développement du principe de responsabilité dans la zone euro. » Il y a livré un discours très rude contre la BCE et Mario Draghi.
Prenant ses habituelles précautions oratoires en refusant de remettre en cause l'indépendance de la BCE, « ce qui causerait plus de maux que de biens », Wolfgang Schäuble s'est immédiatement contredit en réclamant sans ambages la fin de la politique d'assouplissement quantitatif et de taux bas de la BCE. Il a annoncé qu'il ferait campagne, en fin de semaine, à la réunion des ministres des Finances du G20, pour un relèvement des taux. Il a indiqué avoir déjà réclamé cela auprès du secrétaire étasunien aux Trésor, Jack Lew, dans un entretien téléphonique. « Vous devez encourager la Réserve fédérale et nous devons, de notre part, encourager la BCE (...) à sortir de cette politique », lui a-t-il dit. Voici qui dénote une conception nouvelle, de la part du gouvernement allemand, de l'indépendance de la banque centrale.
Toute la droite allemande crie haro sur la BCE
Les déclarations de Wolfgang Schäuble ne sont pas isolées. Le ministre des Finances bavarois, Markus Söder, a estimé qu'il fallait que le « gouvernement fédéral exige un changement de direction de la BCE. » Un gouvernement qui doit « exiger » d'une banque centrale un changement de politique ? N'est-ce pas là un accroc à la « culture de stabilité » que l'Allemagne tente précisément de répandre dans le reste de la zone euro ? Dans le Welt am Sonntag du dimanche 11 avril, le ministre fédéral des Transport, Alexander Dobrindt, lui aussi membre de la CSU bavaroise, déplore la « politique à haut risque de la BCE  qui produit un trou béant dans les systèmes de retraites ». Et le vice-président du groupe parlementaire de la CDU, Michael Fuchs, de prévenir que son parti va aller plus loin dans la protestation en affirmant que « nous ne crions pas encore assez fort. » Dans les colonnes du Spiegel, Ralph Brinkhaus, lui aussi vice-président du groupe parlementaire de la CDU, affirmait que l'Allemagne « devait placer la BCE sous pression pour l'amener à se justifier, sinon rien ne changera ». Bref, l'heure est à la rébellion ouverte contre la banque centrale. Selon le Spiegel, le gouvernement envisagerait même de porter plainte contre la BCE si elle se lançait dans « la monnaie hélicoptère », information cependant ensuite démentie.
Opinion publique chauffée à blanc
Si les politiques de la droite allemandes sortent aujourd'hui du bois, c'est qu'ils sont sous une forte pression politique. Depuis plusieurs semaines, l'opinion publique allemande est chauffée à blanc par la presse conservatrice contre la BCE. Le lendemain de la réunion du 10 mars, la dernière en date, de la BCE, le Handelsblatt, journal des milieux d'affaires allemands, présentait en couverture un Mario Draghi cigare à la bouche brûlant un bouquet de billets de 100 euros. Dimanche, le Welt am Sonntag publiait une étude de la DZ Bank, la banque « centrale » des banques mutualistes allemandes, les plus remontées contre la politique de la BCE, estimant que depuis 2010, l'épargnant allemand a perdu 200 milliards d euros en raison de la baisse des taux, soit, comme le précise avec délice le quotidien conservateur « 2.450 euros de moins dans les poches des Allemands ». Le chiffre a conduit les conservateurs à réagir. Il est pourtant peu significatif, puisque que les taux sont naturellement soumis aux évolutions de la conjoncture et que c'est aussi la politique imposée par le gouvernement fédéral allemand à partir de 2010 qui a conduit à cette baisse des taux. Ce chiffre part d'un présupposé faux : le taux de 2010 serait un « taux naturel » qui n'existe pas. Mais il en faut plus aux politiques de la CDU et de la CSU pour se contrôler.
La BCE responsable de la montée d'AfD ?
Certes, on pourra encore une fois expliquer cette levée de boucliers outre-Rhin par le « traumatisme de l'hyperinflation des années 1920 », mais il existe également des raisons plus immédiates et concrètes. La première est évidemment politique. Wolfgang Schäuble en a apporté une preuve éclatante dans son discours de Kronberg en estimant que la politique monétaire de la BCE a contribué au succès du parti d'extrême-droite Alternative für Deutschland (AfD). « Mario Draghi peut être fier : la moitié du résultat électoral de l'AfD peut être le fruit de sa politique monétaire. » Une déclaration fort exagérée puisque chacun sait que la poussée d'AfD peut s'expliquer par la politique migratoire du gouvernement fédéral. Un exemple le prouvera. En juillet 2015, alors que les taux était déjà négatifs et l'assouplissement quantitatif lancé, AfD était à 3 % des intentions de vote. Deux mois plus tard, après l'annonce de l'ouverture des frontières, il était à 6 % et en novembre, lorsque la situation migratoire a échappé à tout contrôle, il est monté à 10 %. Il est aujourd'hui, selon les sondages, entre 12 % et 14 % et l'on a peu entendu parler de la BCE lors des campagnes électorales récentes qui ont conduit au succès de l'AfD en mars.
La BCE, bouc émissaire
En réalité, la BCE agit comme un bouc émissaire commode d'une classe politique allemande en désarroi devant la montée d'AfD. Accuser la BCE d'avoir contribué « pour moitié » à la montée de l'AfD, c'est, pour Wolfgang Schäuble se dédouaner à bon compte de ses responsabilités, non seulement dans le domaine migratoire, mais aussi dans la dégradation visible des infrastructures publiques et des services publics qu'ont généré sa politique budgétaire, mais aussi des conséquences sociales des « réformes structurelles ». Le débat sur la politique monétaire est donc une aubaine pour les Conservateurs allemands pour dissimuler leurs propres échecs et le risque politique qu'ils ont fait naître.
La question des retraités et la responsabilité de Wolfgang Schäuble
Mais si la CDU et la CSU sont vent debout, c'est aussi parce que l'électorat allemand vieillit très vite et que la politique de la BCE touche effectivement ceux qui épargnent pour préparer leur retraite. En critiquant la BCE, la droite allemande se présente en défenseur des retraités et elle tente ainsi d'empêcher l'AfD de progresser dans cet électorat. La réalité, ce n'est donc pas que la politique de la BCE est responsable de la poussée de l'AfD jusqu'ici, c'est qu'elle pourrait le devenir dans l'avenir, notamment parce que la presse conservatrice allemande n'hésite pas à jouer sur des « pertes » possibles pour les épargnants.
Mais là encore, les politiques allemands manquent le vrai sujet : si les taux sont bas ou négatifs, c'est parce qu'il existe de faibles perspectives d'inflation. Pourquoi rémunérer comme en 2010 les épargnants alors que les anticipations d'inflation sur 5 ans ont reculé d'un point ? Il faut donc redresser ces perspectives et si la BCE a recours à des méthodes très contestables comme l'approfondissement de sa politique de rachats d'actifs et de taux négatifs, c'est surtout parce qu'il n'y a pas d'usage du levier budgétaire. Or, c'est précisément Wolfgang Schäuble qui a refusé, lors du dernier sommet du G20, de recourir au levier budgétaire. Il a donc accepté ainsi d'isoler les banques centrales et a donc accepté de fait la politique actuelle de la BCE. Il a aussi renoncé à tout redressement des anticipations d'inflation, donc à des taux bas. Bref, on le voit là encore : la BCE est un excellent bouc émissaire pour dissimuler les erreurs de politique économique de l'Allemagne.
La fragilité du système financier allemand
Reste un dernier point, moins souvent évoqué : la fragilité du système financier allemand que la crise de la Deutsche Bank a encore récemment mis en lumière. La politique de la BCE met la pression sur ce système financier parce qu'il est obsédé par des rendements élevés qui sont naturellement trop élevés, et dans certains cas -assureurs- garantis. La faute n'en revient pas à la BCE, mais bien aux banques et assureurs allemands qui, compte tenu de la situation économique et financière aurait dû « déshabituer » les épargnants allemands à ces rendements. Le gouvernement fédéral, si prompt par ailleurs à faire la leçon au monde entier n'a pas jugé bon de réagir. C'est pourtant un problème majeur qui est à la source de l'excédent courant allemand, lui-même source d'un déséquilibre immense dans la zone euro. Si la politique de la BCE alimente des bulles, c'est que des banques entretiennent ces bulles par des promesses démesurées.
La BCE n'est donc pas seule en cause dans cette affaire et ceux qui poussent aujourd'hui des cris d'orfraies sont bien les responsables de leurs malheurs. Les banques allemandes devraient donc profiter de la situation actuelle pour encourager l'investissement en Allemagne et accepter des rendements plus faibles, mais plus utiles à l'économie. La critique de la BCE ne cache donc que le refus allemand de réformer un système économique intenable. Jadis, l'Allemagne accusait la France de critiquer la BCE pour ne pas vouloir se réformer. La même remarque, inversée, pourrait lui être retournée aujourd'hui.

Hans-Werner Sinn, président de l'Ifo, dans "La Tribune" du 31 03 16 Article intitulé : Quand la BCE entraîne l'Europe vertueuse dans des bulles immobilières

" En Autriche, au Luxembourg et maintenant en Allemagne, les bulles immobilières se forment alors qu'en toute logique cela devrait être l'inverse....surtout avec l'économie de paupérisation qui est mise en place, sous l'effet de la politique monétaire conduite par la BCE. Des bulles grosses de dangers à venir
Les dernières initiatives de la Banque Centrale Européenne ont choqué de nombreux observateurs. Bien que l'objectif soit clair (éviter la déflation et stimuler la croissance via l'endettement de Peuples qui étant de plus en plus paupérisés vont connaître le sur endettement. Tout cela pour faire illusion), les mesures en elles-mêmes annoncent une période de grave instabilité.
Les mesures en question comprennent une définition du taux d'intérêt sur les opérations principales de refinancement de la BCE à zéro, une augmentation des achats d'actifs mensuels, passant de 20 milliards d'euros à 80 milliards d'euros et de pousser davantage le taux d'intérêt sur l'argent des dépôts des banques auprès de la BCE plus loin en territoire négatif à -0,40%. En outre, la BCE a lancé une nouvelle série de quatre opérations ciblées de refinancement à long terme, caractérisées également par des taux d'intérêt négatifs. Les banques reçoivent jusqu'à 0,4% d'intérêt sur le crédit de la BCE qu'elles contractent elles-mêmes, à condition qu'elles le prêtent à des entreprises privées.
 Les retombées de l'explosion des bulles de l'Europe méridionale
Ces mesures sont par essence la dernière série de tentatives de la BCE pour traiter les retombées de l'effondrement de la bulle massive qui s'est formée dans les pays d'Europe méridionale dans les premières années de l'euro. Tout est dit, on fait une dernière tentaive, non pas pour sortir intelligemment de la bulle mais pour la maintenir....Tout a commencé avec l'annonce de l'introduction de l'euro lors du sommet de l'UE de 1995 à Madrid, qui a causé l'effondrement des taux d'intérêt.
La bulle de crédit inflationniste, encouragée dans les pays d'Europe méridionale par la persistance de taux d'intérêt plus bas, a sapé leur compétitivité et a conduit les prix des actifs et des marchandises vers des niveaux trop élevés. Lorsque la bulle a éclaté, la BCE a tenté d'empêcher les prix excessifs de revenir à leurs niveaux d'équilibre en faisant fonctionner sa planche à billets et en promettant une couverture illimitée aux investisseurs. Les dernières mesures de la BCE restent dans la même veine.
La BCE a empêché volontairement une désinflation nécessaire
Il va sans dire que lorsque la crise financière a éclaté à son plus fort régime en 2008, suite à l'effondrement de la Banque d'investissements américaine Lehman Brothers, les interventions de la BCE étaient justifiées. Mais une fois que l'économie mondiale a commencé à récupérer dans la dernière partie de l'année suivante, les initiatives de la BCE sont devenues de plus en plus problématiques, car elles ont permis aux pays d'échapper à une réforme structurelle et ont entravé la désinflation nécessaire dans les pays du Sud de la zone euro, quand elles ne l'ont pas stoppée tout à fait, comme au Portugal et en Italie.
Des économies "accros" au crédit
L'Europe méridionale a succombé à une trop forte dose de crédit bon marché. Mais lorsque le crédit privé s'est retrouvé au point mort et que les symptômes de sevrage ont commencé à apparaître, la BCE a fourni une cure de remplacement. Au lieu de soigner la dépendance, cela a créé des économies accros, incapables de fonctionner sans leur dose de produit.
Le Japon a commis la même erreur lorsque la bulle immobilière a éclaté en 1990. Et nous on continue d'alimenter cette bulle Depuis plus de deux décennies, la Banque du Japon inonde l'économie avec de l'argent à des taux d'intérêt proches de zéro. Le gouvernement japonais, pour sa part, poursuit une politique de déficits budgétaires si implacable, que la dette publique est passée de 67% du PIB à 246% du PIB actuellement, avec la dernière hausse due à la stratégie économique douteuse des « Abenomics » à l'initiative du gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe.
Rien de tout cela n'a été bénéfique, parce que ni la politique monétaire, ni la politique budgétaire ne peuvent se substituer aux réformes structurelles. Au contraire, plus on administre des traitements keynésiens et monétaristes, plus les pouvoirs d'autoguérison des marchés sont affaiblis. En conséquence, la volonté des décideurs est d'autant plus faible quand il s'agit d'imposer des traitements de désintoxication éprouvants à l'économie et à la population.
Les pires effets à venir: des bulles immobilières dans les économies encore saines
Mais les pires effets de la politique de la BCE sont peut-être encore à venir, si les économies encore saines de la zone euro deviennent à leur tour accros au crédit. On trouve déjà quelques signes inquiétants allant dans ce sens. Les marchés de l'immobilier en Autriche, en Allemagne et au Luxembourg ont explosé pratiquement tout au long de la crise, parce que les banques ont courtisé les emprunteurs avec des offres de prêts à taux d'intérêt proches de zéro, sans se soucier de leur solvabilité. En Autriche, les prix de l'immobilier ont augmenté de près de la moitié depuis l'effondrement de Lehman. Au Luxembourg, ils ont augmenté de près d'un tiers.
Même l'Allemagne, la plus grande économie d'Europe, connaît un boom de l'immobilier massif depuis 2010, avec une augmentation du prix moyen de l'immobilier urbain de plus d'un tiers et de près de la moitié dans les grandes villes. Le pays connaît un boom du bâtiment sans précédent depuis sa réunification. Les agences immobilières croulent sous l'abondance de l'offre.

Le boom de l'immobilier allemand pourrait être freiné par une hausse adéquate des taux d'intérêt. Mais étant donné la détermination apparente de la BCE à aller dans la direction opposée, la bulle ne va faire que croître. Si elle éclate, les effets pourraient être désastreux pour l'euro : le nouveau parti eurosceptique Alternative pour l'Allemagne, qui a fait des progrès étonnants lors des récentes élections d'État du pays, saura prendre les mesures nécessaires.
Hans-Werner Sinn, professeur d'économie et de finances publiques à l'Université de Munich, président de l'Ifo Institute for Economic Research et membre du Conseil consultatif du Ministère de l'économie allemande. Il a publié dernièrement The Euro Trap: On Bursting Bubbles, Budgets, and Beliefs.
© Project Syndicate 1995-2016

Romaric Godin dans "La Tribune" du 18 03 16 Article intitulé : La BCE prête à sortir son "monnaie hélicoptère"

" La BCE va-t-elle faire un chèque aux citoyens de la zone euro ? 
L'économiste en chef de la BCE, le Belge Peter Praet, l'a confirmé : l'usage de "l’hélicoptère", autrement dit de la création monétaire directe pour les agents économiques, est une arme dont dispose la BCE. Est-ce un moyen d'ancrer à tout prix les anticipations d'inflation ou est-ce une vraie possibilité ?
L'usage de l'« hélicoptère » monétaire, autrement dit du déversement massif de monnaie sur l'économie, va-t-elle devenir réalité en zone euro ? Cette vieille idée évoquée par Milton Friedman, le père du monétarisme, en 1948, va-t-elle être utilisée par l'institution de Francfort qui désespère de plus en plus de l'efficacité de son « assouplissement quantitatif » ?
La BCE évoque enfin la monnaie hélicoptère
La question est, en tout cas, clairement sur la table. Lors de sa conférence de presse du 10 mars, Mario Draghi avait jugé cette idée « intéressante », tout en affirmant que le Conseil des gouverneurs n'avait « pas encore étudié ce concept. » Les observateurs n'ont pas manqué de relever combien ce « pas encore » laissait de porte ouverte. Huit jours plus tard, dans une interview accordée au quotidien italien La Repubblica, l'économiste en chef de la BCE, membre du directoire, Peter Praet, est allé nettement plus loin en affirmant que la monnaie « hélicoptère » entrait dans la « boîte à outil » de la BCE. « Oui, toutes les banques centrales peuvent le faire », a confirmé l'économiste belge. Et de marteler : « Donc, quand nous disons que nous n'avons pas atteint les limites de nos outils, je pense que c'est vrai. » Le message est donc claire : l'hélicoptère monnaie est désormais une arme possible pour la BCE.
Qu'est-ce que la monnaie hélicoptère ?
Qu'est-ce que l'hélicoptère ? Milton Friedman l'a décrit au début de sa carrière, à l'époque où la crise déflationniste des années 1930 est encore dans les mémoires. Dans la logique monétariste, la banque centrale doit avoir recours à la distribution de liquidités (Friedman utilise alors l'image d'une distribution de billets par hélicoptère) pour mettre fin à un risque de spirale de baisse des prix. L'argent distribué vient gonfler la demande et relancer l'inflation.
La logique est bien celle du monétarisme : agir sur la masse monétaire pour agir sur les prix. On remarque aussi que ce concept se distingue de l'usage habituel de la planche à billets, qui sert souvent à combler un déficit chronique de l'Etat. Ici, l'Etat n'intervient pas, précisément pour éviter tout risque de spirale hyperinflationniste. En étant distribué aux agents économiques pour être dépensé, cet argent, au contraire, dispense l'Etat de s'endetter davantage et comble les déficits en venant grossir les revenus fiscaux.
La crédibilité de la BCE en jeu
Si la BCE ne peut plus faire l'impasse sur un tel instrument, c'est que, désormais, sa crédibilité est en jeu. L'institution de Mario Draghi semble être arrivée au bout de sa logique d'assouplissement quantitatif. Après un an de rachats d'actifs publics à hauteur de 60 milliards d'euros, l'inflation reste désespérément faible. Certes, cette faiblesse est tirée par les prix de l'énergie et des matières premières, mais l'inflation sous-jacente demeure également faible au regard des moyens mis sur la table. En février, les prix en zone euro ont reculé sur un an de 0,2 %. L'inflation sous-jacente (hors énergie, produits alimentaires, alcools et tabacs) est passée de 1 % à 0,8 %. Résultat : les anticipations d'inflation sur les marchés se sont fortement dégradées, s'éloignant de l'objectif de la BCE. En clair : les marchés ne croient plus dans l'efficacité de la politique de la banque centrale. C'est donc bien la crédibilité de la BCE qui est en jeu.
Convaincre les marchés de la détermination de la BCE
Le 10 mars, Mario Draghi a donc frappé fort en augmentant le volume des rachats de 60 à 80 milliards d'euros mensuels, tandis que le taux de dépôt négatif a été alourdi de -0,3 % à -0,4 %. Un nouvel instrument, le TLTRO II, visant à inciter les banques à prêter à l'économie par une « récompense » sous forme de taux négatif, a été mise en place. Cet arsenal vise à convaincre les marchés de la détermination de la BCE. Mais il ne suffira pas. Ces annonces n'ont ainsi pas permis de peser sur l'euro qui, depuis le 10 mars, a progressé face au dollar. Dans un contexte où chaque banque centrale tente d'exporter sa déflation et où les fondamentaux de la zone euro, avec son excédent courant et son économie qui résiste dans le ralentissement mondial, l'euro peine à reculer. La BCE doit donc aller plus loin, du moins en parole, pour restaurer sa crédibilité.
Dans l'interview déjà citée à la Repubblica, Peter Praet affirme ainsi que le taux de dépôt négatif n'a pas atteint sa limite basse, il peut encore baisser. L'allusion à l'hélicoptère monnaie entre dans cette logique : impressionner et prévenir que l'on est prêt à tout, même à l'impensable.
Pas seulement une menace
Faut-il donc ne prendre ces paroles que pour des menaces vaines, qui ne se traduiront pas dans les faits ? Rien n'est moins sûr. La BCE a préparé de cette manière l'introduction des taux négatifs et de l'assouplissement quantitatif, par des allusions visant à impressionner le marché. Mais la réalité de l'inflation faible ne changeant pas, ces instruments sont devenus des « exigences » du marché, qu'il a fallu mettre en œuvre, au risque de provoquer, comme le 3 décembre dernier, des déceptions désastreuses de la part des investisseurs.
Bref, comme précédemment, la BCE pourrait bien être pris à son propre piège et se voir contrainte à monter dans l'hélicoptère par la force des événements. Ces déclarations ne peuvent donc pas être considérées comme de simples paroles en l'air.
Une mesure qui contourne les banques
En théorie, l'hélicoptère monnaie dispose de beaucoup d'avantages pour la BCE. Ce procédé permet de contourner un système bancaire système bancaire à qui a été donné tous les pouvoirs politicos/financiers et qui tient tellement l'Etat dans ses mains que la BCE en est à envisager de distribuer de l'argent (argent dont on supprime la disponibilité en liquide des Peuples) pour contourner la réalité du détournement des pouvoirs financiers, politiques et autres en faveur des seules banques.

Pour ma part, je pense que les Etats et leurs représentants en sont réduit à n'être plus que les pantins d'un script médiatique digne du théâtre des guignols. Les banques qui sont à la base de tous les scandales, de détournements, de mise en place de schéma de spoliation, de transfert de risque sur les épargnants non avertis et non qualifiés via le retour de la titrisation etc.. restent les maîtres.  Quelle situation peut être plus ubuesque ? Quant aux politiques et commentaires stériles et débiles sur le temps de travail etc.. nous avons ici une preuve que tous ces sujets qui font régulièrement la une ne sont que des leurres. Tous nous savons que si nous vivons l'opportunité de pouvoir penser et mettre en place les stabilités étatiques de demain, nous ne pourrons le faire qu'en ayant des Etats remettant les banques à leur niveau de simple intervenant économique sous la tutelle des Etats. Dans l'inverse, l'Etat continuera d'être un pantin tout comme les institutions internationales. Situation qui ne mène qu'à des excès, excès qui historiquement ont mené à la violence et aux guerres. N'est-ce pas cela que les Etats anticipent avec leur cinéma sur le blanchiment, la réalité du retour à des états policiers violents et sans limite aucune (même les avocats se font molester "tabasser"), la "normalisation" du tir à vue sur des gosses, les violences sur migrants économiques qui sont les mêmes que sur certaines populations (Juives, Tsiganes et autres) dans un passé récent. Passé récent que pourtant des pays comme la france essayent de "falsifier" pour faire oublier leur trahison, leur lacheté et leur couardise. Là-aussi, les utilisations et détournements de faits somme toute anodins pour mettre en place le contrôle total des Peuples et autres flicarisations (ici je ne parle par des rôles et actions d'une police normale à comportement non "nazi"...) sans aucune limite ne sont que des signes historiques bien connus. La question que nous devons tous nous poser aujourd'hui ne serait-elle pas :

"Se taire, jusqu'à où, jusqu'à quand ?"

" Le silence actuel n'est-il pas le retour à une certaine collaboration ?"

Souvenons-nous :

 "Le XXI siècle sera celui du courage. Courage dans la douleur ou courage dans l'attitude et l'affirmation des seules valeurs d'Avenir que sont les valeurs Humaines et Humanistes. Réapprenons à dire NON."©

"Sachez dire non pour être digne de votre Liberté. Ne jamais accepter de devenir, petit à petit, de façon insidieuse le terreau fertile de l’asservissement et de l’acceptation de l’inacceptable."©

, qui demeure un des principaux obstacles à la transmission de la politique monétaire à l'économie réelle et qui a conduit à limiter l'impact de l'assouplissement quantitatif. Il permet aussi d'avoir moins recours aux taux négatifs dont l'usage est in fine périlleux. La monnaie distribuée directement aux consommateurs viendra naturellement gonfler la demande et exercer une pression inflationniste qui permettra un relèvement des anticipations d'inflation. Dès lors, un cercle vertueux peut se mettre en place : rassurées par les perspectives sur les prix et donc sur leur capacité à fixer leurs prix, les entreprises pourraient alors investir. La croissance se renforcera et les anticipations d'inflation également.
Une mesure légale en zone euro
L'autre avantage de l'hélicoptère monnaie, c'est qu'elle n'est pas expressément interdite par les traités européens, à la différence du financement monétaire des Etats. Or, on l'a vu, ce procédé a été mis en avant par Milton Friedman précisément parce qu'il épargne les budgets. En distribuant de l'argent, la BCE pourrait ainsi prétendre préserver même l'esprit des traités en incitant les Etats à réduire leurs déficits et même en les aidant à le faire.
C'est un élément important compte tenu de la levée de boucliers attendue en Allemagne en cas de recours à cette méthode, et notamment de la confusion qui pourrait naître d'une comparaison avec l'hyperinflation de la République Weimar où, en réalité, on avait connu un financement monétaire des dépenses publiques.
De la création monétaire pure
Pour la BCE, les vrais obstacles pourraient être ailleurs. D'abord, dans la couverture des pertes. Car cette monnaie émise n'est pas « couverte » par une contrepartie, à la différence des rachats d'actifs ou des prêts à long terme des banques. Certes, les rachats d'actifs peuvent entraîner des pertes liées au prix de rachat, qui seront couvertes par de la création monétaire ex nihilo, mais la logique de l'hélicoptère monnaie est différente.
Il s'agit en effet de la planche à billets pure, sans contrepartie dans le bilan de la banque centrale, qui entraîne une perte sèche pour la BCE. On notera que la BCE, pour la première fois, le 10 mars, a montré qu'elle était prête à s'engager dans cette voie avec le TLTRO II. Cela dit, Les banques qui auront emprunté de l'argent à la BCE et auront augmenté leur volant de prêts bénéficieront en effet d'un taux négatif, autrement dit d'une « prime » sous forme de remise d'une partie du capital emprunté. Cette prime est de la création monétaire sans contrepartie.
La question des pertes de la BCE
Cette perte peut être certes compensée par plusieurs moyens. D'abord, par les profits générés par ailleurs qui peuvent couvrir ces pertes. En 2014, ce bénéfice net était de près d'un milliard d'euros, mais il ne prend pas en compte l'effet des taux négatifs et du QE. Ensuite, parce qu'en cas de perte nette, la BCE peut, selon l'article 33-2 du traité de fonctionnement de l'UE, avoir recours à son fonds de réserve général (fin 2014, il était à 7,6 milliards d'euros) et, sur décision du conseil des gouverneurs, utiliser les revenus monétaires des banques centrales nationales. Ces « coussins » de sécurité paraissent cependant trop faibles pour irriguer une économie de 340 millions d'habitants. Il faudra donc sans doute une recapitalisation par les banques centrales nationales, donc par les Etats ou un maintien en bilan négatif, ce que ne prévoient pas les traités. Un choix « politique » qui risque d'être délicat à gérer.
Quelle forme pour l'hélicoptère ?
Deuxième problème majeur : la forme que devra prendre l'hélicoptère. Faut-il procéder à un simple crédit en une fois sur les comptes courants des citoyens d'une somme fixe en euros ? Dans ce cas, l'efficacité risque d'être réduite.
Pour plusieurs raisons. Une partie de cette somme pourrait en effet être épargnée ou placée dans des bulles spéculatives. Par ailleurs, la croissance européenne est, aujourd'hui, tirée par la consommation dopée par la baisse du prix de l'énergie. Est-il utile de « tout miser » sur cette seule consommation aujourd'hui au risque de voir ce moteur non seulement alimenter surtout les importations ? Et une fois cet effet terminé et l'inflation remontée, ne faut-il pas craindre une baisse des revenus et des dépenses des ménages ?
Dans ce cas, l'hélicoptère pourrait être un feu de paille bien moins utile, par exemple, qu'une hausse des salaires. Certes, comme le souligne l'économiste britannique Simon Wren-Lewis, toute hausse de la demande agira directement sur l'inflation, mais un simple hélicoptère risque de ne pas résoudre les plaies de la zone euro : la perte de revenu durable des salariés du sud de l'Europe et le sous-investissement, notamment.
Des mesures « ciblées » ?
Pour être efficace, la monnaie créée doit donc être maîtrisée. D'abord, en « dirigeant » cette monnaie vers la dépense et vers la dépense « utile ». Pour cela, il faut sans doute imaginer des aménagements géographiques (est-il raisonnable de soutenir la consommation allemande autant que celle de la Grèce, par exemple ?) ou sociaux (en distribuant selon les revenus), mais aussi techniques. On peut ainsi imaginer des « bons » ayant valeur monétaire, mais ne permettant d'acheter que certains biens « utiles » à l'investissement des entreprises européennes soient émis. On peut également, pour mieux « ancrer » les anticipations d'inflation, faire « durer » cette émission monétaire via des bons à péremption limitée qui seraient renouvelés à intervalle régulier et dans des proportions différentes.
Il existe donc des solutions pour améliorer la simple notion de monnaie hélicoptère lancée sans conditions imaginée par Milton Friedman. Evidemment, ces éléments nécessitent un travail technique complexe et il n'est pas certain que la BCE s'y attèle lorsque l'on a pu constater que le taux négatif à plusieurs niveaux en pratique en Suisse ou au Japon a été jugé trop « complexe » par la BCE pour la zone euro.
Une dépossession des Etats ?
La dernière difficulté est celle de la justification « politique » de cette création monétaire. En contournant les banques, la BCE contournerait également les gouvernements élus. Elle ferait en réalité un plan de relance sans l'accord des Etats. La banque centrale indépendante serait-elle alors toujours dans son rôle ? N'est-ce pas aux représentants des citoyens de déterminer quelles dépenses relèvent ou non de l'intérêt général ? N'est-ce pas au Conseil européen ou au parlement de construire un plan pour l'ensemble de l'Europe ?
La question se pose et pourrait faire monter une véritable fronde de certains gouvernements mécontents de se voir ainsi « déposséder » de leur pouvoir budgétaire par la BCE. Mais la zone euro dans sa version actuelle ne permet pas de vrai plan de relance vigoureux, ni au niveau des Etats, ni au niveau européen. La BCE s'adapte donc à cette donne, même si un plan de relance budgétaire pourrait être plus efficace que l'hélicoptère.
La question allemande relancée ?
Il n'est pas certain que cette vision soit néanmoins acceptée en Allemagne où cette mesure sera considérée comme un premier pas vers l'hyperinflation. Mario Draghi a déjà beaucoup fait reculer les Allemands. Sa critique outre-Rhin est féroce et, déjà, le Handelsblatt du 11 mars l'a figuré brûlant un billet de banque. Mais cette patience (au sens étymologique de ce qui fait souffrir) germanique est-elle bornée ? Et la monnaie hélicoptère sera-t-elle sa limite ? C'est désormais à cette question que l'Italien de la BCE doit répondre.

Commentaire : Le commentaire ci-dessous écrit le 19/03/2016 à 04:49: sera t-il accepté par "La Tribune"


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Christian PIRE  a écrit le 19/03/2016 à 04:49:
Vous écriviez avec justesse le 6 mars 2013 à propos de l'hélicoptère dans votre article intitulé : "Et si les banques centrales sortaient leur "hélicoptère" pour combattre la crise?" < Il s'agit en réalité de priver le système bancaire de sa capacité à créer de la monnaie et de transmettre cette capacité aux seules autorités monétaires> En fait l'hélicoptère n'est absolument pas une réponse mais est une "gesticulation" de dernier recours. Elle ne solutionne aucun problème à la base des déséquilibres. Pour ma part, si je ne doute pas des nombreux bienfaits de l'aspirine , il n'en demeure pas moins que ses actions sur les maladies graves ne sont que très limitées. Pourquoi ne part écrire sur le Fonds de Stabilisation Boursier qui, lui, est une réelle solution en s'attaquant à la base du problème de la création de richesse pour l'ensemble (sans endettement de l'Etat et sans hélicoptère pour contrer les banques, banques à qui l'on a donné TOUS le pouvoirs directement ou indirectement) par une correction et une mise à profit en faveur de la communauté et du désendettement de l'Etat des réelles possibilités offertes par le système de cotation boursier. Système qui dans sa seule version ne fait qu' engloutir l'ensemble des capitaux mis en circulation pour combattre le crise.

Bruno Colmant, professeur dans "Trends Tendances" Belgique du 16 03 16 Article intitulé : 'La BCE solde l'État-providence'

" Les mesures monétaires de la Banque centrale européenne constituent l'aveu du caractère insoutenable des dettes publiques. Les États ont donc trouvé un créancier complaisant pour leur propre refinancement à un taux nul, voire négatif. En fait, les créancier sont les Peuples paupérisés
   Depuis un an, la BCE injecte des montants faramineux dans l'économie au travers d'un réescompte des dettes publiques de la zone euro. Cette mesure monétaire non conventionnelle, qualifiée d'assouplissement quantitatif, est destinée à réinsuffler de l'inflation, elle-même censée contrarier les forces déflationnistes et récessionnaires qui affectent la croissance. Incidemment, ces injections de liquidité rendent l'euro plus abondant, donc moins cher en termes de cours de change et de taux d'intérêt.
Mais il y a une autre réalité foudroyante : ces mesures monétaires constituent l'aveu du caractère insoutenable des dettes publiques. En effet, ce sont essentiellement ces dernières qui servent de gage à la monnaie créée.
Sans le refinancement de la BCE, ce sont ces mêmes dettes, en forte croissance, qui auraient asphyxié l'économie en ponctionnant l'épargne des particuliers et des entreprises (au travers des bilans des banques et des compagnies d'assurances). Désormais, les États ont donc trouvé un créancier complaisant pour leur propre refinancement à un taux nul, voire négatif. Bien sûr, la BCE ne peut statutairement pas acheter des dettes nouvellement émises par les États : elle doit acquérir ces dernières sur le marché secondaire, c'est-à-dire le marché des dettes acquises et financées préalablement par un agent économique (c'est-à-dire par de l'épargne existante plutôt que par de la monnaie crée ex nihilo). Mais tout informé sait que les dettes publiques ne transitent que quelques heures ou jours dans des bilans de convenance avant d'être réescomptées contre de la monnaie nouvellement émise à Frankfort, ville du siège de la BCE. Ces dettes publiques sont donc bien échangées contre un capital monétaire qui n'existait pas. Réalité qui tôt ou tard ce traduira en terme de réalité SOCIOlogique, ECOnomique, POlitique et FInancière.
C'est la BCE qui solde le coût de la crise et même celui du modèle social allemand qui a conduit à un endettement public gigantesque


Cette réalité relève de la répression financière, d'une situation récessionnaire et d'un combat contre le désendettement. La répression financière est un contexte caractérisé par des taux maintenus artificiellement bas afin d'alléger le poids de la charge de la dette publique. La récession exerce aussi une pression sur les taux d'intérêt : les besoins d'investissement étant exceptionnellement faibles, la quantité de monnaie empruntée chute en dévalorisant son prix, c'est-à-dire le taux d'intérêt.
Faut-il s'en étonner ? Aucunement. La BCE est une institution publique qui a été créée par d'autres institutions publiques, c'est-à-dire les États. Et ces institutions s'échangent leurs passifs, puisque la dette publique est le passif des États tandis que la monnaie est inscrite au passif du bilan des banques centrales. Comment, de surcroît, imaginer un instant que la BCE ait pu devenir "indépendante" de ses membres fondateurs, à savoir les gouvernements de la zone euro.
C'est donc la BCE qui solde le coût de la crise et même celui du modèle social allemand qui a conduit à cet endettement public gigantesque. À titre illustratif, la dette publique de la zone euro est passée de 6.600 à 10.000 milliards d'euros entre 2008 et 2016 nous retrouvons les cycles SOCIOECOPOFI. Cette augmentation de 3.400 milliards d'euros est, pour deux tiers, financée par la création monétaire.
Au travers de taux d'intérêt historiquement faibles, c'est le déposant bancaire et le titulaire d'assurances-vie qui, contraints d'accepter une rémunération désormais nulle de leurs placements, supportent indirectement le faible coût des dettes publiques au bénéfice des contribuables. Ceci étant, cela aurait pu être pire : en 2013, le FMI publia une étude suggérant une confiscation de 10 % des dépôts bancaires de la zone euro afin d'alléger le financement des dettes publiques, en élévation inexorable. Cette orientation était bien sûr incompatible avec l'élémentaire inviolabilité de la propriété privée et la protection des dépôts bancaires de moins de 100.000 euros qui est accordée aux épargnants. Une autre approche fut alors adoptée : la Banque centrale européenne (BCE) décida d'imprimer des billets, gagés sur ces mêmes dettes publiques, pour à peu près 15 % de leur montant entre février 2015 et mars 2017. Pour se convaincre de cette réalité, il suffit de comparer le montant des dépôts bancaires et des dettes publiques de la zone euro. Leur montant est quasiment équivalent, et de l'ordre de 10.000 milliards. Au lieu de ponctionner les dépôts pour éteindre les dettes publiques, on crée artificiellement de la monnaie grâce à ces mêmes dettes publiques.
En résumé, la création monétaire est une condition nécessaire, mais non suffisante, pour relancer la croissance et l'inflation. Son véritable but est d'engloutir l'endettement public dans le bilan de la BCE à des taux d'intérêt minuscules. Et finalement, c'est le déposant bancaire et l'assuré qui sont mis à contribution au travers de taux d'intérêt réduits, et dont l'épargne sera, à terme, rognée par l'inflation. Les gagnants en seront les États, donc ses contribuables, dont les charges d'intérêt des dettes et des impôts en seront réduites."

Dans "Trends Tendances" Belgique du 14 mars 2016 Article intitulé : Le plan de la BCE pour euthanasier l'épargnant'

" Jeudi dernier, la BCE a sorti 'la grosse Bertha' monétaire et a fait comprendre aux épargnants de la zone euro qu'ils devront vivre avec des taux d'intérêt à 0% pendant quelque temps encore, sans doute jusqu'à la fin de l'année 2017 au minimum.
Autant dire que les rendements de nos livrets d'épargne ne vont pas s'améliorer. Et les banques commerciales auront beau jeu de dire qu'elles ne peuvent pas augmenter le taux qu'elles appliquent aux livrets, car il dépend lui-même du taux de la Banque centrale européenne, qui est à 0% depuis ce jeudi 10 mars !
Pourtant, les banques ne devraient pas abuser de cet argument pour tenter d'aller plus loin. C'est en soi un danger pour leur image. Même un journal économique comme l'Echo s'est fendu d'un éditorial contre l'attitude des banquiers qui veulent faire sauter le verrou du taux légal minimum de 0,11%. Prétextant qu'à cause des taux bas - voire négatifs - sur le marché, les marges des banques commerciales sont sous pression, ces banques demandent que le plancher pour la rémunération des livrets d'épargne ! Mais ce discours ne passe pas auprès des épargnants belges, car les banques qui tiennent ce discours sont les mêmes qui affichent des profits assez conséquents, écrivent encore mes confrères de l'Echo. Le sentiment diffus des citoyens est qu'après avoir sauvé les banques en 2008, le contribuable belge est à nouveau sollicité, mais cette fois-ci comme épargnant pour qu'il accepte une rémunération plus faible de son épargne Les lobbies bancaires ont bien travaillé. Bien travaillé ou bien acheté ?
Après avoir sauvé les banques en 2008, le contribuable a le sentiment d'être à nouveau sollicité, cette fois comme épargnant
Bien entendu, la réalité est plus complexe et les banquiers ont des arguments à faire valoir, mais le contribuable/épargnant n'est pas à l'écoute. L'épargnant belge, ou européen d'ailleurs, n'écoute pas, car il se sent légitimement coincé de toute part. Retirer son argent d'une banque pour le planquer sous son matelas ou dans son jardin n'a aucun sens, il sait qu'il perdra la garantie des 100.000 euros de l'Etat belge et mettra ses économies en danger de vol. Et s'il veut retirer son argent de ses comptes, cela lui prendra de toute façon du temps, car les préavis bancaires lui interdisent retirer plus de 5.000 euros par semaine - il faut compter un mois pour retirer 20.000 euros ! Louer un coffre-fort n'a pas beaucoup plus de sens: le prix pour un petit coffre tourne autour de 30 à 40 euros. Ce qui fait que l'épargnant a intérêt à y entasser un maximum de billets, car s'il n'y dépose que 10.000 euros par exemple, cela reviendrait à appliquer un taux négatif de 0,30%.
Et quand je vous dis que la BCE essaie de coincer l'épargnant, ce n'est pas un vain mot. Posez-vous la question de savoir pourquoi cette même BCE veut supprimer les billets de 500 euros ? Officiellement, c'est pour lutter contre le crime et le terrorisme. Mais les criminels utilisent aussi les routes et l'éclairage public, comme l'écrit souvent la sémillante Simone Wapler, et on ne compte pas les supprimer pour autant ! La réalité est donc plus prosaïque: les autorités monétaires sont en train d'euthanasier lentement, mais sûrement, l'épargnant pour qu'il n'épargne plus et se mette à consommer pour relancer la croissance. Et ainsi être sous totale dépendance. Que sommmes-nous en train de faire de la Liberté qui nous a été léguée par une très faible minorité ? Si hier, enfant nous avions pour exemple des parents, demain nous aurons pour seul exemple des  accros à la consommation comme parents. Quelles références pourront-ils apprendre à leurs enfants ? Quel sens de la vie ? etc...

Guillaume Maujean dans "Les Echos" du 11 03 16 Article intitulé : « Super Mario », les lapins et l'hélicoptère

" Tel un magicien, Mario Draghi a sorti de nouveaux lapins de son chapeau. Un nouvel arsenal de mesures toutes plus iconoclastes les unes que les autres - taux zéro, rachat d'obligations d'entreprise, quatre salves de prêts géants aux banques - pour relancer une zone euro à l'arrêt. Il y a cependant plusieurs manières d'apprécier les tours de l'illusionniste en chef de la Banque centrale européenne. On peut y voir un coup de génie, un aveu d'échec ou une fuite en avant. Les marchés, qui sont passés par tous les états hier, n'ont d'ailleurs pas su choisir.
Coup de génie, d'abord. Car « Super Mario » a pris de court les plus sceptiques. Ceux qui voient les nuages s'accumuler sur la croissance mondiale depuis le début de l'année, les pics de tension se multiplier sur les marchés. Et qui s'interrogeaient sur la capacité de la BCE à dégainer de nouvelles munitions. Draghi les a au moins rassurés sur ce point. Il est à la manoeuvre, plus déterminé que jamais pour convaincre son Conseil des gouverneurs d'innover encore, quand les autres instances européennes affichent au grand jour le spectacle de leurs divisions.
Aveu d'impuissance, ensuite. Car ce volontarisme monétaire signe aussi, en creux, l'échec de tout ce qui a été tenté jusqu'à maintenant. La croissance a encore été révisée à la baisse. L'inflation n'atteindra qu'un tout petit 0,1 % cette année. Loin, si loin, de l'objectif de 2 % qui est assigné à l'institution - c'est même là son seul mandat officiel. Du coup, les doutes ne cessent de grandir sur l'efficacité réelle de cette politique ultra-expansionniste. La BCE a-t-elle vraiment les moyens de relancer une économie éreintée par huit années (nous retrouvons les cycles SOCIOECOPOFI) de crise et de combattre des forces déflationnistes qui la dépassent ? Fuite en avant, enfin. Pourquoi continuer à dépenser 80 milliards d'euros par mois, quand les 700 milliards déjà déversés sur les marchés ont eu si peu d'effets ? Pourquoi proposer aux banques de nouveaux prêts quand le problème semble moins venir de l'offre que de la demande de crédit ? La banque centrale donne aujourd'hui le sentiment de se battre contre un système monétaire qui ne fonctionne pas, d'en faire toujours plus pour ne pas déplaire à des marchés qui augmentent sans cesse leurs exigences. Demain, peut-être, on demandera à Mario Draghi d'acheter directement des barils de pétrole ou des actions du CAC 40. Voire - le sujet a été évoqué lors de la conférence de presse - de lâcher directement des sacs de billets depuis un hélicoptère, histoire que l'argent arrive directement dans la poche des consommateurs. On n'en est pas encore là. Mais que la question soit simplement posée en dit long sur l'état de santé du patient européen."

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/021757761426-super-mario-les-lapins-et-lhelicoptere-1206233.php?B3Ci1HpoDYVLfPmm.99#

Dans "Trends Tendances source Belga" Belgique du 28 janvier 2016 : Irlande: une enquête sur la crise bancaire critique le rôle de la BCE

" Une enquête officielle sur la crise bancaire en Irlande entre 2008 et 2010 a critiqué le rôle de la Banque centrale européenne (BCE), accusée d'avoir laissé les contribuables assumer une part "inappropriée" des conséquences de la crise. Ce rapport de 460 pages réalisé par un comité d'hommes politiques irlandais a jugé qu'avant la crise, les banques irlandaises avaient commencé à adopter une approche plus agressive en matière de prêts et que les régulateurs financiers avaient échoué à identifier les causes de la crise financière internationale, le pays s'était lourdement endetté pour sauver son secteur bancaire, alors menacé de faillite par l'explosion d'une bulle immobilière que le secteur bancaire avait volontairement créé lui-même comme en France d'ailleurs où les banques manipulent le marché immobilier puisqu'elles sont en même temps prêteur, agents immobiliers qui gonflent les prix  (elles détiennent les principaux réseaux immobiliers, en fait, c'est un cartel de magouilles), elles "lobbyisent" les politiques de défiscalisation (quoi de plus stupide que de maintenir des prix immobiliers aussi hauts alors que la politique économique est basée sur la paupérisation.) Comment expliquer qu'un bien immobilier quasi identique à Bruxelles ou en périphérie coûte de 4 à 10 fois plus cher qu'à Paris ou en périphérie ? Ici, nous ne parlerons pas de L'Allemagne où l'écart peut être encore plus flagrant, et le tout au début d'une révolution technique et industrielle. Il est vrai que cet environnement nauséabond alimente les caisses de quelques familles bienfaitrices en terme politique. Familles qui sont à l'origine de la déferlante des zones commerciales et des chaînes. En fait, elles tiennent de la production à la vente, à l'immobilier etc.... Cela avait donné lieu à la nationalisation de la Anglo Irish Bank en 2009. L'Irlande avait bénéficié en novembre 2010 d'une aide conjointe de l'Union européenne (UE) et du FMI de 85 milliards d'euros. Après l'annonce de ce plan de sauvetage international, l'enquête, publiée mercredi, avance que la BCE a menacé en mars 2011 elle est où l'Europe de la Paix ? le gouvernement irlandais de retirer son soutien d'urgence aux banques si les pertes étaient imputées aux détenteurs d'obligations de premier rang ou aux investisseurs de haut niveau. En clair, le Peuple ruiné devait remboursé les bandits (crapules ?) qui avaient mis le pays à genoux. L'Etat des Peuples "tue" ce dernier en faveur des banques qui ont magouillé avec ou sans le consentement des fonctionnaires responsables des décisions étatiques. Cool non ? "La position de la BCE en novembre 2010 et mars 2011 (...) a contribué à faire supporter de manière inapproprié une part significative des dettes bancaires aux citoyens irlandais", note le rapport. Et si on virait l'ensemble des décisionnaires de la BCE qui sont à la base de cet état de fait ? Et si la BCE remboursait le Peuple ? Sur le plan budgétaire, l'Irlande est officiellement sortie du plan d'aide international en décembre 2013 et d'une austérité budgétaire de six ans en octobre 2014. L'économie irlandaise a progressé par rapport à quoi et à combien ? de 4,8% au cours de l'année 2014 contre une croissance de 0,2% en 2013. Pour 2015, la croissance du Produit intérieur brut (PIB) devrait tourner autour de 7%. L'enquête, lancée en 2014, a entendu 128 témoins et a conclu ses audiences publiques en juillet 2015."

Commentaire :

Ai-je été dur ? Ci-dessous un extrait d'une version "polie" de la réalité.  Extrait d'un article de Monsieur Hervé Juvin dans l'Agefi Hebdo du 21 au 27 janvier 2016. Je vous conseille vivement de vous abonner à cette revue.....et aux autres mentionnées dans mes écrits lorsque les écrits ne sont pas disponibles sur internet.

•    1) Depuis trente ans (c'est-à-dire milieu des années 80 avec la constitution des indices boursiers et l'extrapolation du principe mark-to-market comme référence financière base de toutes les dérives actuelles), plusieurs pays développés n’ont connu que des budgets en déficit, pour une dérive annuelle supérieure à 3 %, et donc supérieure à la croissance moyenne sur la même période. Où est le multiplicateur keynésien qui voudrait que 1 % de déficit public en plus fabrique x % de croissance en plus ? Et, s’il existe, faut-il en conclure que la croissance réelle, hors effet budgétaire, est largement négative ? Que, hors déficit public, l’Occident aurait connu une récession de l’ordre de 1 % à 2 % par an ?
    •    2) Depuis trente ans, le cumul d’endettement public-endettement privé a explosé, représentant en moyenne pour ces trois pays plus de 2,5 fois le PIB annuel. Le concours du système bancaire et financier à cette situation est manifeste, reste à savoir s’il est vertueux. Il a en tout cas permis aux pays occidentaux de faire financer leur dette par l’extérieur, et de diluer la notion de risque de défaut, la majorité des grandes réformes de dérégulation, de la titrisation des créances négociables au calcul des ratios de fonds propres, ayant encouragé l’exportation de la dette hors des livres de la banque. Là encore, force est de remarquer que les facilités de la dette n’ont pas permis de faire tourner le moteur de la croissance ; les politiques de la demande sont grippées. Comment en serait-il autrement puisqu'on "plombe" financièrement les Peuples consommateurs ? On les plombe, ils doivent prendre en charge les gamelles laissées par les banques sous la lobbyisation des politiques etc, etc...
    •    3) La nouveauté, traduite par la situation de taux d’intérêt réels négatifs, dans laquelle des capitalistes paient pour investir leur capital, vient des politiques d’émission de monnaie auxquelles reviennent, peu ou prou, les politiques de quantitative easing (QE). Inutile d’en souligner l’ampleur, la nouveauté, les effets inconnus. Et les résultats, ou plutôt l’absence de résultats, disent que quelque chose est brisé dans le système de la croissance. Les affirmations sans cesse réitérées n’y font rien ; une débauche de moyens sans précédent ne parvient pas à ranimer la flamme. En fait, les moyens n'en sont pas puisqu'ils sont eux aussi détournés en faveur des banques et des groupes "lobbyisateurs".    Nous en sommes là ; devant l’inconnu. Nous sommes au moment où l’innovation financière, pour exubérante qu’elle soit, ne parvient plus à cacher la réalité tout à une fin, ; pour connaître les Etats-Unis, ne regardez pas les cours de Wall Street, voyez l’augmentation de la part de la population qui survit grâce aux bons d’alimentation ; près de 45 millions ! Nous sommes aussi et dans le même temps devant une conjuration massive d’intérêts publics et privés qui interdit de dire que le roi est nu. S’il est dit que la croissance est là, c’est qu’elle est là !

Ilse De Witte dans "Trends Tendances" Belgique du 18 janvier 2016 : Geert Noels: 'Arrêtons l'ineptie des banques centrales'

" Une crise financière en Chine, une déstabilisation d'un certain nombre de pays à cause du prix plancher du pétrole, l'échec de la politique des banques centrales,... L'économiste d'Econopolis Geert Noels voit peu de raisons d'être optimiste au sujet de l'économie mondiale. Il s'adressait à un auditoire d'entrepreneurs lors d'un Trends Lunch.
"Une crise des subprimes touche la Chine. C'est un problème pour la Chine et pour le reste du monde", déclare Geert Noels, économiste et fondateur d'Econopolis. Il n'a aucune confiance dans les statistiques des Chinois et doute que le gouvernement chinois puisse investir dans la lutte plus de 3000 milliards de dollars pour les réserves internationales.
Selon Noels, il y aurait eu un accord mondial entre les banques centrales au cours de la semaine dernière, comme à l'époque de la chute de Lehman Brothers. "Je déduis cela de certains mouvements sur les marchés financiers. Il y a des actions coordonnées en cours, tout comme nous l'avons observé ces dernières années dans les moments de crise."
Noels n'a pas de preuves tangibles de l'action coordonnée des banques centrales, "mais bien un sentiment très fort". Par la suite, l'économiste a également évoqué la tonalité de mise en garde adoptée tant par Christine Lagarde, la présidente du FMI, que par la Banque des Règlements Internationaux (BRI) au cours des dernières semaines. "Leurs mots font penser à 2008", estime Noels.
Dans son style passionné et enthousiaste, il a mis en garde par rapport à la politique menée par les banques centrales de par le monde. "Je suppose que chacun connait le jeu du Monopoly. Que faites-vous si un des joueurs n'a plus d'argent? Vous lui donnez de l'argent de la banque pour que cette personne puisse continuer à jouer ? Cela ne se trouve pourtant pas dans les règles du jeu, mais tout le monde le fait. Et vous ôtez ainsi au jeu ce qui en fait son âme. Le but du Monopoly, c'est de prendre des risques calculés. Si vous venez à chaque fois à la rescousse des participants qui ont pris trop de risques, ils prendront encore plus de risques la fois suivante. Que faites-vous s'il y a un hôtel sur chaque terrain? Vous mettez un second hôtel sur ces mêmes terrains? C'est de l'ineptie. Les gens adaptent leur comportement. Pourquoi épargnerais-je encore pour ma pension si je reçois tout de même une somme d'argent plus tard ? Il y a une raison pour laquelle nous devons nous tenir aux règles du jeu. Les gens ont besoin d'un contrat, d'un horizon. Cessons ces mesures non orthodoxes. Arrêtons l'ineptie."
Plan B
Mais selon ses propres dires, Noels se fait peu d'illusions. "La Banque Centrale européenne n'a pas de plan B. Les banquiers centraux vivent avec une vision télescopique. Ils poursuivront sur leur élan tant qu'ils en auront les moyens. Les taux d'intérêt ne peuvent peut-être plus diminuer, mais ils peuvent encore toujours acheter plus d'obligations d'Etat. Et les dettes ont-elles été éliminées au cours des dernières années ? Non, tout au contraire, la montagne de la dette continue à croître. On cite aujourd'hui toutes sortes d'économistes, mais personne n'évoque Minsky et le "moment de Minsky". A un certain moment, vous vous retrouvez coincé par les dettes. Ils désirent créer de la croissance qui n'existe pas en imprimant de l'argent supplémentaire. C'est une sorte de système pyramidal."
"La Banque Centrale Européenne a elle-même déclaré qu'elle se sentait confortable lorsque l'inflation varie entre 0 et 2%. Nous nous situons à 1%. Quel est le problème ? Il ne s'agit pas d'inflation. Avez-vous déjà entendu quelqu'un se plaindre du fait que les prix baissent ? Il s'agit de dettes. Plus d'inflation fait fondre les dettes plus rapidement. Je pense que nous devons de toute urgence reconnaître qu'un certain nombre de dettes ne seront jamais remboursées."
"0 pour cent d'intérêt, c'est 0 pour cent"
"Pourquoi devrions-nous supprimer l'exonération fiscale sur le livret d'épargne? Parce que Bruxelles ne se situe qu'à la 62ème place au classement des centres financiers. Londres, on ne pourra pas la rattraper, mais il y a tout de même une trentaine de pays que nous devrions pouvoir battre. Nous sommes à peu près les seuls avec cette exonération pour les livrets d'épargne. Les autres pays ne connaissent pas cela. C'est un point de référence. Ce n'est pas bon pour l'épargnant et ce n'est pas bon pour le paysage financier en Belgique. Vous créez une monoculture."
Selon Noels, on doit aussi expliquer cela au grand public. "J'ai sursauté lorsque j'ai lu les titres des journaux: "Nouvelle attaque sur les livrets d'épargne", avec ma photo en dessous. C'est simplement LE moment de s'en occuper. Les épargnants ne le sentiront pas. Il reçoivent 0% d'intérêt sur leurs livrets d'épargne. Et cela restera 0%, même s'ils doivent payer un impôt dessus. Le lobby des banques a plaidé pendant des années pour le maintien de cette exonération, mais il a maintenant changé son fusil d'épaule."
"Attention cependant", ajoute Noels. "Je ne veux pas dire que chacun doit aller retirer son argent de son livret d'épargne et commencer à acheter des actions avec cet argent. C'est toujours dangereux lorsque les gens commencent à dire 'il n'y a pas d'alternative'."
"Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi les personnes qui sont riches désirent prendre tellement de risques avec leur argent et leur placements. Il y a des risques que vous pouvez éviter. Pourquoi prendre des risques qui ne sont pas nécessaires ?